« France is back », ce sont par ces mots que le Président français Emmanuel Macron a introduit son discours auprès des grands patrons et dirigeants politiques de ce monde lors du rassemblement annuel du World Economic Forum fin janvier 2018 à Davos. Et les chiffres lui donnent raison car la France a enregistré une croissance de 1,9% en 2017, largement supérieure au 1,1% de l’année précédente.

Si les uns y voient le fruit d’une confiance revenue depuis l’élection du plus jeune Président de la République française depuis Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, d’autres, plus à gauche sur l’échiquier politique, revendiquent la paternité de cette croissance retrouvée. C’est par exemple le cas des derniers fidèles de François Hollande. Cependant, ces bons chiffres de croissance s’inscrivent dans un contexte de reprise vigoureuse en zone euro et d’une demande globale en plein essor. Si les planètes semblent alignées pour l’Hexagone, il ne faudrait pas simplement s’en contenter mais accélérer la mise en place de réformes structurelles, plus acceptables en période d’expansion qu’en période de récession. 


La croissance française au plus haut depuis 2011

Comme nous le disions en introduction, la croissance française a atteint 1,9% en moyenne annuelle en 2017 selon une première estimation de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).  Ce chiffre, conforme aux dernières prévisions de l’Insee et de la Banque de France, est nettement supérieur à celui de 2016 (+1,1%) et proche des chiffres de 2010 et 2011 (+2,0 et +2,1% respectivement). Cette progression du PIB réel est principalement due aux bons résultats du quatrième trimestre 2017, trimestre durant lequel la croissance a atteint 0,6% en glissement trimestriel. Dans le même temps, l’Insee a légèrement révisé à la baisse le chiffre de croissance du troisième trimestre, de +0,6% à +0,5%. Toujours selon l’Institut de la statistique français, cette accélération économique provient assez largement de l’investissement. En effet, l’investissement des entreprises a progressé de 4,3%, après +3,4% en 2016, et celui des ménages de 5,1% après +2,4% en 2016. En sus de l’investissement, les exportations françaises enregistrent une hausse de 3,5% après +1,0% en 2016. En outre, ces bons chiffres n’ont pas suffi à ramener la balance commerciale à l’équilibre mais sa contribution négative au PIB s’est réduite, passant de -0,8 point de pourcentage (pp) en 2016 à -0,4 pp en 2017. Enfin, les créations d’entreprises se sont envolées l’année dernière avec 591 000 entreprises créées, soit 7,0% de plus qu’en 2016. Le principal fait saillant qui ressort des chiffres sur l’entreprenariat publiés par l’Insee est que la France n’a jamais créé autant d’entreprises dites « classiques » (i.e., hors micro-entreprises) depuis que l’Insee produit ces chiffres, soit 30 ans. Cette hausse du nombre d’entreprises créées concerne toutes les régions (hormis la Guyane et la Martinique) et les défaillances sont en net recul en 2017 (-4,6% par rapport à 2016). Qui d’Emmanuel Macron ou de François Hollande peut réellement revendiquer cette meilleure santé économique ? Les deux ? Aucun ?

Si la récession est bien souvent orpheline, la reprise est, quant à elle, largement revendiquée

D’un côté, François Hollande, le prédécesseur d’Emmanuel Macron à l’Elysée, pourrait voir dans cette reprise de l’activité économique les fruits de la politique d’offre menée lors de son quinquennat. Et pour cause, les mesures sociales et fiscales ratifiées sous les gouvernements Ayrault et Valls telles que le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) ou encore le pacte de responsabilité peuvent en effet expliquer au moins en partie la restauration des marges des entreprises françaises, condition sine qua non au redémarrage de l’investissement. S’il est vrai que la croissance n’a fait qu’accélérer sous le quinquennat de François Hollande (passant de +0,2% en 2012 à +1,9% en 2017), le chômage a culminé à 10,8% de la population active courant 2013.

