Créée en 2013, la Fintech française, propriété du Crédit Mutuel, s’impose comme un acteur européen majeur pour le e-commerce. Entretien avec son CEO Romain Mazeries. 

Forbes France : Vous avez atteint les 10 milliards d’euros de transaction en 2020, sept ans après votre création : était-ce ce que vous attendiez en lançant votre solution de paiement ?


Romain Mazeries : Notre histoire est indissociable de celle des entrepreneurs. Mangopay est née pour répondre aux besoins spécifiques des entrepreneurs et de leurs projets innovants afin de les accompagner dans leur croissance et le développement de leur activité. Notre solution fut pensée dès les débuts pour faciliter l’échange et la collaboration.

Le succès de nos clients fait le notre. Ce qui les fait grandir nous fait grandir. Nous avons construit une offre gagnant-gagnant à savoir que notre succès dépend du leur.

Mais avions-nous envisagé ou imaginé une telle croissance ? Ce serait vous mentir de vous répondre que nous avions envisagé ces montants à 11 chiffres quand nous avons lancé notre solution ! Néanmoins, nous sommes nous-mêmes des entrepreneurs et nous avons toujours cru en notre produit et en notre positionnement. Et nous n’allons pas nous arrêter là !

Le parfait exemple est celui de Vinted que nous accompagnons depuis le début dans une démarche de mentorat propice à la collaboration. Bien plus que des prestataires, nous sommes des partenaires, des accélérateurs tant pour les start-ups que pour de plus grandes structures.

En tant qu’experts de l’économie collaborative, nous offrons un accompagnement qui capitalise sur les forces et les spécificités du client. Cela explique en partie le cap symbolique atteint à ce jour qui fait notre fierté et qui ouvre les portes d’un avenir ambitieux.

Quelles sont désormais vos perspectives de croissance ? où allez-vous vous déployer ?

L’humilité est dans notre ADN, ce qui nous amène à ne rien prendre pour acquis et a constamment regarder devant nous. Doubler sa volumétrie chaque année requiert d’assurer la scalabilité opérationnelle et technique de son produit et de sans cesse investir dans les équipes pour rester innovants et accompagner chaque client lors de sa croissance et expansion internationale. Nous y parvenons en positionnant la qualité de service comme fil rouge de notre stratégie et ce, depuis le début.

Pour l’année 2021, nous avons pour objectif de réaliser environ 9 milliards d’euros sur un an, ce qui équivaut à peu près à ce que nous avons réalisé en 7 ans ; consolider les marchés existants (France, Grand-Bretagne et Allemagne) mais aussi les deux nouveaux pays ouverts en 2020, les Pays-Bas et l’Espagne, et continuer notre expansion dans toute l’Europe : Italie, Pays Nordiques, Europe de l’est ; améliorer continuellement la qualité de service qui englobe la scalabilité opérationnelle et technique et la qualité de notre support et tirer le meilleur d’un cadre réglementaire en pleine évolution dans l’optique d’offrir un service optimal à nos clients.

80 recrutements sont prévus pour l’année 2020, de nouvelles fonctionnalités, de nouveaux moyens de paiement…

Notre objectif d’ici 2022 est d’atteindre 14 milliards de volume de transactions en l’espace d’un an. Notre croissance et celle de nos clients ne fait que commencer.

Le confinement a fait exploser le e-commerce : comment avez-vous vécu cette crise sanitaire ?

Comme pour toute entreprise, cette période fut difficile. Coté business, nous avons clairement été impactés avec une baisse de 70% en terme de volume de transactions pendant les 10 premiers jours. Grâce à la résilience et l’énergie de nos clients et de nos équipes mais aussi grâce à la diversité de notre portefeuille, nous avons très rapidement retrouvé notre activité jusqu’à atteindre des records de transactions sur le mois de mai et le mois de juin. Et ce malgré la difficulté rencontrée par certains secteurs comme le Crowdfunding et tout ce qui touche au voyage et au loisir. La crise ne nous a pas empêché de doubler nos effectifs.

Le défi s’est également fait sentir en interne bien que l’impact fut moindre grâce à un plan de continuité d’action (PCA) en place depuis longtemps. Nous disposons de matériels professionnels adaptés au télétravail et avons pris soin de confiner nos équipes avant l’annonce officielle. Cette anticipation a permis une transition en douceur avec la mise en place d’initiatives permettant de préserver notre dynamique et notre culture interne, par exemple en organisant des événements à distance chaque semaine.

