Patron du fleuron français de l’agroalimentaire depuis 1996, Frank Riboud devrait passer la main à son directeur général, Emmanuel Faber. Une surprise à près de deux ans de l’échéance de son mandat et qui relance les spéculations sur l’avenir de Danone qui a, par ailleurs, publié un chiffre d’affaires trimestriel surpassant les attentes et permettant ainsi au titre d’enregistrer un plus haut historique.

Journée particulièrement faste pour Danone sur les marchés ce mardi. Après, comme évoqué en préambule, avoir fait état d’un chiffre d’affaires supérieur au consensus, les yeux de tous les observateurs se sont tournés vers le journal Le Monde, celui-ci annonçant le départ de Franck Riboud de la tête du géant français de l’agroalimentaire. Ainsi, selon le quotidien du soir, le patron du groupe – fondé par son père Antoine Riboud – va quitter la présidence et passer la main à Emmanuel Faber, actuel directeur général. Pour rappel, Franck Riboud, aux manettes de l’entreprise depuis 1996, avait pris la décision en septembre 2014 de scinder les fonctions de président et de directeur général. Une manière de préparer une sortie en douceur ? Toujours est-il que le futur ex-patron de Danone quitte le navire à 20 mois de l’échéance de son mandat, ce qui constitue une surprise pour moult observateurs alors que le secteur agroalimentaire est en pleine effervescence et que les spéculations vont bon train après ce départ prématuré.

« Il n’avait peut-être pas envie d’assister, en première ligne, au démantèlement du groupe fondé par son père », affirme, grinçant, un trader en poste à Paris sous couvert d’anonymat. En effet, ces derniers mois, des rumeurs ont commencé à poindre au sujet d’une éventuel OPA hostile sur Danone de la part d’une multinationale comme Coca-Cola ou encore Kraft, le souvenir de 2005 et Pepsico étant toujours vivace. Un raid « inamical » qui trouve sa source dans la montée en puissance des fonds activistes au sein de plusieurs grands groupes. L’exemple le plus emblématique :  Third Point, qui a récemment mis la pression sur Nestlé. Désormais huitième actionnaire du groupe helvétique, le fonds activiste – qui a déboursé 3,3 milliards de francs suisses pour s’offrir 1% du capital de la société suisse – veut littéralement faire le « ménage » dans la maison Nestlé. Ainsi, le fonds piloté par Daniel Loeb, déjà connu pour ses campagnes visant entre autres le japonais Sony et l’américain Honeywell, a enjoint, dans une lettre aux investisseurs, à la direction de Nestlé d’améliorer ses marges – de 18 à 20% à l’horizon 2020 contre un peu plus de 15% actuellement -, lancer un plan de rachats d’actions et céder des actifs non stratégiques.  Tout un programme !

Vers une OPA hostile ?

Mais Danone a également assisté, impuissant, à la montée en puissance du fonds Corvex au sein de son capital, ce dernier s’offrant pour près de 400 millions de titres Danone au cœur de l’été. Ce fonds new-yorkais, dirigé par Keith Meister, a néanmoins rapidement précisé qu’il n’avait pas l’intention « pour l’instant » – la précision a son importance – de demander publiquement des changements dans la gestion de Danone, ni d’engager une procédure pour peser sur ses décisions. Sans pour autant fermer la porte à une « évolution de sa position » en la matière.  Même si, selon les analystes de Deutsche Bank, le « dossier » Danone est peu propice à un actionnariat activiste. Toutefois, cette montée au capital n’avait pas laissé sans réaction les pouvoirs publics. Ainsi, Bruno Le Maire avait affirmé, sans citer nommément Danone,  qu’il entendait « protéger les intérêts français des prédateurs ».

Une actualité particulièrement dense pour Danone ce matin qui a relégué au second plan une publication d’excellente facture, en l’occurrence un chiffre d’affaires trimestriel  consolidé de 6,5 milliards d’euros, en progression de 16,6% et dépassant les attentes du marché. Ce qui a même permis à l’action du géant de l’agroalimentaire d’atteindre un plus haut historique à 71 euros en matinée. Une solide performance imputable à l’excellente tenue  de la division nutrition spécialisée (infantile et médicale) – la plus rentable – qui a vu sa croissance organique s’apprécier de 17,8% au troisième trimestre (contre +5,5% sur six mois). Ce pôle a notamment profité d’une progression de plus de 20% des ventes dans la nutrition infantile grâce à une envolée de plus de 50% en Chine, où la demande de lait maternisé a rebondi.

« Excellent trimestre »

Des performances unanimement saluées par les spécialistes. « Nous avions anticipé, après quatre trimestres mitigés, un net rebond du chiffre d’affaires au troisième trimestre, mais nous n’avions pas vu venir un aussi bon trimestre, surtout tiré par la croissance remarquable de la nutrition spécialisée », a souligné Andrew Wood, analyste chez Bernstein cité par Reuters. Mais tous les regards ont rapidement été détournés de cette solide publication par le « remue-ménage » à la tête du groupe. Mais Danone semble en de très bonnes mains. Depuis la nomination d’Emmanuel Faber en octobre 2014, le titre affiche une hausse de près de 54%, très supérieure à celle de l’indice sectoriel européen (+6,6%). De quoi avancer sereinement.