Michèle Sabban est membre fondatrice du R20, Regions of Climate Actions, créé en 2010, et elle œuvre aux côtés de l’ancien gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger pour rassembler les régions, les provinces et les Etats fédérés de la planète dans la lutte contre le changement climatique et la mise en œuvre du développement durable. De mars 2012 à juin 2017, elle en a assuré la présidence. Aujourd’hui elle occupe le poste de présidente du Fonds Vert R20 pour les Femmes avec l’ambition de relier deux sujets essentiels : la préservation de la planète face au changement climatique et l’autonomie des femmes dans le monde.

Quelles sont les missions du Fonds vert  R20 ?

Le Fonds Vert R20 pour les Femmes a été créé dans le but de faciliter l’égal accès des hommes et des femmes aux emplois verts, aux ressources naturelles, aux technologies de production d’énergie propre, à une meilleure alimentation, et à la sécurité hydrique et énergétique. Ainsi, nous contribuons à la mise en œuvre de projets liés au déploiement des énergies renouvelable, à l’efficacité énergétique, ou encore sobres en carbone.

Ce Fonds de dotation collabore également avec d’autres organisations et associations militant dans le même sens partout dans le monde. Son ambition est d’améliorer les capacités des femmes à œuvrer pour la planète en collaborant à la réalisation de leurs projets verts. Les activités proposées sont développées en corrélation avec l’Agenda 2030 et les Objectifs de Développement Durable (ODD) fixés par l’ONU en janvier 2016.

Comment le Fonds Vert pour les femmes R20 est-il né ?

Pour la création du R20 – Regions of Climate Action, tout a commencé à Copenhague au moment de la COP 15. Les territoires et les élus locaux ont pris conscience que l’aggravation de la pauvreté due aux changements climatiques allait avoir des conséquences dramatiques et bien plus rapides que prévu. Nous avons donc décidé de créer cette Organisation Non Gouvernementale pour mobiliser les territoires et les soutenir dans la réalisation de leurs objectifs de lutte contre le changement climatique.

Le Fonds vert R20 pour les femmes, a lui été créé en 2017, car nous avons observé que ce sont généralement les femmes qui agissent au quotidien pour trouver des solutions concrètes, et qui sont les plus touchées par la misère. Je me suis dit que l’on ne pouvait pas continuer comme cela et, forte du soutien d’Arnold Schwarzenegger, j’ai trouvé de l’écoute et de l’aide auprès de Madame Brigitte Macron en France et Mme Dominique Ouattara en Côte d’Ivoire. C’est ainsi que nous avons lancé le Fonds Vert à Abidjan, en marge du Sommet Afrique-Europe, lors d’un forum des Premières Dames d’Afrique. Dès le début, je me suis demandé comment aider ces femmes sans qu’elles soient obligées de passer par l’intermédiaire de l’Etat ou de grands groupes privés ou publics : elles risqueraient de ne pas retirer pour elles-mêmes les bénéfices des ressources que leur apporte la Terre.

En gagnant en indépendance, ces femmes contribuent d’autant mieux à lutter contre le changement climatique.

Comment choisissez-vous les projets ?

Nos projets répondent à trois enjeux fondamentaux : l’écologie, l’éducation et l’économie. Je vais illustrer mon propos avec un exemple très concret. Dans beaucoup de pays d’Afrique, les femmes n’ont pas le droit d’être propriétaires des terres agricoles. Or, nous avons constaté que souvent les forêts appartiennent aux Régions. Dans la ville d’Odienné, en Côte d’Ivoire, grâce au soutien de la Maire, notre référente sur le terrain, nous avons pu mettre des forêts à disposition de femmes et les former à un nouveau métier, l’agroforesterie. Les bénéfices sont triples : les femmes peuvent nourrir leurs familles, être plus autonomes financièrement et participer à la lutte contre la déforestation. Bien entendu, notre périmètre d’actions est beaucoup plus large : nous savons que l’Afrique est touchée par les conséquences de la désertification, mais la Chine connaît une autre forme de désertification avec ces milliers de femmes qui sont dans l’obligation de laisser leurs enfants dans les villages, pour aller travailler dans les grandes métropoles. Nous souhaitons donc les aider à trouver du travail dans des secteurs de développement durable (gestion de l’eau, gestion des déchets, etc.) dans leurs villages afin qu’elles puissent rester auprès de leur famille.

Nous agissons également en collaborant avec d’autres fondations sur des appels à projets. Par exemple, avec la Fondation France Libertés, nous avons décidé de soutenir des associations et coopératives de terrain, sur des projets concernent la protection de l’équilibre des cycles de l’eau. Ils ont pour objectif de rendre l’eau à la terre pour améliorer l’environnement, protéger le climat et garantir le mode de vie des communautés.

Nous espérons que le Fonds Vert R20 pour les femmes sera très présent lors du Sommet Afrique-France qui se tiendra à Bordeaux en juin 2020. Nous aurons beaucoup de belles histoires à raconter et partager.

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Y a-t-il un projet qui vous tient particulièrement à cœur ?

Vous n’êtes pas sans savoir que beaucoup de très jeunes filles sont violentées et livrées à elles-mêmes dans les rues. Nous avons l’intention de former une centaine de ces jeunes femmes à devenir des institutrices pour le climat. Leur mission ? Aller dans les villages et les écoles pour expliquer ce qu’est le changement climatique aux plus jeunes. En s’appuyant sur leur dialecte et leur culture, elles feront mieux passer les messages et retrouveront leur dignité tout en étant utiles à leurs communautés.

C’est une nouvelle page du Fonds Vert pour les femmes que nous sommes en train d’écrire. J’espère que ce projet sera soutenu par le Président de la République française.

Quelles sont vos sources de financement ?

Depuis le lancement du Fonds Vert R20, je sollicite de l’aide partout dans le monde pour financer les projets en cours et à venir. Nous ne pouvons pas aller très loin sans donateurs. Par bonheur, quand je prononce les mots « femmes et climat », je vois des femmes riches réagir positivement, et cela que ce soit à Los Angeles, en Chine ou au Japon. Une des clés de la réussite ? La solidarité qui existe entre toutes les femmes, celles qui ont le pouvoir et les ressources financières et celles qui ont besoin d’être soutenues.

Je rêve également d’une alliance entre les nombreuses fondations qui oeuvrent partout dans le monde avec les mêmes intentions que nous. L’union fait la force, et j’espère que nous pourrons accompagner ensemble des projets ambitieux et porteurs d’espoir pour les femmes du monde entier… et pour notre planète !

Quelques mots de conclusion ?

Je partage avec vous les mots de Michaëlle Jean, Secrétaire générale de la Francophonie : « Les femmes sont capables de créer de nouvelles chaînes de valeurs et sont des actrices dynamiques et innovantes du changement. » À l’image du Colibri, nous sommes conscients que chaque petit pas est une victoire pour trouver des solutions face aux changements climatiques, et que les femmes y ont un rôle majeur à jouer.

Ensemble, permettons aux femmes d’entreprendre pour la planète 

Propos recueillis par Dominique Barreau

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