Des économistes de tous horizons se complaisent à débattre sur le prix du carbone. Ils voient cette tarification plus comme un ajustement du marché qu’une interférence. Une notion qu’ils qualifient de « simple », « percutante », « élégante » et « fabuleuse ».

Cependant, beaucoup de politiciens, méfiants envers des oppositions hâtives aux taxes, traitent le sujet comme s’ils traitaient un matelas infesté de punaises de lit. Donc une résolution simple et percutante pour remédier à la crise climatique reste sur la ligne de touche.


« Si vous demandez aux gens quel genre de politique ils aimeraient adopter, la taxe carbone ne fait pas l’unanimité et se retrouve même parmi les derniers choix. Sauf lorsqu’on interroge des gens de gauche ou de Californie, bien sûr », a déclaré Carolyn Fischer, économiste environnementale et principale chercheuse chez Resources for the Future.

Les économistes tentent donc de trouver les meilleurs alternatives possibles. Carolyn Fischer en a suggéré une qui pourrait finalement s’avérer être la meilleure de toutes, sans pour autant exiger beaucoup de courage de la part des politiciens.

« Je serais réellement favorable à l’avis d’un prix du carbone à l’échelle nationale », a-t-elle déclaré lors d’une apparition en octobre, à l’Université de Stanford. « Mais si nous n’obtenons pas cette législation de sitôt, que pourrions-nous faire pour activer le changement immédiatement ? »

Dans un article publié par le Brookings Institute, Mme. Fischer propose des normes de rendement spécifiques au secteur, impliquant des crédits négociables, qui pourraient potentiellement fusionner en un prix du carbone national.

« Si vous interrogez les gens sur la politique qu’ils soutiennent pour lutter contre le changement climatique et réduire les émissions, il est fort probable que vous entendiez parler de normes de portefeuille renouvelable et de normes de rendement pour l’industrie. Et voilà, on ne parle plus que de normes », a-t-elle expliqué.

« L’idée ici, est donc de combler le fossé qui s’est creusé entre les économistes et le reste des gens. Il y a des façons de commencer par des normes et c’est un outil familier. Mais par la suite, il faut pouvoir les utiliser de façon plus axée sur le marché, et puis les utiliser pour s’orienter vers une tarification du carbone plus large. »

A priori, nous avons déjà été sur la piste de cette approche. Quand le congrès n’avait pas réussi à adopter un programme de plafonnement et d’échange lors du premier mandat de Barack Obama, le président s’était tourné vers la réglementation au cours de son deuxième mandat. Son Clean Power Plan imposait aux Etats-Unis des normes de rendement dans le secteur de l’énergie, et bien que les méthodes de respect de ces normes soient confiées aux États, le plan les encourageait à former des marchés du carbone.

« Adoptons une politique acceptable, qui semble familière pour les gens et en laquelle ils ont confiance, mais faisons-le bien », soutient Mme. Fischer. « Concevons-la de telle sorte que la tarification du carbone connaisse une réelle avancée », a-t-elle ajouté.

Le plan de Carolyn Fischer établirait un point de référence d’émissions dans chaque secteur. Les entreprises qui dépasseraient ce point de repère paieraient une pénalité, mais ce paiement achèterait un crédit négociable. Si les entreprises restent en dessous des repères, elles peuvent vendre des crédits.

La référence augmenterait avec la production, ce qui empêcherait les entreprises de réduire leur production pour vendre plus de crédits. Les entreprises profitent du système car elles produisent plus mais émettent moins.

L’idée de Mme. Fischer a bien été accueillie par d’autres économistes qualifiés de Stanford.

« J’aime vraiment la vision de Carolyn », a déclaré Lawrence Goulder, professeur d’économie de l’environnement à Stanford, et spécialiste des politiques de second choix.

Si vous êtes réellement soutenu dans ces normes de rendement généralement utilisées à court terme, pourquoi ne pas les utiliser autant que possible, et peut-être qu’en fin de compte, elle deviendront le Saint Graal, qui n’est autre qu’un prix du carbone uniforme, via l’échange de droits d’émissions ou d’une taxe carbone.

Lawrence Goulder était dubitatif sur la question car il craignait que cette alternative rende la meilleure politique plus difficile à réaliser.

« Si nos attentes sont trop élevées et que nous poussons trop loin cette politique alternative, il pourrait être difficile de changer de politique par la suite », a-t-il confié. « Cela pourrait retarder l’opportunité de finalement passer au système de plafonnement à l’échelle nationale, ou d’une taxe carbone. »

Nat Keohane, ancien économiste de Yale, qui dirige le programme climatique de l’Environnemental Defence Fund, s’est demandé si le problème était vraiment le prix du carbone (difficile à établir), ou si tout simplement, le sujet entier était compliqué.

« L’obstacle majeur n’est pas le fait que les gens soient préoccupés par une taxe ou un système de plafonnement sur le carbone. Ils aimeraient vraiment adopter ces normes de rendement », a affirmé Nat Keohane. « L’obstacle le plus gênant reste la difficulté à faire passer cette politique. »

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