Après 10 années au sein du grand groupe Renault, entre des postes de logistique, de stratégie marketing, à la direction générale ou à la direction d’une usine, Carole Zisa-Garat s’est lancé dans l’aventure de l’entrepreneuriat avec Telegrafik, une entreprise technologique qui crée des logiciels dans le milieu de l’assistance aux personnes âgées à leur domicile.

Le Bureau. Avant : J’ai pratiqué plein de bureaux aux typologies différentes. Quand je dirigeais l’usine de Flins, mon bureau était une sorte d’aquarium vitré au milieu d’un atelier poussiéreux et sombre. Après : Mon ordinateur est mon entreprise. Où que je sois, je peux travailler grâce à des outils de cloud et de messagerie instantanée. Du coup, quand je suis en vacances, j’en profite aussi pour travailler.

Collègues. Avant : Dans l’usine, je manageais 120 hommes. Certains ne me serraient pas la main parce que j’étais une femme. Tout le groupe est très masculin, dans le milieu de l’automobile également. Quand on montait dans la hiérarchie, il y avait de moins en moins de femmes. A ce niveau, personne ne se fait de cadeau, il y a peu de postes et tout le monde veut y arriver, c’est un parcours de longue haleine. Après : La grande différence, aujourd’hui, c’est que je les ai choisis et ça change tout ! Je ne travaille qu’avec des gens autonomes et dynamiques, que je n’ai pas besoin de pousser et qui sont aussi enthousiastes que moi de participer à l’aventure. Ce n’est pas du tout la même approche le matin pour aller travailler.

Salaire. Avant : Je gagnais bien ma vie, j’avais de belles augmentations parce que je travaillais beaucoup et mon travail était reconnu. Après : J’ai démarré avec mes 2 ans de chômage. Pôle Emploi est le grand financeur de l’entrepreneuriat français ! C’est sur, il y a un manque à gagner important mais j’ai tellement gagné en qualité de vie. Ca n’a pas de prix !

Journée type. Avant : De 9 à 19h. Ma journée était très subie, surtout jonchée de réunions auxquelles j’étais invitée. Jusqu’à 10 dans la même journée. Après : C’est tout aussi chargé, même plus puisque je travaille avant de réveiller mes enfants et finis vers 19h30. J’ai aussi beaucoup de réunions mais, c’est moi qui les organise ! Pas de réunionite, elles sont toutes extrêmement utiles. Chez Telegrafik, on peut dire « pourquoi je suis là ? Vous avez besoin de moi ? » et si ce n’est pas le cas, retourner travailler. J’ai aussi beaucoup de déplacements en France. J’ai fait le choix de m’installer à Toulouse pour gagner en qualité de vie. Je vais donc à Paris, un à deux jours par semaine. C’est nécessaire. 

Réussites. Avant : Chez Renault, c’étaient les responsabilités croissantes qui m’ont été confiées. Pour mon dernier poste, j’étais secrétaire executive du directeur commercial, à l’époque Jerôme Stoll. Je considérais cela comme une vraie réussites, ce n’est pas le genre de poste qu’on confie à n’importe qui. Après : Ce sont plutôt plein de petites réussites successives. Les contrats que l’on gagne, la levée de fonds (en janvier dernier, Telegrafik a levé un million d’euros, NDLR)… Des petites marches que l’on gravit petit à petit. On espère qu’il y en aura d’autres. L’équipe aussi est une réussite.

Frustrations. Avant : J’avais une grande soif de liberté. Par conséquent, j’avais des difficultés pour intégrer des processus qui n’étaient pas forcément adaptés à la situation. J’avais vraiment beaucoup de mal à m’en accommoder. Même si cette expérience m’est très utile aujourd’hui quand on fait croître une entreprise. Après : Je voudrais que tout avance plus vite. Je suis hyper frustrée qu’on ne soit pas dans 5 ans déjà. Au quotidien, on ne voit pas les choses avancer mais avec le recul, on se rend compte qu’on a travaillé. Dans la vraie vie, tout prend plus de temps que prévu, on franchit les étapes comme convenue mais avec quelque mois supplémentaires.

Ambitions. Avant : Monter dans la hiérarchie, pour prendre la direction d’un pays ou d’un établissement, était la suite logique. Ce qui aurait pu être faisable si j’étais restée plus longtemps. Après : Je n’ose pas trop. Nous avons de grandes ambitions mais nous sommes tellemnt dans le quotidien dans un travail très opérationnel que c’est dur de se projeter. On ne sait pas ce que l’on sera dans 5 ans mais c’est passionnant, nous construisons l’avenir de la société.

Réseau sociaux. Avant : Je travaillais surtout le réseau interne pour connaître les projets. J’avais moins d’intérêt à avoir des reseaux forts à l’extérieur. Après : C’est un outil du quotidien. Je m’en sers pour communiquer en interne et à l’externe, développer notre business, faire de la prospection, recruter… C’est une logique de complète ouverture sur le monde.