L’humanité est-elle prête à renier l’une des inventions les plus cruciales de son histoire pour son développement économique : la monnaie à support physique, utilisée depuis plus de 2 700 ans ? C’est ce que signifierait l’interdiction de la circulation de la monnaie sous forme de pièces et billets.

Pourtant, c’est un chemin que souhaitent emprunter de plus en plus d’Etats et institutions. La Suède  est un modèle souvent cité en exemple par les promoteurs de la cashless society. Les échanges sous cette forme n’y représentent plus que 2% du montant des transactions financières. Depuis 2007, l’utilisation des pièces et billets a chuté de 40%.

La Suède est un pays prospère. Ce fut le premier pays d’Europe à introduire les billets en 1661 et apparaissait comme un précurseur lorsqu’elle créait dès 1668 l’une des premières banques centrales de l’histoire (après le Danemark), la Banque Royale de Suède.

D’ici deux ans, cette vénérable banque centrale souhaite mettre en service sa première monnaie numérique, à l’image des cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, Ripple, Monero, etc) mais sous contrôle étatique.

L’« e-couronne » serait alors un complément des couronnes encore en circulation. Vu l’évolution des usages de la population, il est probable que ces couronnes sous forme de pièces et billets ne circulent plus un beau jour. A partir du moment où il n’y aura plus de demandes en argent liquide, la banque centrale a tout intérêt à mettre fin à leur émission qui coûte cher.

En Suède, que ce soit au marché, à la boulangerie, au comptoir d’un bar, même pour de tout petits montants, les gens payent en écrasante majorité avec leur smartphone ou des cartes de crédit. 

Très commode, me direz-vous. Surtout que les applications développées par les banques, telles que Swish permettent de payer instantanément et sans frais.

Le système est transparent, tellement transparent d’ailleurs, qu’avec cette digitalisation, il est très facile pour une banque de vous tracer en permanence.

Ce qui est pratique et commode peut aussi se révéler dangereux

L’absence de cash compliquerait les vols, braquage et les escroqueries, selon les promoteurs de la société sans cash. Sont-ils suffisamment naïfs pour croire que les criminels ne s’adapteront pas à la situation ?

Un tel système est par ailleurs vulnérable aux arnaques en vigueur dans le domaine du numérique. Les délinquants sont désormais aussi hackers ou cyber-braqueurs.

Un autre argument fort utilisé est celui de la lutte contre le terrorisme qui justifierait les restrictions progressives que nous connaissons en Europe (suppression du billet de 500 €, des retraits supérieurs à 1 000 € sans justificatifs, etc).  Inversement, on pourrait objecter qu’un terroriste pourrait aussi prendre économiquement en otage un pays en paralysant ses réseaux de paiements.

Sans réellement supprimer ces menaces, la société sans cash nous rendrait dépendants des banques, d’accessoires tels que les smartphones, des réseau de télécommunication, de l’électricité, de la technologie en générale.

Voir dans un utilisateur du cash un malfaiteur potentiel est donc une dangereuse dérive.

La commodité de l’argent numérique est un argument, certes, il facilite les échanges dans certaines sociétés urbaines, mais il nous asservit encore davantage aux nouvelles technologies et aux banques.

« Vers un monde sans espèces » : En bleu-vert les paiements en espèces, en orange les paiements dématérialisés.

sans cash

Source : Visual Capitalist

C’est notre liberté individuelle qui est en jeu.  Celle d’un choix, espèces ou paiement électronique. Un choix anodin en apparence et pourtant…

La fuite des dépôts est toujours le premier signal d’une crise bancaire et monétaire. Récemment encore, c’est la fuite des dépôts qui a été le révélateur de la mauvaise santé des banques espagnoles et italiennes. Les gros déposants fuient d’abord et procèdent par virement mais pour les plus modestes la fuite des dépôts passe par les billets.

A l’heure des taux zéros ou négatifs, ce sont les gouvernements et les banques qui ont intérêt à une société sans cash. 

Société sans cash et pleins pouvoirs aux banques

La Suède, si en avance dans la dématérialisation totale de la monnaie, un des pays où les taux de dépôt sont négatifs ainsi que le rendement de la plupart des obligations d’Etat de maturité courte ou moyenne. L’emprunt à 10 ans est positif mais ne rapporte que 0,45%.

Des taux négatifs signifient que lorsque vous déposez de l’argent en banque, vos dépôts même placés en compte épargne, ne sont plus rémunérés. Mais la banque, elle, peut toujours utiliser vos dépôts pour des opérations à risque dont elle espère un rendement. Les taux zéro sont, en réalité,  un crime organisé contre l’épargne.

Si l’épargne n’est plus rémunérée, de nombreux systèmes de retraites par capitalisation s’écroulent. Les assureurs et les fonds de pension ne vont pas pouvoir supporter éternellement des taux négatifs car ils versent des pensions à partir des intérêts perçus sur les sommes capitalisés. Il faut savoir que les retraites suédoises s’appuient sur un système mixte de capitalisation et de répartition.

Dès lors, quelle est l’utilité pour l’individu de laisser son argent en banque ou de capitaliser pour sa retraite ?

Société sans cash, crise financière et taxation arbitraire

Les taux sont restés à zéro trop longtemps, les crédits (et leur revers, les dettes) se sont multipliés. Le FMI prépare ses batteries une prochaine crise monétaire, selon le quotidien japonais Nikkei Asian Review.

« Le Fonds monétaire international (FMI) peaufine un nouveau programme d’urgence pour atténuer les éventuelles crises monétaires (…) Le Fonds devrait officiellement mettre en place ce nouveau cadre lors d’une réunion de son instance dirigeante d’ici à la fin du mois. (…) ».

La Zone euro est déjà en proie à une crise bancaire larvée.

En France la loi Sapin prévoit le gel des remboursements des contrats d’assurance vie en cas de crise obligataire.

Face au délabrement de leurs finances publiques et en l’absence de l’impôt-inflation, les Etats providence seront de plus en plus tentés par des procédés de taxations arbitraires ou de nationalisation de l’épargne.

Au même moment, la promotion de la société sans cash et les tentatives de rendre illégal ce moyen d’échange s’intensifient. Est-ce véritablement une coïncidence ?

 

Lors de la prochaine crise financière, une taxation arbitraire d’urgence s’avèrera indispensable. La société sans cash, qui prend votre argent en otage, favorisera la levée rapide de la rançon.