Le 29 juillet dernier, durant plus de cinq heures, Sundar Pichai (Alphabet), Tim Cook (Apple), Mark Zuckerberg (Facebook) et Jeff Bezos (Amazon) ont été auditionnés par la commission judiciaire de la Chambre des représentants à Washington, qui enquête sur des abus de position dominante. Une position dominante qui n’est pas seulement politique, mais aussi économique et démocratique selon les démocrates de la chambre.

Les députés n’ont pas été avec le dos de la cuillère pour tenter d’obtenir quelques réponses sincères de ces entretiens. Ils ont même été très largement alimentés par la réserve de certains et surtout l’arrogance signant leur sourire pincé d’angoisse et d’agacement. Il s’en traduit une expression parfois hautaine qui n’a pas manqué d’énerver le député M. Cecilline président la commission d’enquête qui révèle en ligne quelques crimes dine d’un film de mafieux de belle facture. Vol de données personnelles, abus de position dominante, accord illicite de démarchage, puissance économique mettant en défaut l’équilibre économique de l’innovation, la création et la démocratie d’entreprendre, c’est sans omettre les poursuites en invoquant l’exemple caractéristique de YELP menacé littéralement par Google de disparaître !


Le cinquième pouvoir

S’il est vrai que les 5 acteurs pesant presque 5 000 MD $ à la cotation de Nasdaq, ils forment de fait un cinquième pouvoir avec cette faculté de tuer toutes communications et toute l’économie mondiale sans compter la parole politique qu’ils relaient en appuyant sur un simple bouton. N’ont-ils pas non plus gagner un nouveau pouvoir, qui serait lui, régalien.

À ce jour, aucune puissance politique et régalienne à la faculté de maîtriser le GAFAM. Même en unissant la force des États-Unis, de l’Europe et de la Chine, on ne pourrait pas faire taire le GAFAM ni s’en passer.

S’en passer parce que le système est si puissant qu’il tue dans l’œuf toute l’innovation pertinente susceptible de le mettre en danger. Dans ce cas il rachète ou isole l’entreprise. L’Europe et d’ailleurs la première place de marché de l’innovation numérique, bien devant Israël, la Start-Up Nation qui porte l’essentielle de l’innovation numérique sur le segment de la cyber sécurité.

Mais alors que le politique aura laissé croître le poulpe numérique, il s’agace aujourd’hui d’en perdre la main. Entre le lobbying et la puissance financière de pouvoir rayer d’une carte une ville entière, ou de la faire renaître, il est vrai qu’en fervent défendeur des libertés fondamentales je m’inquiéterais. Mais plus subtile, on peut reconnaître que si le Congrès a su aligner les divergences républicaines et démocrates à 100 jours de l’élection présidentielle, chaque parti avait une bonne raison de s’inquiéter. Les républicains en premiers, car ils reconnaissent sans pudeur le parti pris démocrate des réseaux sociaux et se sentent alors censurés à tort en faveur de Joe Bidden, in fine. Les démocrates eux, arguent l’inhibition d’entreprendre et la créativité entrepreneuriale réduite à néant par rachat ou étouffement de l’entreprise qui fait du GAFAM un système technologique monolithique encore plus fort et dominant.

Le libre arbitre d’engager le feu létal

Mais il reste un argument qui pourrait inquiéter les deux partis. Certains acteurs du GAFAM sont aujourd’hui fournisseurs de solution digitale qui peut être embarquée sur des systèmes militaires létaux et dont la prise d’engagement au feu serait gérée par l’intelligence artificielle. Ainsi, quand une petite entreprise développe une technologie susceptible d’intéresser le secteur militaire elle est aussitôt rachetée ou étouffée par l’embauche du créateur quand il n’a pas été absorbé à la sortie de Yel ou du MIT. Ce qui nous amène à penser qu’en l’état, et compte tenu du système actuel, c’est-à-dire ultra libérale et sans régulation, demain, un acteur du GAFAM pourrait avoir la faculté d’interagir sur un système d’arme doté d’intelligence artificielle et obtenir la capacité d’engager l’initiative du feu avec ou sans l’initiative du propriétaire de l’arme !

C’est ce que l’on appelle une back-door (porte dérobée logicielle) qui permet d’infiltrer un système sans que l’utilisateur puisse le détecter. Les États-Unis ont plusieurs centaines de fournisseurs d’armes létales, le plan de réforme du Secrétaire d’Etat à la Défense incite à n’investir que dans les systèmes autonomes et dotés d’intelligence artificielle.

Est-ce trop tard ou trop tôt pour réguler l’achat d’un code informatique produit par un GAFAM ? Une certitude tout de même, c’est que le GAFAM détient bien la plus grande puissance de feu économique jamais tenu par le secteur privé, mais aussi la probabilité à terme de détenir une faculté d’engagement du feu au combat. C’est un soit une forme de puissance régalienne qui ferait d’eux le sixième pouvoir.