Aider d’autres femmes à grimper dans la hiérarchie, négocier leur salaire, gagner en responsabilité ou changer de job, c’est le challenge que des dirigeantes ont décidé de relever.

Des patronnes nous exposent pourquoi elles ont choisi de s’aider entre femmes.

 

Pour casser les clichés

Le syndrome de la reine des abeilles, selon lequel les femmes ayant une position de leadership traitent les autres femmes plus durement que leurs homologues masculins, a vécu. Loin d’abaisser leurs semblables, les dirigeantes sont souvent prêtes à donner un coup de main aux plus jeunes. « Jouer les mentors, c’est une manière de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle les femmes ne sont pas solidaires entre elles.

Au contraire, il y a beaucoup de solidarité », insiste Agathe Bousquet, PDG d’Havas Paris.

« Un mentor, c’est d’abord de la générosité. Pendant une époque, on pensait que les femmes se battaient individuellement. Nous sommes à une époque beaucoup plus ouverte, jamais je ne serais jalouse d’une jeune fille. Je suis tellement contente quand une femme avance ! » , enthousiasme Mercedes Erra (fondatrice de BETC), habituée à répondre aux sollicitations de nombreuses jeunes femmes.

 

Parce que les femmes manquent de confiance en elle

A force d’accompagner des jeunes femmes, les executive women ont toutes fait le même constat : la plupart d’entre elles doutent beaucoup. La mission d’une mentor est donc avant tout de booster leur confiance.

« Dans mon secteur, il y a plus de jeunes femmes dans les carrières commerciales que dans les carrières marketing, ce qui montre qu’elles osent moins. A travers le mentoring, je leur montre que c’est possible, que nous ne sommes pas obligées de choisir entre travail et vie privée : nous pouvons tout faire », explique Bertille Toledano, co-présidente de BETC.

« Je veux leur donner la confiance d’aborder les choses de façon aussi audacieuse que peuvent le faire les hommes en entreprise. Il ne faut pas qu’elles se mettent de barrières, qu’elles se disent que parce qu’il y a moins de femmes dans le numérique, leurs compétences sont moins recherchées », ajoute Jessica Delpirou, directrice de Meetic France.

Aude de Thuin, fondatrice du Women’s Forum, poursuit le même combat.  « Les conseiller, c’est tenter de leur donner confiance pour qu’elles passent les échelons du pouvoir. C’est essentiel, parce que le monde en a besoin. Plus il y aura de femmes aux commandes plus le monde sera apaisé », affirme-t-elle.

 

Parce que c’est un devoir

Maintenant qu’elles ont brisé le plafond de verre, certaines big boss se sentent comme investies d’une responsabilité : aider les autres à faire de même.

« Il y a un déficit majeur de femmes dans l’économie digitale. Dans mon industrie, c’est carrément une mission sociétale de les encourager », affirme Jessica Delpirou.

Pour Mercedes Erra, ces sessions de mentoring sont avant tout une façon de mettre en application ses convictions. « Je suis profondément féministe et je pense que c’est mon rôle d’aider, de faire bouger les choses », assure-t-elle. Pour autant, pas question de considérer que les femmes ont besoin d’être « sauvées ».

« Je ne me dis pas qu’il faut absolument que je les aide. Je suis là pour les écouter, pour les aider au cours d’un cheminement », confie simplement Clara Gaymard, cofondatrice du fond d’investissement Raise.

 

Parce que c’est une rencontre gagnante-gagnante

Elles ont beau occuper des postes souvent prestigieux, les mentors apprennent souvent de celles qu’elles conseillent.

« Ça m’apporte beaucoup, quand l’humain est au cœur de la relation, c’est toujours une richesse. Je mentore aussi des personnes travaillant dans d’autres zones géographiques, ce qui me permet de connaître un environnement multiculturel. Ma plus belle fierté en tant que manager, c’est de permettre à des femmes d’évoluer », déclare Anne Boussarie, directrice générale de Getty Images France.

« On a toujours un retour formidable quand on voit l’évolution de la personne que l’on accompagne. Voir les femmes évoluer, grimper les échelons, gagner, est un plaisir énorme. Ça m’apporte beaucoup de bonheur », ajoute Aude de Thuin.

Et Clara Gaymard de conclure : « Il y a des femmes qui m’ont énormément appris. Le sentiment qui m’anime le plus souvent est l’admiration. Je me dis que les femmes d’aujourd’hui sont formidables !»