Cette semaine, Facebook a révélé qu’il s’attendait à une amende de 3 à 5 milliards de dollars de la Federal Trade Commission (FTC). Il s’agirait de la plus grosse amende jamais imposée à une entreprise de technologie, spécifiquement liée à ses pratiques en matière de protection de la vie privée. Il est fait référence ici à l’autorisation accordée à un chercheur de Cambridge Analytica d’accéder aux données de 87 millions de personnes sur Facebook, informations alors utilisées au profit de la campagne Trump. Indépendamment de l’utilisation des données, le simple fait de leur divulgation est considéré comme une violation de l’accord de confidentialité conclu par Facebook avec la FTC en 2011, ce qui entraîne l’amende prévue.

 

La mission de la FTC est de « protéger les consommateurs et la concurrence en prévenant les pratiques commerciales anticoncurrentielles, trompeuses et déloyales par l’application de la loi, la défense des intérêts et l’éducation sans imposer un fardeau excessif aux activités commerciales légitimes ». On pourrait penser que 3 milliards de dollars est un lourd fardeau, mais pas chez Facebook.  Ils ont réussi à mettre cet argent de côté au premier trimestre, et ont quand même réalisé un bénéfice de 2,4 milliards de dollars. La somme de 3 milliards de dollars était une note de bas de page dans le rapport de résultats, au sens figuré comme au sens propre.

Et Facebook n’est pas le seul à avoir été capable d’assumer une amende massive et de continuer à avancer. Comme Recode l’a signalé, « Bank of America a accepté de payer 16,7 milliards de dollars dans un règlement auprès du ministère de la Justice datant de 2014, règlement en rapport avec ses activités ayant conduit à la crise financière. En 2013, la société de holding JPMorgan a convenu d’un règlement de 13 milliards de dollars avec le ministère de la Justice lié à ses ventes de titres contenant des « hypothèques toxiques ». Ce qui est particulièrement ironique, c’est que Bank of America et JPMorgan Chase ont respectivement reçu, et finalement remboursé, 45 milliards de dollars et 20 milliards de dollars en fonds du plan Paulson quelques années auparavant. Les banques sont devenues comme les enfants du pays : les autorités veulent les punir, mais ne peuvent s’empêcher de les gâter.

Indépendamment de tous les actes répréhensibles commis par les entreprises – à savoir, si Facebook aurait dû faire mieux ou si les banques auraient dû protéger l’économie – ces amendes soulèvent deux grandes questions structurelles sur la façon dont les entreprises fonctionnent aux États-Unis :

  1. Dans quelle mesure les entreprises devraient-elles être rentables ?
  2. Comment une organisation comme la FTC peut-elle réellement protéger les consommateurs ?

En général, les entreprises se retrouvent prises entre trois groupes de parties prenantes : les clients, les employés et les propriétaires. Une certaine somme d’argent est prise à leurs clients et reversée à leurs employés. Ensuite, le reste revient aux propriétaires, qu’il s’agisse d’un groupe relativement restreint de personnes dans le cas des sociétés privés ou d’un groupe plus important comme dans le cas des entreprises publiques.

Lorsque le salaire de base moyen d’un caissier de la Bank of America est de 13 $ l’heure, et que toutefois la Bank of America peut payer 16,7 milliards de dollars en pénalités gouvernementales sans trop de soucis, on commence à se demander si les clients et les employés obtiennent une « part juste et équitable » par rapport aux propriétaires. Et lorsque Facebook peut mettre de côté 3 milliards de dollars et que le marché boursier réagit en augmentant le prix de 7,6 % le même jour, il semble que les marchés se soucient beaucoup plus de l’argent que de la vie privée ou de l’équité envers les intervenants.

Les amendes gouvernementales sont une façon de dire : « Vous avez pris trop de valeur aux consommateurs, il est temps de la rendre. » Mais que se passerait-il si, au lieu de forcer les entreprises à donner en retour, le travail de la FTC consistait à s’assurer que les entreprises n’en prennent pas trop au départ, qu’il s’agisse d’argent ou de données ? Si les entreprises devaient payer des salaires décents de manière constante et facturer les consommateurs équitablement, plutôt qu’épargner de la valeur pour les actionnaires seulement, les amendes pourraient peut-être fonctionner comme prévu. Ce qui rendrait coûteux pour les entreprises de négliger leur public. Enfin, si les entreprises avaient une gouvernance et une propriété beaucoup plus réparties, comme beaucoup l’ont conseillé pour Facebook, elles seraient peut-être moins enclines à négliger leur public.

Le contrôle gouvernemental ne peut toujours pas aller plus loin. En fin de compte, c’est aux consommateurs de choisir où se rendre sur le Web et où déposer leur argent à la banque. Il y a des entreprises comme Ecosia où les profits des recherches sur le Web sont utilisés pour planter des arbres, et non pour payer les actionnaires. Il existe des banques communautaires qui s’efforcent d’aider les consommateurs à éviter les crises financières plutôt que de les provoquer. La création d’entreprises davantage axées sur les individus peut aider à maintenir la valeur là où elle devrait être, c’est-à-dire en circulation dans l’économie, et idéalement, à bâtir des institutions qui sont trop aimées pour faire faillite et trop profondément enracinées pour nuire.