Ces derniers mois, les néo-banques ont été les reines incontestées du paysage VC en Europe, avec des levées de fonds de plusieurs dizaines voire centaines de millions d’euros pour Revolut, N26, Monzo, Monese ou encore Qonto en France.

Alors que les banques traditionnelles s’adaptaient lentement à l’ère numérique, des concurrents d’un genre nouveau ont fait irruption et ont bousculé l’industrie. Elles ont montré la puissance de l’ergonomie et expérience utilisateur de la banque purement mobile. Depuis, de nombreux millenials en ont définitivement terminé avec le portefeuille pour se mettre au 100% numérique grâce à leur smartphone. Ce dernier fait le même travail… en mieux !


Physique VS Numérique : une bataille de plus en plus inégale

Aujourd’hui, 91%* des personnes interrogées préfèrent utiliser une application bancaire plutôt que de se rendre dans une banque physique. Et ce chiffre appuie l’écart qui se creuse entre ces deux mondes : pendant que l’un s’amenuise petit à petit, l’autre grandit à toute vitesse. En effet, les établissements bancaires ferment à un rythme alarmant. A titre d’exemple, en l’espace de 10 ans, la France a fermé environ 5% de ses agences, soit 2000 points de vente**. Au Royaume-Uni, le chiffre est également parlant : en 30 ans, les Britanniques ont perdu 2/3 de leurs succursales bancaires, passant de près de 21 000 en 1988 à seulement 7000 à la fin de l’année 2018. En Espagne, constat identique : Santander a annoncé récemment la fermeture de 140 succursales pour des questions de restructurations dues à l’évolution de la demande.

Les nouvelles technologies offrent de nouvelles opportunités et une entière autonomie allant de la simple vérification du solde au transfert d’argent, sans avoir à se rendre en succursale. Les consommateurs veulent avoir le contrôle de leurs finances en temps réel, que cela soit pour consulter leur solde, effectuer un virement ou placer leur argent en un clic. C’est un atout pour eux, leur permettant d’économiser aussi facilement qu’ils dépensent. Certains ont donc décidé de répondre à ce besoin. Au cours des dernières années, on a pu voir éclore des pépites comme Monzo ou Monese. En plus de l’apport d’une certaine commodité ou d’avantages digitaux, ces applications offrent à leurs utilisateurs aussi bien des taux de change préférentiels que le trading de cryptomonnaies.

D’ailleurs, certaines de ces start-up se sont spécialisées sur la clientèle entreprise, tels que Brex, ou encore Qonto. Brex a récemment accédé au statut de licorne et ce, en moins de deux ans, en promouvant notamment un modèle différent : l’émission des cartes de crédits pour les PME et les start-up.

Enfin, tout un écosystème de start-up spécialisées s’est développé permettant aux néo-banques d’utiliser la meilleure technologie pour chaque brique et chaque fonctionnalité de leur offre, et ce à moindre frais. 

Le sursaut des banques traditionnelles 

Une course acharnée se dispute désormais entre les institutions financières traditionnelles et les nouveaux arrivants. Les banques travaillent d’arrache-pied pour suivre le rythme infernal des néo-banques qui les poussent à se renouveler. Elles développent donc en permanence leurs applications et leurs fonctions en ligne pour offrir aux consommateurs technologies et interactions au travers de trois prismes : rapidité, fluidité et efficacité. Synthétiquement, cela se traduit par de meilleurs services pour les usagers.

A ce titre, JP Morgan a réagi, pour faire face aux plateformes d’investissement et de trading sans commission, avec son propre service d’investissement digital proposant des opérations gratuites ou moins chères et un accès sans frais à leur base de recherche. Goldman Sachs a, quant à elle, lancé Marcus, une banque de dépôt 100% en ligne, qui rencontre un grand succès aux États–Unis et à présent en Angleterre.