Quelles ont été les demandes et les inquiétudes de vos clients pendant le confinement ?

L’enjeu majeur a été d’accompagner nos clients avec la mise en place d’initiatives en ce contexte particulier. Il a fallu être très réactif. Pour les petites structures, nous avons choisi de supprimer nos frais minimums par mois afin de ne pas être un frein à leurs survies et leurs initiatives. Pour la première fois, nous avons collaboré avec l’un de nos concurrents principaux afin de ne pas faire de marge sur les projets PGE (prêts d’état garantis) propre aux plateformes de crowdfunding. Nous avons également accompagné certains de nos clients venant en aide aux hôpitaux ou collectant des fonds via leur plateforme en tarifant nos services à prix coûtant.

De manière générale, nous avons observé une augmentation du taux de pénétration des paiements en ligne particulièrement pour les habitués du paiement par cash tels que l’Italie, l’Espagne ou le Portugal qui ont vu le nombre d’acheteurs en ligne augmenter de 7 à 10%. La crise sanitaire semble avoir considérablement changé les habitudes de consommation.

Nous sommes parvenus à passer outre la crise sanitaire notamment grâce au fait que nous sommes une solution de paiement digitalisée – les paiements en ligne ont très vite repris après les 10 premiers jours du confinement -, et à la mise en place de nombreuses initiatives pour aider les entrepreneurs soucieux de préserver leur business.

Vous avez au sein de votre portefeuille aussi des jeunes pousses pour qui les affaires ont plutôt bien fonctionné…

En effet, dans la diversité de notre portefeuille clients, certains ont particulièrement tiré leur épingle du jeu : comme la ruche qui dit oui par exemple, marketplace à impact positif pendant la période du confinement. Leurs livraisons ont significativement augmenté car les Français ont franchi le pas en commandant des produits frais et locaux dans les ruches. Pumpkin aussi, qui a créé l’offre Pumpkin Business, une solution dédiée aux petitscommerçants offrant un système d’encaissement par CB. Je pense aussi à “Protège ton soignant”, un projet du crowdfunding sur Leetchi.com avec plus de 7.4millions d’euros de dons de particuliers et d’entreprises qui ont été consacrés à l’achat de matériel, commandé et livré directement à près de 400 établissements de santé dans toute la France.

Cette période a également débouché sur deux belles collaborations avec Veepee et Leboncoin.

Comment voyez-vous la prolifération de nombreux concurrents européens et même français sur ce secteur du paiement en ligne pour les entreprises ?

En ayant construit une offre sur le marché des paiements en ligne dédiée aux marketplaces, plateformes de crowdfunding et fintechs, nous avons également créé beaucoup d’intérêt pour ce segment par certains de nos concurrents français ou internationaux qui se sont rendus compte que la future croissance de l’e-commerce était sur notre segment.

Nous sommes convaincus de nos forces et avons su montrer ces dernières années que nos clients nous font confiance sur le long terme. Il y a également de plus en plus d’acteurs de l’e-commerce qui nous font désormais confiance pour gérer leurs marketplaces (La Redoute, Carrefour, BUT, …).

Ce qui nous démarque est notre technologie flexible d’e-wallet favorisant le développement des marketplaces, des plateformes de Crowdfunding et Fintechs en Europe. Cette grande flexibilité nous permet de répondre à des typologies de business très différents. Nos plateformes peuvent ainsi réaliser des opérations complexes impliquant de multiples acteurs. À cela s’ajoute un service client réactif et dédié, une expertise bancaire et une connaissance des marchés européens qui nous permet d’accompagner les entrepreneurs dans leur croissance et le développement de leur activité.

La prolifération de nombreux concurrents sur ce secteur prouve que notre intuition était bonne depuis 2013. Nous avons créé une véritable expertise réglementaire et technique en répondant aux problématiques d’encaissement pour compte de tiers. De nombreux acteurs du marché nous envient

La récente ouverture de nos bureaux à Amsterdam, Madrid et bientôt Milan prouvent également que 10 milliards n’est qu’un cap de franchi et non un objectif final. Notre aventure ne fait que commencer !