Prévenir les risques auditifs dès le plus jeune âge : une démarche qui a du sens, puisqu’on estime qu’en France, près de 30 000 à 50 000 jeunes et adolescents présentent des altérations graves ou sévères du système auditif. Parler, aux enfants, des risques liés à l’audition en commençant par des explications simples et claires sur le fonctionnement de l’oreille et de l’appareil auditif dans son ensemble : une démarche logique à laquelle les intéressés adhèrent bien volontiers.

Le système auditif est fragile… et voilà pourquoi…


« Je vais vous raconter l’histoire d’un petit garçon, venu me voir en consultation parce qu’il entend un petit bruit en permanence dans ses oreilles. Même le soir, dans son lit, alors qu’il essaie de s’endormir, il entend comme un sifflement dans ses oreilles et ça l’agace. Malheureusement, on ne peut rien faire… ». Le ton est donné. Le Dr Elisabeth Péri-Fontaa s’adresse à une classe de CM1-CM2 de Séléstat, dans le Bas-Rhin, dans le cadre d’une action de prévention sur les risques auditifs, organisée par la CAMIEG. Les enfants sont étonnés et attentifs.

L’histoire de ce petit garçon est celle de milliers d’enfants exposés à des niveaux sonores intenses, risquant de détériorer à jamais leur appareil auditif. Le niveau de destruction de l’audition, comme l’explique le médecin ORL phoniatre aux élèves, correspond à celui d’une explosion. « Et même si nous ne vivons pas dans un pays où les explosions sont fréquentes, nous sommes tous exposés à ces risques ». En quelques secondes, les enfants trouvent eux-mêmes la réponse, réalisant les dangers liés aux pétards.

Dans des termes adultes, la pathologie que connaît le petit garçon dont parle le Dr Péri-Fontaa s’appelle un acouphène. Sans pour autant utiliser de jargon médical, le médecin ORL présente le trajet du son en partant du pavillon de l’oreille jusqu’au message électrique qui parcourt le nerf auditif jusqu’au cerveau.

Utilisant des illustrations qu’elle a elle-même réalisées, Elisabeth Péri-Fontaa présente, étape par étape, le cheminement du son, se munissant d’une loupe pour entrer dans l’infiniment petit, jusqu’aux cellules ciliées, ces petits cils qui disparaissent petit à petit avec l’âge et, parfois, de manière prématurée lorsqu’ils sont exposés à un son élevé ou à une intensité sonore prolongée. Devant les dessins articulés du livre pop-up réalisé par le médecin ORL, les enfants sont à l’écoute. Avec des termes simples, des analogies, des métaphores, et surtout des mouvements, ils visualisent le passage du son dans le système auditif, mais surtout les altérations possibles lorsque le niveau sonore dépasse les limites, en termes d’intensité comme de durée d’exposition.

 

 

sculpture audition

 

« Mouche-toi ! » … toutes les mamans sont des ORL !

« Dépêche-toi ! », « Fais tes devoirs », « Brosse tes dents », « Tiens-toi droit »… Des injonctions auxquelles les enfants font face au quotidien et que les parents répètent, tels des automatismes. À l’instar de messages publicitaires à répétition (…cinq fruits et légumes par jour…), les messages finissent par ne plus pénétrer dans les cerveaux, coulant comme des gouttelettes sur un matériau imperméable.

Et si nous revenions aux bases ? Les enfants sont capables de comprendre… si on leur explique les choses avec des termes simples. Dès le plus jeune âge, ils sont d’ailleurs capables de comprendre bien plus de choses que ce que nous autres, adultes, voulons bien leur attribuer.

En outre, le fait d’expliquer clairement, à un enfant, la raison pour laquelle il faut agir d’une certaine manière, conduit à une prise de conscience qui marque le début d’un changement de comportement. « Mouche-toi ! » : un conseil qui résonne comme un ordre de la part d’un parent excédé par les reniflements de son enfant enrhumé. L’enfant, comme l’adulte d’ailleurs, sait-il pourquoi il faut se moucher ? Connaît-il la relation de cause à effet entre le fait d’évacuer le rhume de son nez et l’otite ou les complications ? Aborder le problème à la source et expliquer, aux enfants, simplement, ce qu’il se passe au niveau de l’appareil auditif lorsqu’ils ont un rhume, voilà la solution.

Grâce à ses outils pédagogiques, le Dr Elisabeth Péri-Fontaa révèle, chez les enfants comme chez les adultes, des capacités de compréhension qui éveillent l’attention et suscitent un comportement adéquat. Ils comprennent ainsi pourquoi le coton-tige ne s’utilise que pour nettoyer la partie externe de l’oreille, pourquoi il est dangereux d’utiliser toute forme d’instrument pour « nettoyer » son oreille, pourquoi il est dangereux d’écouter de la musique au-dessus d’un certain niveau sonore avec des écouteurs…

Plus encore, le médecin ORL conceptualise la perte auditive par des schémas simples et ludiques, sur la base d’un poème de Maurice Carême, Le Chat et le Soleil. Le travail effectué, en intervention auprès des écoliers comme au cabinet ORL, permet (enfin) de faire comprendre, chez ceux et celles qui ont la chance d’avoir une bonne audition, pourquoi certaines personnes nécessitent un appareillage et pourquoi il est impératif de prendre soin de ses oreilles.

À bon entendeur…