Le numéro 1 mondial des cosmétiques a fait état d’une croissance annuelle solide, grâce notamment à l’explosion de  la demande chinoise pour ses produits de luxe, ce qui lui permet de naviguer sereinement en tête du CAC 40. L’Oréal a également « dévoilé son jeu » concernant le dossier Nestlé, via son PDG, Jean-Jacques Agon, déclarant que L’Oréal était en mesure de racheter la part de 23,2% détenue par le géant suisse de l’agroalimentaire à son capital… si Nestlé décidait de s’en séparer « un jour ».

La locomotive du CAC 40 en ce dernier jour de la semaine s’appelle L’Oréal. Le titre du géant des cosmétiques s’apprécie, en effet, de plus de 2% en début d’après-midi, surperformant largement un indice parisien (-0,58%) pansant encore les plaies de son début de semaine agité. Plusieurs éléments expliquent cette solide performance de l’entreprise fondée par Eugène Schueller, notamment sa publication annuelle faisant état d’une croissance particulièrement solide, portée par la demande chinoise pour ses produits de luxe. Dans le détail, le groupe aujourd’hui dirigé par Jean-Jacques Aigon a enregistré une croissance de 4,8% de son chiffre d’affaires – soit 26,02 milliards d’euros – à données comparables sur l’ensemble de l’exercice 2017, avec une accélération notable au quatrième trimestre à 5,5%. Une performance supérieure aux prévisions des analystes qui tablaient sur une croissance moindre à 5%. De son côté, le résultat opérationnel du groupe s’est apprécié de 3% à 4,67 milliards d’euros. A noter également une marge opérationnelle gagnant 40 points de base à 18%, grâce à la vente de Body Shop. Une publication d’ensemble saluée par les analystes.

« D’une manière générale, nous percevons ces résultats comme étant solides, chaque division ayant enregistré une croissance organique du chiffre d’affaires supérieure à nos attentes et au consensus au quatrième trimestre », soulignent  les analystes de Goldman Sachs  cités par Reuters. Un point de vue partagé par les analystes de Barclays qui ajoutent que cette croissance organique, meilleure qu’escomptée, compense le tassement de la marge 2017 à périmètre comparable, lié à une augmentation des dépenses de recherche et des investissements. Si chaque division a enregistré une croissance organique du chiffre d’affaires dépassant le consensus, l’une d’entre elle a tiré son épingle du jeu avec maestria, en l’occurrence la division luxe. Avec une croissance de 10,5% à données comparables, tirée par une explosion de la demande chinoise, le luxe « estampillée » L’Oréal (Lancôme, Saint Laurent ou encore Armani) peut se targuer d’une année 2017 réussie de ce point de vue.  

Le « serpent de mer » Nestlé

Néanmoins, cette croissance reste en deçà de celle de la concurrence, la division parfums et cosmétiques de LVMH affichant une croissance supérieure à 14%. Autre élément, outre cette publication, ayant suscité l’attention des investisseurs, les déclarations de Jean-Jacques Aigon, grand manitou de L’Oréal, réaffirmant avoir les moyens de racheter les parts que Nestlé possède au sein du capital du groupe de cosmétiques. « Si Nestlé veut vendre sa part dans L’Oréal (soit 23,2%), un jour, nous serions prêts à la racheter. La décision est dans le camp de Nestlé ». Fin de citation. Et de dévoiler (en partie) le modus operandi pour financer une telle transaction. « Nous avons 1,8 milliard d’euros de cash et notre part dans Sanofi (…) ; il y a également des grandes banques qui nous ont dit qu’elles seraient ravies de nous prêter de l’argent ».

Pour parvenir à ses fins, L’Oréal devrait débourser la bagatelle d’environ 24 milliards de dollars. Une somme largement dans ses moyens si l’on considère que le groupe, dont la capitalisation boursière avoisine les 110 milliards d’euros, ne supporte aucun endettement et peut compter sur 1,8 milliard de trésorerie. En outre, le groupe de cosmétiques possède également une participation à hauteur de 9,15% dans Sanofi. Un investissement valorisé  à moins de 10 milliards d’euros. Toutefois, cette perspective aurait pour « conséquence mécanique » de voir la famille fondatrice, les Bettencourt, augmenter leur participation qui se situe, à l’heure actuelle, à hauteur de 33,05%. Une éventualité qui a, évidemment, fait réagir les analystes. « Ce n’est guère surprenant, mais cela pourrait en exciter certain : une acquisition de la participation par L’Oréal, financée en partie par la vente de sa propre participation dans Sanofi, serait relutive d’environ 10% sur le bénéfice par action », affirment les analystes d’Investec, toujours cités par Reuters, à propos des déclarations de Jean-Paul Agon.

Début des « hostilités » le 22 mars ?

Mais Barclays a une autre lecture. « Nous ne voyons pas (…) un revirement imminent de Nestlé qui a réitéré en septembre son engagement au capital de L’Oréal », affirment les analystes de la banque britannique. Mais la date du 22 mars (soit six mois + 1 jour après le décès de Liliane Bettencourt survenu le 21 septembre dernier) est néanmoins déjà notée dans tous les agendas des analystes et des investisseurs dans la mesure où elle pourrait donner le coup d’envoi des opérations. En effet, Nestlé et L’Oréal sont liés, jusqu’à cette fameuse date butoir, par un pacte d’actionnaire, qui leur interdit d’accroître leur part dans L’Oréal. Rendez-vous est pris.