Artiste visionnaire, amoureux des couleurs de l’arc-en-ciel, Jean-Charles de Castelbajac a toujours le vent en « POP ». Keith Haring, Andy Warhol, les Sex Pistols, Robert Mapplethorpe ou Vivienne Westwood entre autres ont marqué son parcours et collaboré avec ce créateur pluridisciplinaire qui a habillé le Pape comme Lady Gaga. Il fonde sa maison de mode en 1968 et depuis, enchaîne les créations hautes en couleur souvent inspirées de l’enfance, de l’histoire et forcément, des codes du Pop Art.


 

A Paris, New-York ou Londres, JCDC laisse son empreinte poétique. Pour cette rentrée, on le retrouve entre autre à la 30ème édition de la Biennale de Paris au Grand Palais dont il a signé la scénographie, chez Citroën, Agnelle, Rossignol et en tant que directeur artistique chez Le coq sportif, la plus vieille maison de sport depuis 1882.

 

 

Vous avez lancé votre nouveau site internet, quel nomade digital êtes-vous? 

«Oui je viens de lancer mon site Internet, www.jeancharlesdecastelbajac.com pour montrer la transversalité de mon travail. Je suis un total nomade digital, mon iPhone est mon bureau rapproché, mon outil de communication pour Instagram, mes platines de DJ, mon studio photo et mes cours de guitare sur Garage Band ».

 

 

Comment les voyages vous inspirent-ils et comment les décrypter dans votre travail?

«Je suis de nature curieuse, explorateur, archéologue… Je vis les voyages avec une immense curiosité, l’histoire des pays, l’architecture et ses ruines, les goûts, les odeurs, les couleurs, les caractères, les fantômes et les robots sont autant de sources d’inspirations, détectables dans tous mes projets ».

 

 

Pouvez-vous travailler n’importe où ?

«Oui, n’importe où! Tous lieux et toutes circonstances m’aspirent et m’inspirent, provoquant mon imaginaire ».

 

 

Quels sont vos lieux de villégiature préférés ?

«Toute la côte amalfitaine en Italie, le Gers de mon histoire familiale et toutes les villes au nom romanesque : Port-Royal, Carthagène, Zanzibar, Pondychéri, Tombouctou, Santa Fe et Paris ».

Vous partez pour 48 heures, quels sont vos essentiels à emporter et avez-vous des objets fétiches qui ne vous quittent jamais ?

«Je mets dans mon grand sac-cabas Burberry des Posca multicolores, des crayons, un étui de craies blanches, des blocs dessins, 2 pommes bio, une enceinte JBL Boombox amphibie, mon portable, une paire de ciseaux, un canif suisse, des photos de ceux que j’aime et 2 ou 3 montres Swatch multicolores ».

 

 

Vous avez habillé le Pape comme les stars, vous êtes aristo et rock à la fois, vous vous situez à la frontière de la mode, de l’art, comment devient-on l’homme de tous les contrastes ?

«En n’ayant pas peur du regard des autres, en n’étant jamais effrayé par les critiques et en étant toujours déterminé. Cette transversalité, pluralité, cette protéiformité, c’est l’écho de mes passions. J’aime l’art, j’aime la mode, j’aime le rock’n’roll. Je ne vois aucune frontière entre toutes ces disciplines surtout dans un siècle où internet a fait imploser les limites ».

 

Après 40 ans de carrière, quels sont vos leitmotivs et d’où vous viennent- ils ?

«Mon plus grand leitmotiv, c’est “la beauté pour tous”, créer tant dans le domaine de la mode des choses d’excellence qui soient accessibles, comme ce je fais pour Le coq sportif, tant dans l’art avec des projets monumentaux dont la dimension, la force et la déflagration digitale font qu’elles sont universelles et populaires. Ce processus a commencé à se mettre en place dans mon inconscient le 24 août 1997, lorsque j’ai habillé le Pape, 500 évêques, 5000 prêtres et 1 million de jeunes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Le pape m’avait dit alors “vous avez utilisé la couleur comme ciment de la foi “. J’utilise cette même couleur encore aujourd’hui comme ciment de modernité démocratique ».

 

Qui sont pour vous les héritiers de la mode aujourd’hui ?

«Je suis très intéressé par le travail pluriel de Kanye West et Virgil Abloh, tant chez Ikea, Nike que chez Louis Vuitton. Ainsi que part des concepts de co-branding comme Supreme, Keith et d’autres. Il y a aussi le remarquable travail de Raf Simons chez Calvin Klein, Kim Jones chez Dior et Craig Green chez Moncler, un visionnaire. Je pense aussi que l’influence d’artistes comme Tom Sachs ou Daniel Arsham est intéressante et proche de la mienne ».

Faîtes-vous plutôt partie de ces nostalgiques “c’était mieux avant” ou ces futuristes “vivement demain”?

«Je suis résolument rétro-futuriste. J’emporte  “avant vers après-demain”. Mon cri de guerre est vive l’avant-garde et je m’approprie la phrase de Rimbaud : “il faut être résolument moderne” ».

 

 

Quels sont vos projets du moment ?

«Je viens de faire une installation monumentale à la Biennale de Paris baptisée le « Carrousel Céleste ». Ce genre de projet me passionne et je travaille déjà sur une installation permanente sur la façade d’un bâtiment emblématique à Paris. Dans le domaine du style, je suis directeur artistique de la marque Le coq sportif et je créé depuis 17 ans ma collection chez Rossignol. Et trois capsules formidables sont en cours avec trois maisons emblématiques ».

 

A voir « L’épopée pop de Jean-Charles de Castelbajac » sur Arte, le 28 septembre à 22h45 
www.jeancharlesdecastelbajac.com

Texte par Aurélie des Robert pour PLUME VOYAGE MAGAZINE