Les prévisions économiques incertaines apporteront de la volatilité aux marchés mais à la sortie de cette période de crise, les perspectives pourraient favoriser l’or. Aux États-Unis, par exemple, la baisse du taux de la FED met les taux réels largement négatifs, ce qui est probablement le premier argument pour lequel détenir de l’or. L’explosion de la masse monétaire et de l’endettement des Etats sont les catalyseurs de la hausse annoncée du métal jaune.

L’or physique fait partie des réserves de toutes les banques centrales du monde avec des devises diverses, notamment l’euro, le yen, et bien entendu le dollar US. Nombre d’investisseurs maintiennent également des positions sur l’or physique. En somme, l’or est un des piliers du système monétaire mondial et des investissements, autant pour les États et les professionnels que pour les épargnants particuliers les plus simples. Les pays dont les banques centrales augmentent activement actuellement leur stocks d’or (et depuis plusieurs années) sont  la Russie, l’Arabie saoudite et… la Chine.


Ayant réagi favorablement dans la période qui a suivi la crise financière de 2008-2009 pour atteindre son plus haut historique au dessus des 1 920 dollars US en mars 2011, l’or a connu une période de baisse suivie d’une période d’oubli jusque l’année dernière. Un plus bas récent en novembre 2015 vers 1 056 dollars US, suivi d’une remontée relative, l’or a vraiment commencé sa progression depuis mai 2019. La peur que l’Europe et d’autres pays restent dans une période sans pouvoir espérer voir des taux d’intérêt plus rémunérateurs, couplée à un manque de croissance économique, a augmenté l’attrait pour l’or. Un placement qui a quasi échoué sur les obligations de 30 ans avec un coupon zéro proposé par la Deutsche Bundesbank l’année dernière a bel et bien annoncé la couleur d’une perte de pouvoir d’achat certaine pour tous les pays membres de l’euro et le ras-le-bol général des épargnants.

L’or physique est peut-être la matière la plus recyclée, mobile et donc la plus ‘conservée’ de l’humanité. Il est possible que l’or dans les coffres de la Banque de France soit sorti des mines du Soudan du 8ème siècle ou d’autres cagnottes d’empereurs et d’Etats d’antan. La demande pour l’or aujourd’hui dépasse largement la production annuelle de toutes les mines actuellement en exploitation ; d’ailleurs, la demande totale des citoyens chinois, à eux seuls, représente l’équivalent de la production annuelle de toutes ces mines dans le monde. Alors pour le reste de la demande du monde, on puise dans les stocks pour que le marché trouve son équilibre.

L’or représente un moyen de conserver et stocker du capital sans devoir détenir l’obligation d’un tiers. Nombreux sont ceux qui recommandent qu’entre cinq à dix pour cent d’un portefeuille soit placé en or, soit en or physique, avec des lingots, des pièces etc., soit en investissant dans les actions de mines aurifères cotées en bourse. Il y a également des fonds qui sont des substitutions pour de l’or physique où leurs actions cotées en bourse représentent de l’or physique détenu dans le fonds.

Depuis le début de la forte baisse due à la pandémie du coronavirus, l’indice Dow Jones a perdu plus de 35% tandis que l’or, après une très brève hausse de presque 10%, a perdu à peu près 5%, à 1 515 dollars US actuellement. Comment expliquer cette baisse ? En fait, l’or remplit bien son rôle de ‘contrat d’assurance’ pour les investisseurs. Vu la baisse considérable sur toutes les places boursières du monde, un besoin critique de liquidités s’est produit pour couvrir les comptes sur marges, les ventes à terme et d’autres ‘mises sous pression’ de certains intervenants. Ces contraintes à liquider des positions de l’or pour approvisionner leurs comptes à découvert expliquent la pression qu’a subi le cours de l’or. La forte demande du dollar met la pression sur l’or. Cette surenchère des marchés pour de la liquidité anticipe un fort ralentissement économique déjà entamé par l’arrêt net des économies importantes du monde.

Mais quelles vont être les conséquences à long terme des mesures annoncées par toutes les banques centrales de l’occident, dont en première ligne la FED, pour contrer les effets néfastes pour les économies de la quarantaine et les mesures de confinement en Europe comme en Amérique ? Est-ce nécessaire de recommencer l’assouplissement quantitatif ainsi que les rachats des obligations des sociétés pour arroser les économies de liquidités ? Les résultats de cette politique monétaire risquent de se manifester par une période prolongée de croissance faible accompagné de taux rémunérateurs nuls, voire négatifs. Les épargnants vont être très déçus de ces perspectives et vont rechercher des solutions d’investissements plus porteurs. La bourse, sans doute, fournira toujours des opportunités, et cela malgré la perte sèche endiguée par le virus venu de Wuhan. Mais les actifs tangibles, dits ‘alternatifs’, vont continuer à servir de choix diversifiant des portefeuilles dont l’or pour beaucoup.

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