Baisses de revenus, suppression de chiffre d’affaires, hausses de certaines dépenses… Comment le coronavirus et le confinement ont-ils impacté le pouvoir d’achat des Français ? Éléments de réponses.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Français auraient plus peur pour leur pouvoir d’achat et l’économie française, pour laquelle ils sont 88 % à se faire du souci, que pour la santé de leur proche (86 %) ou la leur (70 %). C’est en tout cas ce que constate, le dernier zOOm de l’Observatoire Cetelem intitulé « Coronavirus : d’aujourd’hui au premier jour d’après ». En début de confinement, ils étaient 68 % à craindre pour leur pouvoir d’achat et leur épargne et un actif sur deux à être préoccupé pour son emploi.


Il faut dire que 39 % des Français ont fait des stocks de produits alimentaires. Un chiffre qui grimpe à 55 % chez les plus jeunes, qui sont un tiers (30 %) à s’être déplacés pour traverser cette période de façon plus confortable. Le cabinet Nielsen a enregistré, entre le 9 et le 15 mars, une progression jamais vue de 38 % des ventes pour l’ensemble du secteur de la grande consommation.

Dans sa dernière note de conjoncture, en utilisant les données de cartes bancaires anonymisées, l’Insee a également observé un bond de 40 % de la consommation. Deux jours après, toutefois, la consommation totale des Français a fortement chuté. Elle a été divisée par deux et s’est stabilisée ensuite à ce niveau, les ménages ayant des possibilités restreintes de consommer avec le confinement et la fermeture des commerces non alimentaires, des bars et des restaurants. Le nombre de transactions effectuées était inférieur de 27 % à celui de l’année dernière lors de la semaine du 23 mars. « En revanche, les paniers moyens restent largement supérieurs à ceux de l’année dernière (+48 %) », note l’Insee.

Coté économie, avec l’épidémie de coronavirus, les particuliers ne se déplacent plus ou presque. De quoi faire a priori économiser sur certains postes budgétaires. Selon les chiffres les plus récents de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), les ménages dépense en moyenne 6 154 euros pour se déplacer.

Alors certes, les achats de carburants ont augmenté de 40 % le 16 mars, les Français ayant fait des stocks, comme pour les produits alimentaires. Le surlendemain, la baisse atteignait 70 %. L’indice de congestion du trafic routier était inférieur de 62 % à la moyenne de 2019, contre une baisse de 53 % en Italie et de 31 % en Allemagne. Les Français prennent aussi moins l’avion que les autres. Entre le 26 mars et le 2 avril, 94 % des vols ont été annulés en moyenne chaque jour dans les trois plus grands aéroports français, contre 78 % outre-Rhin et seulement 20 % en Italie.

Toujours selon l’Insee, les dépenses de restaurants ou d’hôtels représentent 3 000 euros par an et par foyer. Au bout de 30 jours à rester chez soi, un particulier économisera donc près de 250 euros. Un budget qui est, bien sûr, compensé par l’augmentation du budget alimentation (en 2017, il était de 5 300 euros par an).
Malgré quelques hausses de prix dues à l’absence de produits alimentaires d’importation, les prix dans les magasins sont stables. Intermarché a bloqué « jusqu’au 15 mai prochain les prix de 10 000 produits de marques nationales ou de marques de distributeur ». À Carrefour, 500 produits de l’opération « prix imbattables » font l’objet d’un gel. Et E.Leclerc a pris la décision de « bloquer les prix de plus de 4 000 produits Marque Repère ». « Même si l’inflation en rayons est quasi nulle, les entreprises de l’alimentation supportent des hausses de coût directement liées à l’augmentation des prix des matières premières, des coûts de maintenance des outils de production ou encore de l’achat des équipements de protection des salariés », prévient l’Ania, qui fédère indirectement près de 18 000 entreprises du secteur.

« Ces hausses de coûts, remontées par l’ensemble des industriels, sont comprises entre 3% et 16%. Elles grèvent actuellement la rentabilité des entreprises agroalimentaires », indique encore l’association qui fonde son enquête sur les réponses de 700 entreprises consultées entre le 6 et le 10 avril. Ces chiffres montrent « l’effort national considérable des entreprises de l’alimentation qui permet à la chaîne alimentaire de tenir, tenir mais à quel prix ? », a demandé le président de l’Ania, Richard Girardot, cité dans un communiqué.

