En plein Festival de Cannes, un rapport vient jeter un pavé dans la mare. Les Sofica, les Sociétés de financement du cinéma et de l’audiovisuel ne sont pas rentables, elles prélèvent trop de frais et sont mal gérées. A l’heure où le gouvernement réfléchit à supprimer les niches fiscales, la fin des Sofica est-elle proche ?

Le lundi 13 mai, la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, Emmanuel Macron a décidé de débloquer 225 millions d’euros pour les industries culturelles et créatives. Il confirme ainsi une promesse de campagne. Le président de la République a précisé que ce nouveau fonds sera géré par Bpifrance et bénéficiera de l’expertise de l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (Ifcic).


Ce fonds doit permettre de compenser la fuite des financements suite à la suppression de l’ISF (impôt sur la fortune). De nombreux films bénéficiaient, en effet, de la niche ISF-PME qui permettait de déduire de son ISF les investissements effectués dans des PME, notamment les sociétés de production de cinéma.
C’est d’ailleurs une des propositions du rapport commandé, il y a un an, au producteur Dominique Boutonnat par le ministère de la culture, Bercy et le ministère de l’action et des comptes publics, pour changer la donne dans « le financement privé de la production et de la distribution cinématographiques et audiovisuelles. »
Car, pour Dominique Boutonnat, « aujourd’hui, le 7e art, très corseté et régulé, reste financé en France par une série d’acteurs qui reçoivent des aides du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), comme les chaînes de télévision, les producteurs, les distributeurs et les chargés de ventes internationales. A cela, s’ajoute une vaste palette d’aides publiques, le crédit d’impôt et un outil de défiscalisation créée en 1985, les Sofica. »
Des dispositifs inefficaces, coûteux et mal gérés ! Prenons l’exemple des Sofica. Il s’agit de structures d’investissement dans le cinéma ouvertes au public qui permettent de lever chaque année 60 millions d’euros. Pour l’investisseur, les Sofica proposent, depuis 2017, une réduction d’impôt de 48 % du montant investi dans la limite de 18 000 euros (ou 25 % des revenus du foyer).
Selon le rapport Boutonnat, entre 2002 et 2011, les Sofica financent des projets à perte. Elles ont récupéré en moyenne 82 % de leur mise. Pis, les Sofica prélèvent 19 % de frais de gestion, qui viennent encore réduire le rendement. Résultats, le seul intérêt du produit est son avantage fiscal. Et encore, avantage fiscal inclus, la rentabilité n’est que de 1,9 %, soit autant qu’un contrat d’assurance vie en euros qui ne présente aucun risque.
Le rapport Boutonnat préconise de revoir le système en maintenant une carotte fiscale pour le soutien à la production audiovisuelle mais par une réduction d’impôt ramenée à 30 % (contre 48 % aujourd’hui). A dépense fiscale égale pour l’État (environ 30 millions d’euros), « cela permettrait de conserver un taux attractif pour les souscripteurs et de porter la collecte à 90 millions d’euros. Les capacités d’investissement seraient ainsi améliorées au bénéfice des performances. » Une réforme qui doit surtout permettre d’alléger les contraintes d’investissement des Sofica pour qu’elles soient en mesure de viser des œuvres plus rentables et assouplir leurs conditions de gestion pour faire baisser le niveau de leurs frais.
Dominique Boutonnat propose aussi, comme le permet la nouvelle loi Pacte, d’orienter les fonds d’assurance-vie vers les industries de l’image avec la mise en place de fonds commun de placement dans l’innovation (FCPI) et de fonds commun de placement à risque (FCPR) dédiés.


L’auteur du rapport pense que le cinéma peut « être un actif particulièrement intéressant pour des investisseurs financiers » et que l’arrivée de ces derniers « permettrait de rapprocher ce secteur du reste de l’économie réelle. Car le manque de transparence et l’intervention publique trop importante rendent les circuits de financements complexes ». D’autant que la rentabilité du cinéma en France est faible. Seuls 10 % à 12 % des films sont bénéficiaires deux ans après leur sortie en salles.
Mais de nombreux chantiers restent à mettre en route comme la chronologie de diffusion des films dans les différents médias, le rôle des télés ou du CNC dans le financement des films.
Le rapport évoque un délai nécessaire de 3 à 5 ans pour mettre en œuvre des réformes. En attendant, il préconise que « le dispositif des Sofica soit maintenu en l’état ».