La menace de l’inflation inquiète les marchés. Rappelant les périodes des années 70 et 80,  elle appauvrit la totalité de la population, les épargnants s’inquiètent à l’idée de perdre ce qu’ils peuvent mettre de côté et les pays les plus touchés perdent en compétitivité.

Depuis quelques semaines une menace gronde de plus en plus fortement sur les marchés, elle a un nom qui inquiète ceux qui, comme nous, ont connu les périodes folles des années 70 ou 80… Il s’agit bien sûr de l’inflation. A l’époque, une inflation à deux chiffres était monnaie courante. Appauvrissement généralisé des populations, spoliation des épargnants et finalement perte de compétitivité massive des pays les plus touchés… On comprend que les marchés soient très inquiets d’une perspective de reprise de l’inflation.

Mercredi dernier, les chiffres publiés aux Etats-Unis sont venus ajouter aux craintes des investisseurs. Des chiffres supérieurs aux attentes font désormais redouter qu’après des années d’inflation basse, le rebond soit désormais là et ce sont bien les chiffres de hausse des salaires qui avaient servi de déclencheur au choc des marchés de début février. Finalement, malgré les chiffres de mercredi, les actions américaines ont repris le chemin de la hausse ; prouvant une fois de plus leur résilience.

Cependant, malgré cette résistance, l’idée d’une inflation en hausse fait son chemin dans l’esprit des investisseurs. Ceci est en particulier perceptible dans les anticipations de hausse des taux courts par les intervenants de marchés : Aux Etats-Unis, il est désormais clairement anticipé que les taux de la Réserve Fédérale (FED) devraient être montés 3 fois (au moins) en 2018. L’idée des investisseurs est que la FED va tout faire pour éviter un emballement et réduire considérablement le montant des liquidités injectées dans l’économie.

Rien de vraiment nouveau dans toutes ces nouvelles. Ce qui perturbe le marché, c’est le rythme auquel évolue les taux long terme à 10 ans : depuis le début d’année, les taux 10 ans aux Etats-Unis ont déjà progressé de près de 0,4%… Soit en 6 semaines la même hausse que pour toute l’année 2017 !

La hausse des prix du pétrole a largement contribué à l’évolution des prix et à la perception par chacun de ce qui va se passer désormais. Le baril de pétrole est ainsi passé de 40 à 70$ sur les 6 derniers mois de 2017 et même si les prix se sont tassés depuis le début 2018 avec un recul de 10$, il faut bien reconnaître que l’ensemble des prix à la consommation ont progressé ces derniers mois ce qui diffuse l’idée d’un rebond de l’inflation. La baisse du Dollar a aussi contribué à « importer » de l’inflation aux Etats-Unis.

Sans vouloir minimiser les risques réels de reprise de l’inflation, il nous semble largement prématuré d’imaginer une accélération massive de l’inflation à très court-terme.

Plusieurs raisons militent dans ce sens :
1 – Les banques centrales sont très vigilantes : elle vise la stabilité financière et peuvent facilement contrôler l’inflation en l’empêchant de trop monter tout simplement en montant leur taux courts. La FED a d’ores et déjà programmé 3 hausses pour 2018 et pourrait facilement faire plus pour stopper tout dérapage.
2 – Si l’économie américaine ralentit fin 2018 ou en 2019, l’inflation pourrait ralentir.
3 – Passée la période actuelle, nous pensons que l’inflation pourrait ralentir… En effet de puissantes forces pesant sur les prix existent.

Prenons en deux :
a) le monde entier vit avec une inflation basse et sous pression de la compétition mondiale, ce mouvement ne devrait pas s’atténuer avant longtemps.
b) le digital et la distribution pèseront encore longtemps sur les prix.

Nous pensons donc qu’il faut être vigilants concernant l’inflation mais certainement pas se laisser gagner par une peur panique en anticipant un boom de l’inflation. De plus si on se rappelle bien, début 2017, les mêmes qui aujourd’hui pensent que l’inflation va flamber nous annonçaient que le monde allait entrer en déflation…