A partir du 18 juin prochain, le sellier Hermès, notamment réputé pour ses fameux carrés de soie et ses célèbres sacs Birkin rejoindra le « saint des saints » de la Bourse de Paris, en l’occurrence le CAC 40 où il figurera aux côtés de LVMH, Kering ou encore l’Oréal.

Exit Lafarge-Holcim et bonjour Hermès ! En effet, le 18 juin prochain, la composition du CAC 40 sera quelque peu modifiée avec l’entrée du groupe de luxe, fort d’une flamboyante santé financière, en lieu et place du cimentier Lafarge-Holcim qui, depuis 2015, date de la fusion avec Holcim a nettement sous-performé en Bourse. Pour rappel, la composition du CAC 40 est déterminée selon deux critères principaux : la liquidité, c’est-à-dire les volumes d’échanges, et le flottant, soit la part du capital librement échangeable sur le marché, à partir desquels est établi un classement. Divers paramètres qui faisaient, comme l’avaient récemment souligné les analystes de Société Générale, un candidat « naturel » à intégrer l’indice phare de la Bourse de Paris. Ainsi, le cours de l’action Hermès émergeait à 563,2 euros vendredi à la clôture, soit un gain de près de 27% depuis le début de l’année, faisant ressortir une capitalisation boursière de 59,2 milliards d’euros, soit près de deux fois celle, par exemple, du groupe bancaire Société générale (30,3 milliards), comme mentionné par Reuters. Impressionnant. Dans ce contexte, il était difficilement envisageable de voir Hermès ronger plus longtemps son frein dans l’antichambre du CAC 40.

Ils seront donc désormais quatre fantassins à porter l’étendard du luxe à la française au sein du CAC 40 : LVMH, première capitalisation boursière de l’indice, son grand rival Kering, l’Oréal et donc désormais Hermès.  Un contingent « 100% tricolore » qui pèse à lui seul près d’un quart des ventes totales (24,3% pour être précis) des 100 plus grandes entreprises de luxe dans le monde, selon le récent rapport Global Powers of Luxury Goods élaboré par Deloitte. Colossal. A tout seigneur, tout honneur, c’est, sans surprise, la plus grande capitalisation boursière du CAC 40 qui s’installe en tête de ce classement établi à partir des ventes de chaque entité, à savoir LVMH. Le « meilleur ennemi » du groupe de l’avenue Montaigne, Kering, s’est emparé de la cinquième place, juste devant l’Oréal. Enfin, Hermès s’est hissé à la douzième place. Solide. Le sellier, au moment de l’élaboration de ce classement, était le seul à ne pas figurer au sein du CAC 40. C’est désormais chose faite. Comme mentionné en préambule, il s’agit de tout sauf une surprise tant le fabricant des sacs Birkin a particulièrement brillé ces derniers mois.

Hermès rejoint LVMH, Kering et l’Oréal

Sur les trois premiers mois de l’année,  l’entreprise dirigée par Axel Dumas a vu ses ventes progresser de 3,1% – une hausse limitée à cause d’effets de change défavorables liés à la hausse de l’euro par rapport au dollar – à 1,39 milliard d’euros. Mais à taux de change constants la croissance d’Hermès s’envole à 10,8% et ce en dépit d’une base de comparaison particulièrement élevée (+11,2%) l’an passé à pareille époque.  Si Hermès n’a évidemment pas à rougir d’une croissance de près de 11%, celle-ci demeure néanmoins nettement inférieure à celle de Louis Vuitton, dont les ventes se sont appréciées de 16% entre janvier et mars, et encore davantage de Gucci, « bras armé » de Kering qui a vu ses ventes s’envoler de 49% (!). Mais le sellier fait néanmoins partie des « bons élèves » du luxe puisque la croissance organique du secteur est estimée autour de 6%. En outre, Hermès devance néanmoins ses rivaux dans un domaine : après une progression de 27% depuis le début de l’année, le titre se traite sur des multiples de valorisation qui demeurent de loin les plus élevés du secteur (39,9 fois les résultats estimés pour 2019, contre 22,9 fois pour LVMH et 21,8 fois pour Kering). « La valorisation d’Hermès reflète la solidité de son modèle, l’attractivité de sa marque et la qualité inégalée de ses savoir-faire », estimaient les analystes de Raymond James, cités par Reuters, au moment de la publication des résultats.

Divers éléments qui prouvent, si besoin était, que le sellier n’a pas usurpé sa place dans le « saint des saints » de la Bourse de Paris. En revanche, la trajectoire du « sortant » Lafarge-Holcim s’apparente davantage à un chemin de croix depuis 2015, année de la fusion entre le cimentier français et son concurrent suisse Holcim.  Le groupe, qui affiche une capitalisation boursière d’un peu plus de 27 milliards d’euros, est aussi coté sur le marché suisse et a annoncé fin mai la fermeture de son siège à Paris. Autre « désillusion », celle enregistrée par l’opérateur telecoms Illiad dont l’action a perdu près d’un quart de sa valeur depuis le début de l’année. Conséquence : le groupe de Xavier Niel perd sa place dans le CAC Next 20, considéré comme « l’armée de réserve » du CAC 40 au profit de l’éditeur de jeux vidéo Ubisoft qui s’est battu comme un beau diable pour empêcher l’OPA de Vincent Bolloré. Une belle « marque de résistance » qui fait d’Ubisoft l’une des valeurs à suivre de ces prochains mois. Au point de rejoindre Hermès ? La réponse à la prochaine réunion « secrète » du Conseil Scientifique des Indices (CSI) qui décide des entrées et des sorties au sein du plus prestigieux indice de la Bourse de Paris.