Pour anticiper les réactions des marchés financiers au coronavirus, une approche semble intéressante, la comparaison avec l’épidémie de SRAS au début du siècle.

C’est un schéma global d’aversion pour le risque qui est en train de s’installer sur les marchés financiers internationaux progressivement depuis le début de l’année. Les capitaux se dirigeaient déjà massivement vers les métaux précieux et les contrats de crédit des pays les mieux notés (chute des rendements obligataires à long terme), il semble à présent que le marché entre dans la seconde étape, celle de la vente des actions.


La journée des expirations sur contrats futurs et d’options sur actions et indices du vendredi 21 février a donné les premiers signaux de vente, la séance du lundi 24 février voit l’ouverture d’un fort trou de cotation baissier, le cours du CAC 40 démarre probablement une période corrective comme il n’en a plus connue depuis plusieurs mois.

L’inertie haussière des derniers mois se termine donc avec l’impact de plus en plus marqué de l’extension du coronavirus Covid-19 sur l’économie réelle. Ces sont surtout les secteurs des transports, du tourisme et de la consommation qui sont le plus touchés.

INFOGRAPHIE – COVID19 ET IMPACT SUR LE TRANSPORT EN CHINE

Le ralentissement économique en Chine depuis le début de l’année est de grande ampleur et cela se diffuse à l’économie mondiale par le biais du commerce international. Les pays qui sont les plus touchés sont ceux qui sont très sensibles à leurs commandes à l’export de la part des Chinois ; au sein de la zone Euro, il s’agit de l’Allemagne via les machines-outils et l’automobile.

En Chine, l’épicentre de l’épidémie, le Hubei, reste à l’arrêt sur le plan économique et la propagation internationale du coronavirus prend une dimension marquée avec des cas en forte hausse en Italie, en Iran, en Corée du Sud, au Japon. A cela s’ajoute le manque d’information en provenance d’Afrique, d’Indonésie et d’Inde, des pays fortement concernés par le déplacement de chinois et qui rassemblent plus de 3 milliards d’habitants. Il semble très “étrange” que moins de 10 cas ne soient relevés pour cette grande population, une information nationale qui est contrôlée mais l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’est pas dupe et parle d’un risque majeur pour le monde.

EXTENSION INTERNATIONALE DU CORONAVIRUS COVID-19 – source CSSE

Pour les marchés financiers, en terme d’impact, deux facteurs cruciaux sont à prendre en compte :

  • L’impact sur l’activité réelle des entreprises en terme de perte de revenus
  • Le facteur temps, car un mauvais trimestre peut être rattrapé sur la période suivante

De nombreux indicateurs macro-économiques indiquent déjà que l’économie réelle ralentit fortement en Chine et plusieurs pays de premier rang ont révisé en baisse leur croissance économique estimée pour l’année 2020. Mais ce ne sont que des anticipations subjectives car personne ne sait combien de temps sera nécessaire pour contenir l’extension de l’épidémie.

Une approche me semble intéressante : la comparaison avec l’épidémie de SRAS au début du siècle. L’épidémie, dont l’amplitude est déjà nettement dépassée par le Covid-19, avait nécessité plus de 10 mois pour être maîtrisée et avait entraîné une baisse du cours du CAC 40 de plus de 20%. Le monde boursier de 2002/2003 est certes différent de notre temps, les injections de liquidités par les Banques Centrales sont un soutien permanent aux actions depuis la crise financière de 2008, mais le risque correctif de 20% de baisse gagne en probabilités alors que les indices boursiers européens et américains sont encore proches de leurs records historiques. Dans tous les cas, le CAC 40 est en train d’engager le seuil technique des 5500/5600 points.

COURS DU CAC 40 au moment de l’épidémie de SRAS en 2002/2003 – source TradingView