Depuis plus de deux ans, Facebook est au cœur de toutes les polémiques : protection des données privées des utilisateurs, accusations de comportement destructeur pour la démocratie et enquêtes antitrust de la Federal Trade Commission. Son PDG, Mark Zuckerberg, a été appelé à témoigner, non pas une, mais deux fois devant le Congrès des États-Unis au sujet de la politique de l’entreprise. Pour la plupart de ses concurrents, une telle série de controverses pourraient avoir des conséquences dramatiques sur les performances futures, mais pas pour Facebook, dont les actions continuent à grimper.

Après avoir gagné plus de 50 % l’an dernier, l’action Facebook a déjà pris plus de 5 % depuis le début d’année. Malgré un certain nombre d’enquêtes imminentes de la part des agences gouvernementales américaines sur des questions de concurrence et d’antitrust, l’action a atteint des sommets au cours des dernières semaines. L’entreprise a vu sa capitalisation boursière augmenter de plus de 200 milliards de dollars en 2019 et pèse aujourd’hui près de 630 milliards de dollars.


Facebook fait un retour triomphant après l’effondrement historique survenu courant 2018, lorsque l’entreprise avait constaté un ralentissement de la croissance de son nombre d’utilisateurs et de ses ventes. Le lendemain de cette annonce, l’action avait alors chuté de 20 %. Cet essoufflement était venu s’ajouter à des préoccupations plus générales concernant la confidentialité des données. Pendant des mois, Facebook a essuyé des remarques négatives concernant la confidentialité des utilisateurs, ainsi que son rôle dans la propagation des fake news. La société a notamment été vivement critiquée pour avoir porté atteinte à la démocratie après l’affaire Cambridge Analytica, lorsque la société de conseil britannique est parvenue à exploiter les données personnelles de millions d’utilisateurs pour ses stratégies de publicité politique. Suite à cela, l’action Facebook a été largement revendue sur les marchés pendant le reste de l’année 2018 et avait perdu près de la moitié de sa valeur marchande globale.

Par la suite, l’action a repris de la vigueur au premier semestre 2019, mais a de nouveau chuté de près de 10 % en mai. La Federal Trade Commission a alors ouvert une enquête antitrust sur Facebook au mois de juin, et de nombreux analystes de Wall Street prévoyaient que la multiplication des appels à la réglementation finirait par être préjudiciable à l’entreprise. Le réseau social s’est finalement vu infliger une amende de 5 milliards de dollars par la Federal Trade Commission pour violation de la vie privée des consommateurs, soit la plus grosse amende de l’histoire.

L’an dernier, Facebook a également subi de nombreuses critiques au sujet du lancement de Libra, sa cryptomonnaie. À l’approche des élections américaines fin 2020, le plus grand réseau social du monde est soumis à de fortes pressions pour ajuster sa politique en matière de fake news et de publicité politique. Mais Facebook a récemment confirmé ne pas vouloir changer les règles de la plateforme à ce sujet, ce qui contraste avec d’autres réseaux sociaux comme Twitter, qui a interdit toute forme de publicité politique en octobre dernier. De plus, en septembre, 47 procureurs généraux d’État ont annoncé une enquête ouvrir sur Facebook pour violation des lois antitrust, faisant chuter l’action une nouvelle fois de 4 %.

Mais malgré les critiques récentes et les appels à la réglementation, la vivacité retrouvée de l’action Facebook et les nouveaux records établis pourraient bien indiquer que les investisseurs ne sont pas encore trop inquiets. Wall Street prévoit donc une bonne année à venir pour Facebook.

Ces derniers mois, l’entreprise a continué à augmenter son chiffre d’affaires, en attirant notamment les utilisateurs avec Facebook News. L’optimisme renaît quant à la capacité du réseau social de monétiser ce service, comme cela a pu être le cas avec les vidéos publicitaires sur Instagram.

L’action est récemment remontée grâce à des bénéfices enregistrés plus élevés que prévu au troisième trimestre. La croissance du chiffre d’affaires s’est en fait accélérée en 2019, l’entreprise affichant un taux de croissance sur douze mois de 26 % au premier trimestre, de 28 % au deuxième trimestre et de 29 % au troisième trimestre. Même si le réseau social n° 1 travaille pour améliorer sa réputation, il continue de dominer le marché de la publicité numérique. En effet, les entreprises utilisent toujours la plateforme publicitaire de Facebook, et les analystes de Refinitiv prévoient une augmentation des revenus publicitaires à hauteur de 26 % en 2019.

Dans un rapport récent, la Deutsche Bank prédit « un regain de force de l’application principale de Facebook » en 2020 grâce à des initiatives telles que le remaniement du newsfeed, le développement des stories et l’amélioration du marketplace entre autres. Les analystes de la Bank of America, en revanche, soutiennent que les offres Messenger et WhatsApp de Facebook sont encore sous-évaluées sur les marchés financiers et pourraient prendre jusqu’à 20 %. Ali Mogharabi, analyste pour le Morningstar, explique dans son analyse du dernier rapport d’activité de Facebook : « Bien que l’entreprise reste sous surveillance et soit confrontée à des risques concernant la réglementation, elle continue à fonctionner extraordinairement bien ».

Cette nouvelle année sera peut-être encore riche en critiques au sujet des fake news sur Facebook, mais Mark Zuckerberg affirme : « L’une des grandes questions pour la prochaine décennie est : comment devons-nous gouverner les nouvelles grandes communautés numériques qu’Internet a rendues possibles ? ». Le PDG de Facebook, qui pèse aujourd’hui près de 82 milliards de dollars selon les estimations de Forbes, estime que la meilleure façon d’aborder cette question est « d’établir de nouveaux modes de fonctionnement, afin que les communautés se gouvernent elles-mêmes ».

Depuis l’inauguration de Donald Trump, la fortune de Mark Zuckerberg a augmenté d’environ 27,8 milliards de dollars. Il devient ainsi la cinquième fortune du monde et la troisième des États-Unis pendant cette période.

Les bénéfices du quatrième trimestre et les résultats de l’année 2019 de Facebook, qui seront publiés après la fermeture du marché le 29 janvier, devraient être un indicateur clef quant à la capacité de l’entreprise à continuer sur sa lancée cette année. Une chose est sûre, les turbulences politiques n’empêchent pas le capitaine de Facebook de voler toujours plus haut.

 

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