Décrit comme un livre autocentré, agrémenté d’éloges ici et là de la réussite de sa famille, le nouveau « business book » d’Ivanka Trump fait certes de l’effet, mais divise avant tout l’opinion. 

Women Who Work : Rewriting The Rules of Success est censé être un guide à la portée de toutes les femmes américaines aspirant à un meilleur niveau de vie. Jusque-là, rien à signaler. D’autant que, sur le fond, nous sommes toutes d’accord, si une femme veut essayer de changer les choses, elle le peut. Seulement, en réalité, la cadette Trump sous-entend qu’il suffit seulement de vouloir quelque chose pour l’avoir, qu’une femme voulant s’affirmer n’a qu’à le faire et tout se passera comme elle l’avait espéré. C’est peu probable. Ivanka Trump n’a pas conscience que toutes les femmes ne sont pas descendantes d’une famille de magnats de l’immobilier, ce qui rend les propos de son livre hasardeux, et ce n’est qu’un euphémisme. 


Rapidement, le public en est venu à se demander à qui ce livre était réellement destiné, et ce n’est pas au plus grand nombre. La réalité c’est qu’il s’applique parfaitement au mode de vie des femmes d’affaires « successful », appartenant à une certaine élite, c’est-à-dire une minorité. Ce titre, pourtant évocateur d’une prise de position pour toutes les femmes, n’est en fait que le récit d’une rétrospection personnelle qu’elle tente de camoufler derrière un tuto « comment réussir » accessible à toutes. Dépeignant le portrait de femmes de pouvoir comme exemples et modèles à suivre, Ivanka Trump se tire une balle dans le pied. Sa vision biaisée du succès et de la vie de famille rend ses lignes désuètes de sens pour la plupart des femmes, qui dénoncent ce manque de tact. « Ce n’est pas quelques citations sur le surpassement de soi et des encouragements obsolètes qui aideront une mère de deux enfants à joindre les deux bouts », écrit Goss Graves, présidente du National Women’s Law Center sur usnews.com.

L’intention était pourtant là

À défaut d’objectivité concernant le statut des femmes dans le monde du travail, l’héritière de l’empire Trump émaille ces précieuses pages de citations de grands activistes. « C’est un pot pourri de citations sans queue ni tête », relate Jennifer Senior dans le New York Times. « Lee Iacocca est mentionné deux pages avant Socrate. Toni Morrison apparaît une page après Estee Lauder ». Allant même jusqu’à citer Nelson Mandela en préambule d’un chapitre concernant les horaires flexibles, « cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse ». Citation qui perd son sens lorsque l’on compare le combat mené par Nelson Mandela et celui qu’Ivanka Trump tente de revendiquer, sans succès. Cette dernière a affirmé vouloir reverser les bénéfices des ventes à des œuvres caritatives, sans faire de promotion, ne voulant pas que le statut de son père interfère, ce qui est honorable. D’autant que ce livre était attendu et aurait pu faire office de contre-pied face aux propos misogynes et sexistes de son père. Malheureusement, elle a été victime de son nom et de son statut, le public ne lui a pas laissé le bénéfice du doute. Elle a raté le coche, ne se reposant que sur sa vision de la vie et de la réussite, laissant le reste de la population de côté. Une maladresse qui passe mal et qui sonne faux.

Il semblerait qu’en voulant bien faire, et en s’éloignant des polémiques de son père, Ivanka Trump ait trébuché. Ce livre aurait dû être rempli de bonnes intentions, mais il n’a pas convaincu et pour cause, des millions de femmes américaines ne peuvent en suivre les lignes. Encore une fois, la famille Trump a montré un manque de discernement et d’ouverture d’esprit. Ce livre, victime de ce qu’il prêche, sert au final de plateforme apolitique et prône le « Trump Lifestyle ».