Le monde entier est d’accord : le Dollar doit monter, le Dollar va monter. C’est évident.

La logique est implacable : L’économie américaine va bien et attire des capitaux du monde entier. Mme Yellen, Présidente de la Banque Centrale Américaine, va monter ses taux pour limiter les risques liés à une reprise trop rapide de l’inflation et revenir à une politique monétaire plus « normale » après des années de taux anormalement bas.

Les entreprises américaines, poussées par l’administration Trump, vont pouvoir rapatrier une partie de leur cash stocké hors des Etats-Unis sans payer trop d’impôts et ainsi elles augmenteront la demande de Dollar. C’est évident. Le consensus des investisseurs s’est cristallisé sur cette évidence, qui, il faut le reconnaitre, est tout à fait crédible et étayée par des faits imparables. La hausse enregistrée depuis l’élection de Trump conforte les investisseurs « haussiers » sur le Dollar.

Il est impossible de chiffrer le nombre de fois où le « consensus » s’est trompé. Bien évidemment, il faut avoir en tête que pendant des semaines le consensus s’autoalimente, et adopter une position « contrariante » peut s’avérer rapidement extrêmement couteux. Pour autant, rien n’impose de rester investi avec le troupeau et de se laisser aveugler par des arguments qui sont parfois un peu légers pour confirmer une position.

Si on prend un peu de recul pour analyser le niveau du Dollar, le pari haussier ne paraît pas aussi clair. Plusieurs éléments fondamentaux nous font douter.

• M.Trump lui-même a, depuis quelques jours, évoqué la situation anormale du marché des changes : il a indiqué que certaines devises étaient « sous-évaluées » et faussaient les échanges commerciaux. Il est difficile d’imaginer qu’il laisse les choses en l’état sans bouger.

• Les groupes américains vont rapidement faire entendre leur voix si le Dollar reste sur des niveaux trop élevés : Coca-Cola réalise 60% de ses ventes hors des Etats-Unis… Boeing, United Technologies ou 3M sont dans des situations comparables. Vu les entrées que les grands patrons américains ont auprès de M.Trump, il est possible, là aussi, que la situation évolue rapidement.

La politique de « grands travaux », confirmée par la nouvelle administration, va rapidement gonfler la dette américaine. Ce n’est pas bon pour le Dollar.

Chaque semaine qui passe sans que la Banque Centrale Américaine monte ses taux coûte de l’argent aux porteurs de Dollar. En effet, avec des taux courts sous 1% et une inflation à 2%, le portage en Dollar n’est pas rémunérateur.

Si les Etats-Unis entrent dans une guerre commerciale intense, il est probable, après une période de hausse du Dollar, que les autres pays soient amenés à monter leurs taux d’intérêt… Ce qui coifferait le Dollar et l’empêcherait de monter. Autre impact d’une guerre commerciale avec la Chine, par exemple : les Chinois pourraient alléger leurs positions en dette américaine et vendre du Dollar.

La Balance des paiements en Euro est largement positive… Il y a donc une forte demande en Euro. C’est négatif pour le Dollar.

La Balance Commerciale américaine est déficitaire de 65Mds de $ par mois : dans tous les cours d’économie, la seule solution rapide pour résorber des déficits de ce type réside dans une baisse de la devise.
Finalement ce qui semble évident en première analyse l’est beaucoup moins lorsque l’on prend un peu de recul. L’idée n’est pas ici de proposer de « shorter » le Dollar, mais au moins d’éviter les positions excessives dans cette devise.