Le 11 octobre dernier, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiait les chiffres de l’inflation française pour le mois de septembre 2018. Les prix à la consommation ont augmenté de 2,2 % sur un an. Ce chiffre se situe au-dessus de la cible à moyen-terme de la Banque centrale européenne (BCE) qui table sur une croissance des prix à la consommation « proche mais inférieur à 2 % » en rythme annualisé et cette accélération pourrait donc avoir une conséquence sur la politique monétaire de la BCE, toujours très accommodante. Cependant, le raffermissement des prix à la consommation sur la période récente pourrait n’être que transitoire si l’on considère la dynamique de l’inflation sous-jacente (qui exclut les prix les plus volatils comme l’énergie ou encore certaines denrées alimentaires) qui, elle, reste durablement ancrée sous la barre des 1 % depuis 2012. Il apparaît donc légitime de se demander si l’inflation signe un véritable retour dans l’Hexagone et, plus largement, dans la Zone euro, ou s’il s’agit davantage d’une évolution statistique en trompe l’œil ?

 


Un rapide coup d’œil dans le rétroviseur peut nous donner quelques éléments de réponse

Aux mois de juillet et d’août 2018, l’inflation s’établissait en France à 2,3 % sur un an (2,5 % pour l’inflation harmonisée à l’échelle européenne), soit un plus-haut depuis 2012. La barre symbolique des 2 % a été franchie en mai dernier, l’essentiel de cette hausse étant dû à l’augmentation des prix de composantes volatiles et/ou administrées. En effet, sur le seul mois de septembre, la composante alimentation, dont le poids dans l’indice global est d’environ 16,3 % a connu une inflation de 2,8 % sur un an. La hausse des prix du pétrole est en lien direct avec l’inflation énergétique qui est ressortie à 12,8 % sur un an avec un poids autour de 7,8 % dans l’indice global. Enfin, la composante tabac a connu une inflation de 16,8 % sur un an avec un poids proche des 2 % dans l’indice global. De l’autre côté du spectre, l’inflation des services est ressortie plus modérée à 1,1 % sur un an alors que les services représentent près de la moitié (48,1 %) de l’indice global.

Toutefois, l’inflation sous-jacente, qui permet de dégager une tendance de fond de l’évolution des prix, est restée ancrée sous la barre des 1 % depuis 2012. Pour rappel, selon la définition de l’INSEE, l’inflation sous-jacente exclut les prix soumis à l’intervention de l’État (électricité, gaz, tabac, etc.) et les produits à prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes, et.) qui subissent des mouvements très variables dus à des facteurs climatiques ou à des tensions sur les marchés mondiaux. Pour le mois de septembre 2018, l’inflation sous-jacente s’est établie à 0,7 % sur un an, soit 0,2 point de pourcentage de moins que lors du mois précédent. Après une timide augmentation en début d’année, l’inflation sous-jacente s’est de nouveau orientée à la baisse, ce qui signifie que la tendance de fond semble s’essouffler. Et pour cause, certains effets de second tour liés à l’augmentation des prix du pétrole commencent à s’estomper car la majorité des effets de base sont désormais derrière nous ; en effet, les prix du pétrole ont augmenté de plus de 40% sur un an et s’établissent désormais autour de 80 USD pour le baril de Brent. D’ici la fin de l’année 2018, l’inflation sous-jacente ne devrait donc pas connaître de hausse marquée et devrait au mieux stagner aux niveaux actuels. Que dire des évolutions de prix dans les mois et années à venir ?

 

L’inflation peut-elle continuer de progresser ?

Selon les dernières estimations du Fonds Monétaire International (FMI) publiées en octobre, l’inflation en zone euro devrait être de 1,7 % en 2018 et 2019. En ce qui concerne la France, les estimations du FMI s’établissent à 1,9 % en 2018 et 1,8 % en 2019. Selon les projections de la Banque de France, l’inflation pourrait atteindre 2,1 % en 2018 pour redescendre à 1,7 % en 2019. L’inflation sous-jacente pourrait « se redresserait progressivement pour atteindre 1,5 % fin 2020 », contre 1 % anticipé cette année, précise la Banque centrale française. Ces chiffres prennent en compte les effets de base importants liés notamment à la hausse des prix du pétrole en 2018 et évoqués précédemment. Néanmoins, les impacts inflationnistes liés à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et certains de ses partenaires commerciaux ainsi que ceux liés aux négociations autour du Brexit n’ont pas encore été complètement pris en compte par ces institutions. Sur ces sujets, l’impact final demeure difficile à évaluer. Le risque que l’euro s’installe durablement à un niveau élevé pourrait nuire à l’inflation en important de la désinflation depuis nos principaux partenaires commerciaux. D’un autre côté, la hausse des droits de douane pourrait conduire à des tensions inflationnistes. Enfin, l’effet sur l’activité économique est encore largement inconnu mais pourrait être globalement récessif, créant alors des pressions à la baisse sur l’inflation.

En conclusion, si la hausse récente de l’inflation française peut n’être que transitoire, la question de son raffermissement à long terme est toujours débattue. Au regard du niveau de production actuel en France (+1,6 % selon les dernières estimations de l’INSEE pour 2018) mais plus largement en zone euro (+2 % selon les dernières estimations du FMI pour 2018), il semble que l’inflation n’aie que très peu de marges de manœuvre pour croître. De plus, les tensions engendrées par le protectionnisme des Etats-Unis, ainsi que les inquiétudes autour du Brexit devraient affecter pleinement l’économie mondiale en 2019, faisant ainsi vaciller la croissance mondiale. Or, de l’approche précise des composantes de l’inflation dépend le comportement de la BCE dans les prochains mois. Ainsi, si l’inflation est proche de son plus haut potentiel, les partisans d’une politique monétaire plus restrictive au sein de la BCE auront fort à faire dans les trimestres à venir afin de gérer en douceur la fin des mesures de politique monétaire accommodantes mises en œuvre par l’institution européenne. Si ce virage peut venir peser négativement sur l’activité économique, un retard dans son déploiement pourrait à l’inverse conduire l’économie de la zone euro, et de facto de la France, à la surchauffe.

 

Analyse rédigée par Julien Moussavi, BSI Economics