Après avoir passé douze ans chez l’Oréal, Laurence Kerjean a quitté son poste de directrice e-business et relation client le 12 septembre dernier. Le lendemain, elle lançait la campagne de crowdfunding pour sa start-up Meet ZE Chef. Via sa plate-forme collaborative, l’ex-cadre devenue entrepreneuse veut lutter contre le gaspillage alimentaire, en mettant en relation les internautes qui ont une part en trop et ceux qui cherchent un repas pas cher. Interview avant/après d’une véritable optimiste.

La journée type. Avant : Ma journée était rythmée par les réunions et le temps passé dans les transports. J’arrivais au bureau vers 9h30 après une heure et demi de trajet et je rentrais le soir vers 21h30. Et je ne compte plus les soirs et les week-end à travailler !  Après : Aujourd’hui, je n’ai plus d’horaires. Je dépose les enfants à l’école et à 9h, je retrouve mon espace de coworking. Après une revue des réseaux sociaux, j’enchaîne les rendez-vous. Les soirées sont souvent consacrées aux répétitions de pitchs ou aux réunions de quartier que j’organise pour développer la communauté Meet ZE Chef.

L’équilibre vie pro/vie perso. Avant. Quand je travaillais chez l’Oréal, malgré les efforts de l’entreprise, c’était très compliqué. Assister aux réunions de l’école ou emmener les enfants chez le médecin était loin d’être évident. Quand on a des équipes très jeunes, elles ne comprennent pas les obligations parentales. Après. Je suis moins stressée et beaucoup plus détendue vis-à-vis des enfants. J’ai instauré un nouveau rituel : tous les lundis midi, je vais chercher ma fille de quatre ans à l’école pour déjeuner avec elle. Et comme mon mari est co-fondateur de Meet ZE Chef, cette aventure entrepreneuriale nous a beaucoup rapproché.

Les revenus.  Avant : Je gagnais plus de 5000 euros par mois. C’est d’ailleurs ce qui m’a longtemps retenue. Après : Je suis au chômage et je gagne 67 % de mon ancien salaire, mais j’ai fait un choix de vie : celui de favoriser mon bien-être global et ma famille. Mon ambition est de devenir un business de masse et non de marge, alors je ne pense pas pouvoir me verser un salaire avant 2019.

Les réussites.  Avant : j’étais fière d’avoir intégré une grande boîte et pu évoluer. Mon meilleur souvenir reste le hackaton L’Oreal Hack Day à l’école 42 avec Xavier Niel. J’avais adoré cette rencontre avec l’écosystème des start-up. Après : Je suis fière d’avoir eu le courage de partir. En quelques mois, nous avons lancé une appli et nous venons de dépasser notre objectif de crowdfunding.

Les frustrations. Avant : La lenteur des décisions, le fait de devoir valider des choses pendant dix jours me pesait. A mesure que je gagnais en responsabilité, je me sentais de moins en moins  proche de la réalité du terrain. Après. Aujourd’hui, le temps manque pour tout faire ! Nous n’avons pas d’équipe à qui déléguer, mais l’avantage c’est que je suis sur le terrain.

Les rencontres. Avant : Je rencontrais beaucoup de personnes qui faisaient le même job que moi, dans une ambiance souvent très cérémoniale, avec échanges de cartes de visite. Après : J’ai réalisé que rien ne m’empêche d’aller parler directement à un PDG du CAC 40, ce qui est assez génial ! J’ai par exemple eu l’opportunité d’interpeller le PDG de Danone. Et comme je suis dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, les rencontres avec les entrepreneurs sont plus sincères, parce qu’ils partagent souvent les mêmes valeurs.

Les réseaux sociaux : Avant. C’est quelque chose que j’utilisais sur mon temps personnel et j’étais essentiellement sur Twitter. Après. Aujourd’hui, c’est devenu mon premier outil de communication. J’ai dû apprendre à manier de nouveaux outils, comme Hootsuite, pour programmer le dimanche mes posts pour la semaine.