Blackrock, l’institution financière la plus puissante au monde et détenant entre autres des actions au sein de Vinci, BNP Paribas ou Safran a l’habitude de faire profil bas. Larry Fink, CEO de ce gestionnaire d’actifs mondial, a brisé le silence. Dans une lettre adressée aux entreprises, il les invite à être plus transparentes sur leur stratégie. 

Larry Fink n’en est pas à son coup d’essai. Il nous livre un outil qui va contribuer à remodeler le monde dans lequel on vit. Il creuse le sillon d’une philosophie de la responsabilité qui nous éclaire sur comment faire progresser le sort du plus grand nombre. Sans angélisme, ni cynisme, le CEO de BlackRock s’appuie sur un raisonnement simple : pour prospérer dans la durée, chaque entreprise doit pouvoir délivrer un niveau de rentabilité suffisant ET désormais montrer comment elle contribue de façon positive à la société.

À bon entendeur

En plein cœur de New York, à Wall Street, les forces du bien s’organisent et affichent leurs intentions. Et tout à coup, se dit-on, l’éthique se remet du côté de la bourse. Les marchés financiers peuvent devenir une force qui agit en faveur du bien. Les baisses d’impôts de Donald Trump ? « Affectez-les à des projets qui bénéficient à la société dans son ensemble » prescrit en substance Larry aux entreprises dont son fonds est pour partie propriétaire. Il s’agit aux entreprises efficaces de pallier, et non simplement d’inspirer, des États désormais défaillants. Dans le sillon des injonctions adressées à Apple par certains fonds de pension, on assiste aujourd’hui à la naissance d’une nouvelle forme d’activisme actionnariale qui ne cherche plus à détricoter les entreprises pour maximiser le gain à court-terme mais bien à les inciter à inscrire leur développement dans la durée.

En fait, il ne s’agit pas tant d’éthique que de bon sens

Pour BlackRock, le bien de tous sera le fruit de l’efficacité d’un capitalisme qui s’inscrit pleinement dans le cadre culturel et éthique de son marché. Un marché désormais planétaire et qui résonne à l’unisson d’une conscience collective et partagée des enjeux du développement durable. BlackRock plaide pour la rencontre de l’offre des entreprises et d’une demande à long-terme, une demande qui dépasse celle des produits et qui puise dans cet appel de tous en faveur du bien, du « good ». À un moment où les fractures entre les plus riches et les autres deviennent criantes, où l’écart entre le sort des uns et des autres se creuse, ce plaidoyer en faveur d’un capitalisme de marché qui impulse, aiguille et sanctionne à l’aune d’une grille du “bien” est salutaire.

Et forcément, on pense à Lactalis

Une entreprise qui se veut privée. Privée de tout regard extérieur. Qui ne peut s’empêcher d’imaginer que cette culture du secret qu’elles chérissent tant n’est pas une des causes de leurs déboires actuels ? Les entreprises cotées, elles, agissent dans la transparence. Elles rendent des comptes. Elles doivent proposer une stratégie de développement, défendre leurs projets et accepter l’évaluation de leurs actions à tout moment. En retour, elles sont jugées par des investisseurs comme BlackRock qui sont très explicites sur leurs attentes.

Cette dynamique de « moralisation » des acteurs financiers est une aubaine pour nous tous. Le carcan de la bourse est désormais celui qui fera le mieux progresser la démarche des entreprises en faveur du « good ». A minima, toute entreprise qui présente des enjeux de santé publique devrait être tenue de s’inscrire dans le cadre de transparence et de responsabilisation induite par une société cotée. C’est une décision qui doit s’imposer. Et ainsi, on se plaira à dire que la bourse peut véritablement devenir le moyen de rendre notre vie meilleure.