Alors que les prix du Brent repartent à la hausse depuis le début d’année 2018, l’annonce fracassante de Donal Trump mardi 8 mai sur le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien ratifié en 2015 va inexorablement induire une flambée des cours du pétrole.

Curieusement, ce n’est pas uniquement le mécanisme habituel de l’offre et de la demande qui risque de contribuer à cette hausse chronique.

Certes, le revirement de la première puissance mondiale va sans conteste fragiliser l’équilibre diplomatico-économique et pourrait potentiellement déboucher sur un risque sérieux de conflit entre l’Iran et Israël. Au-delà, l’offre pétrolifère et l’équilibre souhaité par l’OPEP depuis plusieurs années maintenant des variations de cours relativement encadrées pourrait s’en trouver compromis par une réduction de l’export iranien. Et comme à chaque fois où l’offre est inférieure à la demande, les prix risquent de grimper. C’est ce que nous dispense Antoine-Augustin Cournot en 1838 dans son ouvrage « Recherche sur les principes mathématiques de la Théorie des Richesses ».

Mais si l’Iran représente 3% de la production mondiale d’or noir, l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole pourrait reprendre la main sur la maîtrise des flux, notamment en augmentant sa production, qu’elle avait bridée depuis près d’un an. Idem pour l’Arabie Saoudite, alliée indéfectible des Etats-Unis dans son bras de fer avec l’Iran, et premier exportateur mondial.

Incertitude et hausse des prix

Seulement, si des solutions existent sur le papier, l’incertitude va prédominer. Et en matière de cours, l’incertitude est synonyme de volatilité. Une envolée des prix du pétrole va induire des conséquences bien palpables pour la France, gros importateur de brut. Au-delà du fait que son déficit risque de se creuser, les ménages et les entreprises seront directement impactés. Pour les entreprises, cela va générer une hausse des consommations intermédiaires, qui ne leur laissera que deux choix : réduire leur marge, ou augmenter le tarif des biens qu’elles commercialisent. Dans un contexte de tensions économiques, il y aura donc des conséquences lourdes, quelle que soit l’option retenue. Si l’entreprise rogne sa marge, cela aura un impact significatif sur ses résultats et donc sur sa capacité plénière. Dans l’hypothèse d’une augmentation de ses prix, l’impact se répercutera in fine sur les ménages qui subiront une double conséquence : d’une part l’augmentation du prix à la pompe (le prix du gazole a déjà augmenté d’environ 36 % depuis début 2016 et celui du sans plomb 95 d’environ 22 %), d’autre part celle des produits finis qui composent son panier de consommation.
Finalement Edward LORENZ avait raison, le battement d’aile d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas… ou l’inverse.