Selon une étude publiée ce matin par les ONG Oxfam et Basic, les grands groupes du CAC 40 ont, depuis 2009, reversé plus de deux tiers de leurs bénéfices à leurs actionnaires sous forme de dividendes, ne laissant que 27,3 % au réinvestissement et 5,3 % aux salariés.

« CAC 40 : des profits sans partage ». Tel est l’intitulé sans équivoque du rapport rendu public ce matin par l’ONG Oxfam et qui met en exergue le parti pris des grandes entreprises du CAC 40 de gâter leurs actionnaires, au détriment de leurs salariés. « Les richesses n’ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l’investissement », fulmine Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam France et co-auteure du rapport. Pour donner un ordre d’idée, toujours selon les données d’Oxfam, depuis 2009, sur 100 euros de bénéfices, les principales composantes du « saint des saints » de la Bourse de Paris ont, en moyenne, reversé 67,4 euros aux actionnaires tandis que 27,3 euros ont été réinvestis dans l’entreprise… et seulement 5,3 euros dévolus aux salariés sous la forme de prime.

« Parce qu’elles créent une grande partie de la richesse, les grandes entreprises ont leur part de responsabilité à prendre dans la lutte contre les inégalités. Elles doivent profondément changer pour que les richesses soient mieux partagées et redistribuées avec celles et ceux qui la créent : les salariés. Tandis que le FMI n’en finit plus de dénoncer l’impact des inégalités sur la croissance, ce sont désormais des fonds d’investissement qui s’inquiètent de l’hystérie de la culture des résultats à court terme ! », tonne Manon Aubry.  Pour la seule année 2017, ce sont environ 51 milliards d’euros qui vont être reversés aux actionnaires. Toujours selon les calculs des deux ONG, les entreprises du CAC 40 ont versé plus de 407 milliards d’euros sous forme de dividendes à leurs actionnaires depuis 2009. Conséquence : la France est le pays au monde où les entreprises cotées en bourse reversent la plus grande part de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires.

Total, Sanofi et Engie dans le wagon de tête

«Les entreprises du CAC 40 n’ont pas toujours été aussi généreuses avec leurs actionnaires : si elles leur ont distribué plus de 67 % de leurs bénéfices en 2016, ce taux ne dépassait pas les 30 % dans les années 2000 où les entreprises versaient presque deux fois moins de dividendes à leurs actionnaires par rapport à leur niveau de bénéfices », souligne le rapport. Et de « pointer du doigt » les entreprises les plus généreuses avec leurs actionnaires. «Total et Sanofi (deux anciennes premières capitalisation de l’indice, ndlr) représentent à elles deux quasiment un quart des dividendes totaux versés par les entreprises du CAC 40 entre 2009 et 2016, ayant versé respectivement 43,5 et 37,9 milliards d’euros sur la période». Engie arrive en troisième position, avec 27,6 milliards. Mais le versement de dividendes n’est pas forcément corrélé à la performance. Et les ONG de citer l’exemple du sidérurgiste Arcelor-Mittal. « Le groupe a reversé des dividendes substantiels quatre années de suite entre 2012 et 2015 alors que l’entreprise a affiché des pertes ». Fin de citation.  

Pour tenter de remédier à cette situation, les deux ONG n’hésitent pas à formuler des propositions. Par exemple, « partager plus équitablement les bénéfices entre les actionnaires et les salariés », « limiter les écarts de salaire au sein des entreprises » ou encore « réformer la gouvernance des entreprises pour rééquilibrer les prises de décisions en faveur des salariés et de l’intérêt général ». Des « mesures » que les auteurs du rapport souhaitent voir intégrer dans le cadre de l’examen de la Loi Pacte. « C‘est à l’Etat de reprendre la main sur cette économie déboussolée avec des mesures de régulation ambitieuses. Il peut le faire notamment en préservant la capacité d’investissement et en interdisant que la part des bénéfices reversée aux actionnaires dépasse celle qui est reversée aux salariés (…) Emmanuel Macron peut prendre le leadership de la lutte contre les inégalités ». Un vœu pieu ?