Bureaux Dynamiques, Co-Working : La Nouvelle Donne Des Espaces De Travail
| Photo Espace co-working Kashiwa-no-ha, Tokyo

Modernisation et transformation obligent : les bureaux se remodèlent aussi. La vogue des ‘open spaces’ perdure, mais ils se réaménagent avec quelques améliorations. Certains grands groupes évoquent le concept de «bureaux dynamiques» pour décloisonner les équipes et le management.

Les bailleurs immobiliers s’y convertissent et les collectivités poussent le co-working.

 

Où et comment mieux travailler ? Les smart-cities ou villes intelligentes montrent la voie. Au Japon, en périphérie du grand Tokyo, la ville nouvelle de Kashiwa-ho-ha, sortie de terre en 2006,  a pris le parti de créer des espaces de travail ouverts. Ils jouxtent un centre de conférence très chic et une annexe de l’université, ainsi qu’un ‘fab lab’ vitrine. Le résultat est intéressant à plus d’un titre : ces espaces sont autant ouverts aux professionnels de passage qu’aux étudiants. L’agencement est confortable, chaleureux et fonctionnel. Ainsi, l’éclairage a été particulièrement étudié, de même que l’ergonomie des fauteuils. Le revêtement au sol insonorise l’espace qui accueille également un choix de salles de réunions et des espaces de détente, et des « corners » avec fauteuils cossus pour s’isoler par petits groupes de 2 ou 3 personnes, ou pour passer des appels téléphoniques.

 

Des salles de réunions à la place de bureaux…

Ce modèle d’espaces de co-working est en train de séduire les entreprises un peu partout dans le monde. Un exemple récent, le pôle tertiaire de PSA Peugeot Citroën à Poissy, qui a pris très exactement ce virage : les bureaux ‘bulles fermées’ ont disparu, remplacés par des petites et grandes salles de réunion. Tout le monde est logé à la même enseigne. Les places ne sont plus attribuées, que l’on soit manager ou assistant. C’est le principe des « espaces de bureaux dynamiques ».  Procédé radical pour décloisonner les équipes de travail !


Des casiers-consignes, verrouillés, sont mis à disposition. Et en fonction de son heure d’arrivée, chacun se place où il veut, où il peut… « On constate simplement que les managers ont tendance à réquisitionner les salles de réunion – ce qui n’est pas illogique », observe un cadre technicien devenu, de facto, très mobile.

 

Economie collaborative et réseau social

Ce modèle fait florès dans les organisations proche des start-up. Les entrepreneurs indépendants de la nouvelle génération s’y retrouvent. Certaines initiatives sont privées, d’autres « mixtes », activement soutenues par les collectivités locales ou chambres de commerce, qui veulent se différencier des programmes d’immobilier classiques.

L’architecture sous-jacente renvoie à la notion d’économie collaborative et de réseau social,  encourageant l’échange, le partage du savoir et l’ouverture à divers horizons différents de son propre métier.

La nouvelle génération des travailleurs  indépendants, liés souvent à des start-up, est acquise à ces solutions leur permettant de ne pas rester isolés à leur domicile et de pouvoir disposer d’un espace de socialisation, équivalent à celui d’une entreprise ou association. Il s’y ajoute donc une dimension d’entraide grâce à un partage d’expertises et de ressources, souvent autour d’évènements et de rencontres.
Certains promoteurs de ces lieux vont jusqu’à évoquer les cafés de Saint-Germain-des-Prés où écrivains et artistes se retrouvaient pour confronter leurs travaux, leurs recherches. Plus prosaïquement, le co-working réduit également le temps passé dans les transports : il favorise le télétravail et le nomadisme, grâce à un accès à des lieux de travail de proximité et la mise à disposition de postes de travail.

Le co-working contribue également à  réduire le temps passé dans les transports en commun. Avec l’émergence du télétravail et du nomadisme, de plus en plus de travailleurs cherchent des solutions pour travailler dans de bonnes conditions non loin de leur domicile.

 

Les ‘hackerspaces’

On cite souvent les ‘hackerspaces’, comme pionniers, comme le C-Base de Berlin, apparu dès 1995 ou des centres communautaires comme la Schraubenfabrik de Vienne (2002), et les ‘coworking spaces’ de San Francisco en 2005.