De l’autre côté, Emmanuel Macron et le gouvernement Philippe revendiquent ces bons chiffres, qui selon eux, seraient le fruit d’une confiance retrouvée depuis l’élection présidentielle de mai 2017. Et certains chiffres accréditent cette revendication. En effet, le climat des affaires dans l’industrie manufacturière est au plus haut depuis mars 2001, la confiance des consommateurs a atteint un pic de presque 10 ans en juin 2017, un mois après l’élection d’Emmanuel Macron et reste sur des niveaux élevés depuis. De plus, les enquêtes PMI sont en constante expansion et ont récemment atteint des niveaux inédits dans le secteur manufacturier. Cependant, l’actuel Président français a réclamé du temps pour être jugé sur ses réformes, réformes qui ont pour l’heure été mises en œuvre à un rythme auquel la France n’a pas été habituée. Peu importe qui revendique cette embellie sur le front économique, il convient toutefois de replacer cette reprise dans son contexte.

La France peut-elle simplement se contenter de cette reprise ?

En 2017, l’économie mondiale a crû à un rythme estimé par le Fonds monétaire international (FMI) de 3,7%. Les prévisions pour 2018 et 2019 s’établissent désormais à +3,9% portée par une synchronisation de la croissance entre pays avancés et pays émergents et en voie de développement. Du côté de la zone euro, la première estimation de l’Office européen de statistique Eurostat s’établit à +2,5% en 2017, soit un rythme inégalé depuis 10 ans. La croissance française est donc bien en-deçà de celle de ses voisins du Vieux Continent. De plus, nous savons que les grandes institutions, FMI en tête, peinent à prévoir correctement les chiffres de croissance à venir ; souvent plus optimistes en période de récession et plus pessimistes en période d’expansion.

Le taux de chômage français reste très élevé par rapport à celui de la zone euro et le chômage de longue durée persiste au-delà des 40%, ce qui pourrait rendre difficile la rencontre entre offre et demande sur le marché du travail. En outre, la France devrait être lanterne rouge de la zone euro en termes de déficit public pour 2018 selon la Commission européenne qui table sur un déficit se chiffrant à 2,9% du PIB, similaire à celui enregistré l’an dernier. De plus, la vigueur de l’euro, si elle venait à persister, pourrait peser sur la reprise ainsi que sur l’inflation. Dans le même temps, la lente remontée des prix du pétrole a eu pour effet de creuser le déficit commercial de quelques 56,8 milliards d’euros en 2017, soit une hausse de près de 25% par rapport à 2016, portant la contribution du secteur énergétique à 10,6% du total des importations.  Enfin, le soutien apporté par la Banque centrale européenne au travers de sa politique monétaire non-conventionnelle (Quantitative easing ou QE) devrait se tarir en fin d’année pour laisser place à une communication plus conventionnelle autour de la première remontée des taux en zone euro.

La France multiplie donc certains déséquilibres sur le plan structurel. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le FMI et la Commission européenne appellent depuis quelques années à de profondes réformes structurelles dans l’Hexagone. Plus récemment, la Cour des comptes a pointé du doigt le rôle de l’amélioration de la conjoncture dans la diminution du déficit public en 2017 ; l’augmentation des recettes fiscales n’ayant pas été accompagnée d’un allègement des dépenses publiques. La même Cour des comptes continue de regretter le niveau élevé de dépenses publiques et appelle, elle aussi, à des réformes structurelles, notamment en ce qui concerne les politiques et la gestion publiques. Les récentes réformes conduites sur le marché du travail, la réforme de la Contribution sociale généralisée (CSG), la suppression de la taxe d’habitation ou encore l’ambitieuse réforme de l’Etat désirée par le gouvernement Philippe s’inscrivent dans cette volonté de réformer l’Hexagone. La bonne santé économique de la France ne doit pas masquer ses faiblesses structurelles et il semble plus opportun que jamais d’entériner les réformes structurelles dont la France a besoin pour retourner vers un sentier de croissance plus sain et plus pérenne.

Article rédigé par Julien Moussavi, BSI Economics