Plage, pinède, oliviers. Triangulation rêvée. Là, au coeur de Porquerolles, un lieu d’art, confetti sur la carte, devient un spot incontournable de l’art contemporain. Juste née, bien vivante, nourrie de bonnes énergies, la Fondation Carmignac d’Art Contemporain a ouvert ses portes. Visite, les pieds nus. 


“Bienvenue à la Fondation. Le sol est réalisé en pierre spéciale, on sent le grain sous les pieds, il faut donc marcher nu-pied pour ressentir la sensation, comme celle du sable, après le reflux de la vague.”

Voilà. Pour pénétrer dans le saint des Saints, les chaussures doivent être déposées avant d’entrer dans l’exposition, comme un rituel.

Ici, Edouard Carmignac et son fils Charles, le directeur de la Fondation Carmignac, se font plaisir. Ils ont voulu que l’écrin de leur collection entre en résonance avec la nature préservée de l’île, le parc Naturel National de Porquerolles, et garde l’empreinte de la ferme d’origine où poussaient la vigne et l’olivier. Le vin produit sur place, est celui du Domaine de la Courtade fondé en 1983 par l’ancien propriétaire, Henri Vidal: 35 hectares de vignes certifiés biologique depuis 1997. Le chef de culture est resté le même, car on a voulu préserver la mémoire  du vignoble. Un détail parmi d’autres qui plait, sur l’île. Comme celui d’avoir invité tous les Porquerollais à la fête d’inauguration du 1er juin.

Un espace d’exposition comme dans un aquarium

Conservée, aussi, l’emprise au sol de la villa d’origine. Dans un site naturel inscrit dans le périmètre Natura 2000, pas d’extension du bâti possible. On a donc creusé pour gagner les 2000 m2 de salles et galeries. L’espace d’exposition est réparti sur plusieurs modules articulés autour d’une place centrale, une cour dont le plafond de verre est un bassin laissant paraitre le ciel, la course des nuages filtrée par l’eau. Les murs se parent de reflets: l’eau devient un élément de l’architecture et la lumière naturelle, tremblante, une matrice muséographique. On évolue comme dans un aquarium à la découverte des oeuvres.

 Le visiteur plonge dans son “île intérieure”. C’est l’idée de Charles Carmignac

Après des études de Sciences politiques, il a été pendant vingt ans le guitariste du groupe Moriarty. Passionné de photo-journalisme comme son père qui a créé en 2009 le Prix Carmignac de Photojournalisme pour parer à la crise des médias, il évoque, assis avec quelques amis sous un olivier, cette 9ème édition, présidée par le climatologue Jean Jouzel, sous le haut-patronage de la Ministre Ségolène Royal, ambassadrice des Pôles: « Cette édition donne au prix une nouvelle tournure. Ce sera une véritable expédition polaire: les deux photographes, Yuri Kozyrev et Kadir van Lohuizen, vont faire le tour du cercle polaire chacun de son coté pour se rejoindre à la fin et documenter les effets du changement climatique ». Plus engagé que jamais sur le front de l’écologie, le travail sera exposé à la Fondation dans l’espace dédié à la photographie.

À l’écart du village, derrière la plage de la Courtade -élue plus belle plage d’Europe- le sentier poussiéreux s’enfonce dans la forêt

Passé le portail rouillé, la maison apparait au sommet d’une colline : première oeuvre, extérieure, sur le parcours des oeuvres imaginées pour le lieu par les artistes venus visiter l’île: Alycastre de Miguel Barcelo’. C’est la figure du légendaire dragon de l’île, en bronze avec patine. Il trône à l’entrée de la villa (et sur les étiquettes du vin du Domaine). Sur le mur exposé coté plage, c’est la Méditerranée, une oeuvre en inox poli-miroir de Jean Denant, dont les pourtours se détachent sur la pierre brute. Douze oeuvres sont dispersées dans le jardin conçu comme un « non-jardin » par le paysagiste Louis-Benech.

Une collection Carmignac  sur le thème de la rebellion

L’exposition inaugurale “Sea of Desire” est est inspirée du titre d’une oeuvre d’Ed Rusha cachée au fond de la forêt. D’un côté, elle exprime notre Eros et notre désir de beauté. De l’autre, elle contient notre irrésistible attirance pour la destruction. Les oeuvres de la collection Carmignac choisies sur le thème de la rébellion, se mêlent à quelques prêts, comme la Naissance de Vénus de Boticcelli venue de Turin ou cette monumentale fresque de Roy Lichtenstein prêtée par un musée étranger. « Il y a deux jours, on ne savait pas si elle serait là. On a trouvé le seul camion d’Europe anti-vibration, puis elle a vogué sur le bac jusqu’ici. » raconte Charles Carmignac.

Mais sur le détail de leur voyage, les oeuvres gardent le secret.

 

Infos pratiques

http://www.fondationcarmignac.com/fr

Sur l’île de Porquerolles, la fondation est située sur le site de la Courtade à 10 minutes à pied du port et du village. Horaires d’ouverture: tous les jours de 10h au coucher du soleil.

Pour s’y rendre, prendre une navette maritime TLV depuis la Tour Fondue, sur la presqu’île de Giens (Hyères).

Durée de la traversée : 15 minutes.

Horaires : https://www.tlv-tvm.com/horaires-tarifs-horaires-2/

Exposition inaugurale: « Sea of Desire », 2 juin-4 novembre 2018 Warhol, Lichtenstein, Nauman, Botticelli, Basquiat, Barcelo’…

 

Texte et reportage par Françoise Spiekermeier pour Plume Voyage Magazine.

Photos : © Françoise Spiekermeier © Matthieu Salvaing © Eric Valli © Tom Sachs © Marc Domage © Miquel Barcelo © Nils Udo

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