New-York fait partie des toutes premières métropoles à avoir développé des lieux d’accueil pour des petites équipes ou des travailleurs indépendants. Des concepteurs, des créateurs, des développeurs, des consultants indépendants, des cadres itinérants s’y retrouvent, ayant choisi de travailler dans des espaces ouverts, très conviviaux et financièrement moins onéreux que les locations de bureaux, du type Regus ou Multiburo, également actifs dans les grandes métropoles.

Beaucoup de ces espaces de co-working opèrent comme des campus pour start-up, en procurant des accès wifi, mais aussi des contacts avec des investisseurs, des ‘serial entrepreneurs’ d’horizons divers agissant comme des mentors. Ces lieux constituent donc un terrain fertile pour des échanges directs entre des créateurs d’entreprise, des concepteurs, des développeurs ou designers.

Parmi ces nouveaux « campus » figurent General Assembly à Broadway, New York, (3.000 m2), capable d’accueillir 100 personnes ; ou encore Fueled Collective (2.000 m2), ou encore WeWork Labs.

Parallèlement aux espaces de travail, les initiatives ouvertes à New-York incluent souvent l’accès à des salles de réunion, des salles de téléconférence (sponsorisées par Skype ou Webex…), une bibliothèque, une cuisine et un bar tout équipés, des casiers consignes de rangement et un parking pour les vélos… Le coût commence à 30 dollars par jour, ou 100 dollars pour 4 utilisations par mois ou encore un abonnement mensuel à 300 dollars.

 

Les grandes métropoles s’y mettent

Après Paris, ces nouveaux espaces de co-working gagnent désormais les grandes métropoles. Ces lieux ont d’autant plus de succès qu’ils permettent des échanges informels et des partages d’expérience entre entrepreneurs, par un mixage des profils.

Ainsi, Lyon a lancé l’initiative d’un Webup Space avec la mise à disposition de postes de travail (pour 129 à 189 euros ht par mois), avec un casier ou une armoire de rangement, une connexion internet, une salle de réunion, un espace de détente cafétéria, et un accès 24h/24 et 7 jours/7.

 

Des projets de diverses tailles

La France découvre également des initiatives de partage de locaux, équivalentes à celles de 42 Floors aux Etats-Unis comme « Bureaux à Partager » (BAP).

Certains projets peuvent être plus modestes, mais non moins dynamiques. Ils découlent d’initiatives de collectivités petites ou moyennes cherchant à accueillir des start-up. Ces projets, comme La Fonderie, sont souvent à l’origine de partenariats publics/privés, dans le cadre de projets d’urbanisation ou de réaménagement de quartiers ou de création de zones d’activité, ou dans le contexte nouveau des « villes intelligentes » (smart cities).

Certaines collectivités ont fait le pari de piloter elles-mêmes leurs projets en leur donnant une dimension sociale et solidaire. La ville de Sceaux en est un exemple. Elle s’est rapprochée de l’initiative Up Campus du groupe SOS (Nicolas Froissard), qui s’est notamment développé à Clermont-Ferrand, Lille, Metz, Paris.

Pour son programme « Sceaux Valley », Sceaux (Hauts de Seine) a commencé par mettre en place une plateforme d’échange en ligne -‘Up Sceaux’- qui permet d’accompagner des porteurs de projets en mettant en relation divers acteurs, publics, privés, associatifs, citoyens.

 

Des valeurs, au-delà des mètres-carrés

« L’un des enjeux de ces espaces de coworking, c’est aussi le bien vivre ensemble », par le « faire ensemble », observe Othmane Khaoua, conseiller municipal délégué à l’Economie Sociale et Solidaire, à Sceaux. Un espace de coworking  « Sceaux Smart », de 350 m2, avec possibilité de location de postes de travail, a ainsi été créé de façon associative. Les locaux sont loués à la ville

Des liens ont été noués avec un incubateur-accélérateur pour start-up (« Le Comptoir de l’Innovation »). Un ‘FabLab’ est également à l’étude.

Dans cet état d’esprit,  le co-working devient un levier efficace pour soutenir la création d’entreprise et susciter des initiatives sociales.

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SOURCES

Exemple de coworking à New York

http://thenextweb.com/insider/2011/08/17/the-5-coolest-coworking-spaces-in-new-york-city/#gref