Eclipsé par la guerre fratricide ayant secoué  la communauté Bitcoin au cœur de l’été pour finalement aboutir à la scission en deux monnaies distinctes, le Bitcoin « Canal historique » et le « Bitcoin cash », le Litecoin, tapi dans l’ombre, a vu sa valeur progresser de 1 400% depuis le début de l’année. Au point de se hisser au 4e rang des monnaies virtuelles. Décryptage.

Si, au cœur de l’été, tous les yeux des spécialistes et autres férus de cryptomonnaies étaient rivés sur la « guerre » du Bitcoin, une autre monnaie virtuelle, plus méconnue et pourtant contemporaine du Bitcoin, a largement tiré son épingle du jeu, en toute discrétion loin des spotlights braqués sur les sécessionnistes. Nom de code : Litecoin. Une énième monnaie virtuelle qui  « secoue » l’actualité de « l’écosystème » des « cryptocurrencies » et dont la montée en puissance – 1400% depuis le début  de l’année – suscite moult interrogations.  Pourtant celle-ci est loin d’être une « inconnue » pour tous les assidus des cryptomonnaies, comme l’explique Tristan Colombet, CEO de DomRaider, société leader sur le marché de la vente de noms de domaines expirés en France, et expert en monnaies virtuelles de toute obédience.  «Le Litecoin est historiquement considéré comme la seconde cryptomonnaie  après le bitcoin, puisqu’elle a vu le jour en 2011. Globalement, elle a énormément de similarité avec le Bitcoin et est même considérée comme sa petite sœur au regard de leur base technique commune ». Les présentations faites, qu’est-ce qui peut expliquer cette flambée particulièrement impressionnante… qui n’est pourtant pas une première dans l’histoire du Litcoin.


Un petit « flash-back » s’impose. Novembre 2013, soit un peu plus de deux ans après sa mise en circulation, le Litecoin s’enhardit au point de grimper à 44 dollars avec une capitalisation dépassant le milliard de dollars. La cryptomonnaie est alors au pinacle… mais sa chute sera tout aussi violente. Un peu moins de deux ans plus tard, le Litecoin atteint tout juste péniblement les… 1,30 dollar. Une chute vertigineuse imputable à la forte volatilité des monnaies virtuelles au sein d’un marché complètement dérégulé, comme l’explique notre expert.

De 4 à 62 dollars en six mois

« Nous assistons à énormément de manipulations de cours de la part des gros possédants. Ils font ce que l’on appelle du « Pump & Dump », à savoir acheter d’énormes quantités de monnaie virtuelle, bitcoin ou autres, lorsque sa valeur est au plus bas. Ces gros possédants accompagnent alors la montée du cours et quand celle-ci est au plus haut, et suscite l’intérêt des médias et du public, ils liquident leurs stocks et la valeur s’effondre ».  C’est précisément ce qui s’est passé pour le Litecoin qui a traversé le désert assez sèchement de janvier 2015… à mars 2017. Valant à l’époque 4 dollars, il en vaut aujourd’hui  plus de 62 et sa capitalisation flirte avec les 3,5 milliards de dollars – à des années-lumière, il est vrai du Bitcoin et de ses 75 milliards de dollars.

Quelles sont, dès lors, les raisons de cette embellie. Une énième manipulation de cours ? Là encore, Tristan Colombet apporte des éléments de réponses.  « Le cours a été soutenu par la demande notamment en provenance de Corée du Sud – patrie de son fondateur Charlie Lee – avec des échanges particulièrement importants sur trois plateformes de marché, en l’occurrence Bithumb, Huobi’s et OKCoin sur lesquels ont transité l’équivalent de 300 millions de dollars de volume en une seule journée, ce qui est absolument colossal ». Autre élément faisant office de « levier » : les prouesses techniques de la cryptomonnaie. « La Litecoin a, en effet, pris plus rapidement le pli des évolutions techniques par rapport au Bitcoin, notamment le Segwit », abonde l’expert.  Cette dernière innovation, mise en place dès le mois de mai dernier par le Litecoin, permet de gérer davantage de transactions quand sa mise en œuvre pour le Bitcoin a été bien plus chaotique.

Quid de la sécurité du réseau ?

 Ce « virage » pris par le Litecoin lui permet ainsi d’être en avance sur le prochain « bouleversement » à venir sur le front des cryptomonnaies : le Lightning. « Cela va permettre des  « interconnexions » avec le Bitcoin et surtout des transactions beaucoup plus rapides et moins chères. Si le marché flambe autant c’est aussi grâce à cela. Ces améliorations techniques vont ainsi largement augmenter le volume de transactions ». Aujourd’hui, il faut en moyenne 2 minutes 30 pour chaque transaction effectuée en Litecoin, contre près de 10 pour le Bitcoin. Grâce au « Lightning », cela ne prendra désormais que quelques secondes.  Une véritable révolution qui devrait encore renforcer l’attractivité du Litecoin. Mais prudence est mère de sûreté, notamment au regard de sa première dégringolade entre novembre 2013 et janvier 2015. Sans compter que les manipulations de cours, développées en préambule, sont légions dans l’univers impitoyable des monnaies virtuelles.

Autre atout du Litecoin, selon son fondateur Charlie Lee, la « sécurité de son réseau » qui s’imposerait comme le second derrière la référence Bitcoin. Des propos accueillis avec un certain scepticisme par notre expert, Tristan Colombet. « Je serai plus mesuré que lui. Si une faille apparait sur le réseau de Litecoin ou sur celui du Bitcoin, les deux seront touchés l’un comme l’autre pour la simple et bonne raison qu’ils partagent la même base technique. De plus, parler de sécurité  du réseau en matière de monnaies virtuelles est à mon sens prématuré, notamment au regard de la jeunesse de ce marché qui doit encore gagner en maturité pour aborder de manière plus frontale les thématiques relative à la sécurité ». Au-delà de ces considérations, est-ce le fait que Litecoin soit considéré comme « bon marché » (62 dollars contre 268 pour l’Ethereum par exemple) qui explique la « hype » ? Une fois encore Tristan Colombet relativise. « Cette notion de bon marché ne veut rien dire, chaque crytomonnaie ayant des règles de distribution différente ». En progression constante, le Litecoin a-t-il les épaules suffisamment solides pour dépasser sa condition de star de l’été ? L’avenir nous le dira.