Coté dépenses culturelles, l’Insee estime qu’elles représentent 3 100 euros par ménage. Les dépenses de cinéma, concerts et théâtre ne sont pas compensées par les coûts des abonnements des plateformes en ligne de jeux ou de films. Mais depuis le début du confinement, le nombre de comptes joueurs aux jeux d’argent actifs par semaine sur les sites agréés est passé de 300 000 à 500 000, soit une hausse de près de 67 %. Les dépenses sont passées de 5 millions d’euros dépensés chaque semaine à 15 millions d’euros la semaine dernière.

Dans l’habillement et la chaussure, les ménages ont moins stocké et, les commerces physiques étant fermés, les achats se sont effondrés dès le début du confinement de 90 %. De façon générale, les dépenses effectuées dans les magasins ont reculé de 60 % depuis le confinement. Celles sur Internet ont aussi baissé de 20 %. Dans le même temps, les ventes de PC ou de tablettes s’envolent que ce soit pour le télétravail ou occuper les enfants. D’autant plus que les enseignes spécialisés ont maintenu la livraison à domicile malgré la fermeture de leurs magasins.

Enfin, avec le confinement, la facture d’énergie va forcément progresser puisque les particuliers, sauf exceptions, sont cloîtrés chez eux et des millions de salariés qui sont désormais en télétravail forcé. Pour eux, la consommation d’électricité et de gaz va forcément s’alourdir que ce soit pour se chauffer mais aussi en raison d’une utilisation plus intense des appareils électriques comme l’ordinateur et aussi les lampes. Selon l’Insee, la facture moyenne d’électricité était de 960 euros par an pour les Français en 2016.

Au final, selon l’observatoire Cetelem, les trois quarts (75 %) de Français estiment réaliser des économies depuis le début du confinement.

Une étude confortée par celle publié le 17 avril par Kantar qui élargie l’étude sur les consommateurs des pays du G7. Elle constate que « quoique relativement épargnés par rapport aux Italiens et Américains, seuls 31 % des Français constatent un impact de la crise sur leurs revenus personnels. Alors que 72 % des citoyens du G7 estiment que leur revenu personnel a déjà été impacté ou le sera. Les niveaux les plus élevés sont enregistrés en Italie (85 %), Canada (77 %) et aux Etats-Unis (75 %). En France, cette proportion s’élève à 69 % (+3), dont 31 % constatent déjà cette baisse.

En revanche, selon une étude réalisée par Meelo, spécialiste en intelligence artificielle pour la consommation, malgré la diminution de leurs dépenses du fait du confinement, les économies que les Français réalisent ne compensent pas la baisse de leur pouvoir d’achat.
59,4 % des répondants affirment que leur pouvoir d’achat est en baisse à cause de la crise du Covid-19. Pour 28,6 %, la perte de leur pouvoir d’achat se situe entre 100 et 250 euros, pour 22,9 % entre 250 et 500 euros et pour 28,6 % entre 500 et 750 euros.

Depuis le confinement, les comportements d’achat ont évolué, aujourd’hui, et contrairement à la période avant le confinement, les Français privilégient les achats sur internet principalement pour : L’alimentation en majorité (16 %), puis les produits de parapharmacie (14 %) mais privilégient également, les produits pour bébé, les produits d’occasion, les produits de jardinage, les jeux vidéo et de sociétés, les jouets, les abonnements en ligne, les produits de sport, le bricolage…

Pour ceux qui ont des emprunts en cours, 64,4 % trouvent difficile d’honorer les remboursements et 30,5 % veulent suspendre et repousser les mensualités pendant plusieurs mois.

Dans le même temps, les Français n’ont jamais autant épargné. “Les encours du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ont augmenté de 50% entre mars 2019 et mars 2020 “, a indiqué mercredi 15 avril le ministre de l’Economie Bruno Le Maire devant la commission des finances de l’Assemblée nationale. “En février 2020, le montant total des dépôts sur les livrets A et LDDS était de 1,5 milliard d’euros, ils sont passés en mars à 3,8 milliards d’euros”, a-t-il détaillé en déplorant “de voir le taux d’épargne augmenter face aux incertitudes, au détriment du financement de notre économie”.