Les banques françaises ont, elles aussi, réagi vigoureusement avec de nombreuses acquisitions : le Crédit Mutuel Arkéa a racheté la cagnotte en ligne Leetchi et détient 80% du capital de Pumpkin ; BPCE a pris le contrôle de Pot Commun et Fidor ; BNP Paribas a fait l’acquisition de Compte-Nickel ; la Banque Postale a pris sous son aile KissKissBankBank & Co ; Natixis a racheté Dalenys, La Société Générale Boursorama et Treezor

Toutefois, certains acteurs digitaux ne vont pas à l’encontre des établissements traditionnels, et les aident même à franchir le cap du digital. Par exemple, TagPay a compris depuis de nombreuses années le virage qu’allait opérer le monde bancaire. La start-up apporte une brique technologique innovante pour aider les banques à se moderniser comme ils l’ont fait avec la Société Générale.

De la confiance à la rentabilité : le challenge des banques digitales

Le tableau dessiné semble être celui du cas classique des nouvelles technologies prenant l’ascendant sur des institutions archaïques. Mais ce n’est pas si simple. Les solutions bancaires numériques comportent des incertitudes dont notamment la fiabilité.

Elles sont également plus exposées au risque. Récemment au Royaume-Uni, Metro Bank – l’une des « challenger banks », start-up nées après la crise financière de 2008 et défiant les acteurs historiques (HSBC, Barclays, RBS et Lloyds Banking Group), – en a fait les frais. En début d’année, elle a annoncé s’être trompée dans ses obligations réglementaires en plus de l’annonce de résultats inférieurs à ce qui était prévu. Conséquence : une chute de près de 40% de son action.

Et l’attirance pour les néo-banques a une certaine limite. Peu aujourd’hui parviennent à devenir le compte primaire de leurs utilisateurs, c’est-à-dire celui qui reçoit les revenus. Leur chiffre d’affaires par client demeure donc très faible au regard des investissements publicitaires consentis, ce qui se traduit par de fortes pertes. De plus, dès que les demandes des clients sont liées à des mouvements de fonds importants ou à des objectifs financiers précis, la plupart préfèrent échanger avec une personne physique.

Ces deux mondes, que la technologie oppose pour le moment, ne sont pas si différents et ont un objectif commun : offrir le meilleur service bancaire à leurs utilisateurs. Les dernières annonces liées à des partenariats ou des fusions-acquisitions démontrent une volonté d’homogénéisation entre fintech / néo-banques et acteurs historiques.

Pour n’importe quelle institution bancaire, il est important d’entretenir une relation de confiance plutôt que de se concentrer uniquement sur la rentabilité. La solution idéale serait de fusionner les deux. Les nouveaux arrivants sur le marché peuvent prospérer s’ils ajoutent à leurs offres des technologies efficaces et dédiées aux utilisateurs, saupoudrée de fiabilité et du même sérieux qu’offrent les grands groupes bancaires. De leur côté, les institutions traditionnelles peuvent maintenir leur domination actuelle si elles combinent à la fois confiance et autorité avec une technologie nouvelle et innovante répondant aux besoins de leurs utilisateurs.

Il n’est donc pas du tout certain que les banques traditionnelles soient amenées à succomber aux coups de boutoir des néo-banques, comme les fabricants de téléphones portables traditionnels face aux smartphones il y a dix ans.

Nous pensons plutôt que, à la manière du financement collaboratif ou des robo-advisors, une période de restructuration suivra l’effervescence actuelle, et que le marché s’épurera, avec rachat ou fermeture pure et simple d’un certain nombre de néo-banques plus fragiles.

Une chose est sûre : la migration de la finance vers le mobile et les apps a été fortement accélérée fortement grâce aux nouveaux entrants, ce qui s’est traduit par plus de choix et un meilleur service pour les consommateurs. Le succès à long terme pour tous les acteurs résidera dans l’équilibre entre la rentabilité, l’innovation et la technologie ainsi que la confiance, la sécurité et l’interaction humaine.

*Source : Rapport « 10 Tech Predictions 2019 » réalisé par GP Bullhound

**Source : Article Les Echos, chiffres Sopra Banking