Galvanisé par la progression, trimestre après trimestre, de son principal foyer de profits, en l’occurrence la griffe italienne Gucci, le concurrent historique de LVMH, Kering, a dévoilé un chiffre d’affaires trimestriel largement au-dessus des attentes du marché.  

Plus vite, plus haut, plus fort. Kering a, une fois n’est pas coutume, fait sienne la devise du Baron Courbetin, en dévoilant une énième publication stratosphérique après avoir été mis sous pression par LVMH, il y a 15 jours. Le groupe de Bernard Arnault avait, en effet, fait état d’un chiffre d’affaires sans faux pas majeur – seule la division spiritueux faisant office de « brebis égarée » – avec une mention spéciale pour la maroquinerie et Louis Vuitton qui permettait à la première capitalisation boursière du CAC 40 de tenir son rang. La situation de Kering, longtemps « meilleur ennemi » de LVMH est analogue, avec dans le rôle de la locomotive la marque italienne Gucci qui, trimestre après trimestre, n’en finit plus de surprendre le marché. Dans le détail, le propriétaire de Bottega Veneta, Puma ou encore Yves Saint-Laurent s’est fendu d’un chiffre d’affaires de 3,92 milliards d’euros sur la période, dépassant largement le consensus Inquiry Financial pour Reuters, ce dernier se chiffrant à 3,7 milliards. Une performance résolument solide.

A taux de change constants, sa croissance a atteint 28,4% – dépassant elle aussi haut la main les 20% attendus par les analystes – et 32,3% pour les seules marques de luxe. A tout seigneur, tout honneur, la griffe florentine Gucci a, elle aussi sans surprise, surpassé les prévisions les plus optimistes.  En dépit d’une base de comparaison moins favorable, les ventes de la marque ont décollé de 49,4% ! Un véritable prodige dans la mesure où elles étaient attendues par les analystes en hausse de « seulement » 29%, soit plus du double. En forme olympique, la marque, longtemps convalescente, a signé des progressions « à deux chiffres dans toutes les catégories de produits et dans toutes les géographies » sur la période, a indiqué le directeur financier, Jean-Marc Duplaix, lors d’une conférence téléphonique avec la presse ce mardi soir.

Saint-Laurent également en grande forme, Puma remercie Rihanna

Gucci, qui a considérablement rajeuni sa clientèle – les « Millennials », cette nouvelle catégorie de population dans le viseur des grandes marques, comptant désormais pour plus de 50% de son chiffre d’affaires -, a vu ses ventes en ligne grimper de plus de 100% et celles de ses magasins en propre de près de 60%.  Toujours sur le front des bonnes nouvelles, Saint-Laurent atteste de sa santé retrouvée et poursuit sa marche en avant avec une progression de ses ventes de plus de 22%.  Divers résultats salués comme il se doit par les éminences grises du groupe, en premier chef, François-Henri Pinault. « L’excellente exécution de nos stratégies, tant au niveau du groupe que dans chacune de nos marques, nous permet de réaliser un nouveau trimestre de très forte croissance », s’est félicité le patron de Kering dans le communiqué du groupe qui parle de « croissance exceptionnelle ».

Suffisant pour se diriger vers un « millésime 2017 » historique ? François-Henri Pinault, s’il use de toutes les précautions oratoires nécessaires, est conscient de ne plus en être très loin. « Malgré des effets de change négatifs (de l’ordre de 128 millions d’euros) et des bases de comparaison de plus en plus élevées, nous sommes confiants dans la capacité de Kering à effectuer une année record ». Seule fausse note dans ce concert de louanges, Bottega Veneta qui voit ses ventes « frémir » de 0,9% lors de ce troisième trimestre, là où le marché en attendait bien davantage, en l’occurrence 2%. Une déception néanmoins reléguée au second plan par la performance de Puma, galvanisé par la nouvelle collection de Rihanna sobrement baptisée « Fenty Puma » et qui permet à la marque de conquérir de nouvelles consommatrices et de voir ses ventes grimper de plus de 17%.

+70% en Bourse depuis le début de l’année !

Hormis « l’accroc » (à relativiser) Bottega Veneta, tous les voyants sont au vert pour Kering puisque le pôle des autres marques de luxe a vu sa croissance organique également s’envoler de 17%, grâce notamment au succès de Balenciaga et des collections de son designer Demna Gvasalia. Kering poursuit sur sa lancée et semble bien parti, sauf cataclysme, pour également enregistrer la plus impressionnante progression de son titre en bourse. En effet, depuis le 1er janvier dernier, l’action du groupe de luxe a décollé de plus de 70% (à 362,8 euros), et dominé de la tête et des épaules le CAC 40 sur la période… loin devant LVMH et ses 33% de hausse depuis le début de l’année civile. Kering peut aborder la fin de l’année sereinement et espérer raisonnablement signer la plus « beau cru » de son histoire, confirmant la santé et la robustesse du luxe « Made in France ». Mission accomplie pour les deux frères ennemis. En attendant 2018.