Alors que le Brexit attise la concurrence des marchés financiers sur les PME, Euronext remodèle son offre : revue de détails avec le PDG d’Euronext Paris et Directeur du Listing Groupe Anthony Attia.

 


Un changement de nom peut-il suffire à relancer la Bourse des PME, alors que des fonds small caps comme ceux de Portzamparc et de la Financière de l’Echiquier commencent à refuser les souscriptions, faute de liquidité suffisante ? 

Anthony Attia. Les nouveaux noms d’Alternext et du Marché Libre marquent de vrais changementset accompagnent le lancement d’une série de mesures destinées à faciliter l’accès des PME au marché et à renforcer leur liquidité.  L’intégration des PME sous la marque d’Euronext est une transformation importante : Alternext devient Euronext Growth ; le Marché Libre Euronext Access. L’ensemble de nos marchés se retrouve ainsi sous la marque d’Euronext. Nous sommes une petite entreprise, une ETI pour être précis, mais avec une marque très forte sur laquelle nous devons davantage capitaliser.

Concrètement, quoi de neuf sur Euronext Growth par rapport à Alternext ?

C’est un nouveau modèle de marché qui se met en place. Techniquement, nous harmonisons les modes de cotations avec deux fixings, à 11h30 et 16h30, en permettant entre ces deux horaires une cotation en continu au dernier cours (trading at last) ; nous étendons à Euronext Growth les enchères aléatoires – une période de quelques secondes avant le fixing où le cours n’est pas determiné, afin d’éviter toute manipulation – et surtout, nous étendrons rapidement à Euronext Growth notre service d’échange de blocs sur les compartiments B et C d’Euronext. Cela pourra changer profondément la donne dans la relation entre les petites et moyennes entreprises et les investisseurs, qui peuvent rencontrer des difficultés techniques à traiter ces valeurs.

Et sur Euronext Access, par rapport au Marché Libre ?

Nous créons un compartiment, Access+, qui a pour vocation de servir de tremplin pour les sociétés vers nos autres marchés, Euronext Growth et Euronext : c’est le marché d’acclimatation que la place financière demande depuis des années. Il aidera les investisseurs à identifier les start-up et toutes les sociétés de forte croissance, avec un minimum de flottant de 1 million d’euros seulement. Les listing sponsors auront un rôle crucial à y jouer. Jusqu’à présent, ces professionnels de la Bourse se consacraient principalement à l’accompagnement des entreprises avant leur introduction (IPO) ou le transfert de leurs actions vers Alternext. Par le biais de réunions et de road shows réguliers, ils conseilleront désormais l’entreprise tout au long de sa vie sur les marchés. L’accompagnement débute en amont de l’introductionet se poursuit à chaque étape.

Deutsche Boerse vient aussi de lancer un compartiment spécialisé dans les PME-ETI, Scale. Signe que la concurrence s’intensifie à nouveau ?

Nos offres commerciales sont différentes. L’initiative allemande s’adresse aux sociétés du Mittelstand qui se doivent d’être déjà profitables. Nous, nous voulons créer un Nasdaq européen pour entreprises en forte croissance qui cherchent à se financer, des start up à celles qui ont une taille plus importante. Pour cela, il faut se donner les moyens de les faire grandir sur nos marchés de capitaux en lançant des services innovants.  

Propos recueillis par Jean Rognetta