Les femmes sont encore (trop) rares dans le secteur du numérique et la rareté est source de valeur. Les femmes représentent, tous métiers confondus, un peu moins de 28 % des effectifs dans le secteur du numérique[1]. Dans les métiers techniques, leur représentation chute à 16 %. Et les inégalités touchent toutes les classes d’âge !

Côté séniorité et responsabilité, le plafond de verre est en béton armé, avec 88,9% des CIO-DSI qui sont des hommes[2] ; du côté de la nouvelle génération, point d’émancipation, comme le montrent les moins de 10% de jeunes femmes parmi les effectifs de l’école 42.


Vous le valez bien

Ce constat peu reluisant n’est pourtant pas une fatalité. Les mentalités évoluent et la notion de mixité fait sa place. Mixité des genres, mixité des âges, mixité des parcours. Les dirigeant(e)s du numérique murissent. Le recrutement par cooptation a fait son temps et a montré qu’il était insuffisant pour assurer la bonne croissance d’une entreprise.

Face à ces chiffres, nous ne pouvons que conseiller aux femmes de ne surtout pas « subir » ce constat mais bien au contraire d’en faire une force : à l’heure de l’envie d’une diversité plus grande, cette rareté est un atout !

Faites en des tonnes sur vos compétences techniques

Une étude publiée par la revue Peer J montre que le travail des développeuses n’est pas considéré de la même manière que celui de leurs collègues masculins. En effet, sur la base de contributions dont le sexe de l’émetteur n’était pas identifiable, le taux de validation de leur travail mesuré est de 71,8%. Quand le genre est précisé, on tombe à 62,5%…

Comment surmonter ce biais ? En racontant par le menu vos missions passées. Le « Story telling », qui consiste à faire un récit engageant et impliquant de votre expérience, prend ici tout son sens. Exposez précisément et factuellement les enjeux, les objectifs, les difficultés rencontrées, et les solutions mises en œuvre. Chiffrez votre succès. Préparez vos données, documentez vos missions, dans le cadre du travail préparatoire de vos entretiens. Délais, acquisition, KPI, pourcentage de satisfaction client, taux d’engagement, bilan, montrez que le compte est bon.

Ne vous excusez plus, mettez en avant votre Capital Humain

C’est un fait, les femmes s’excusent plus fréquemment, comme le prouve une étude réalisée par l’université de l’Ontario. Un comportement qui tend à s’étendre à toutes les sphères de la vie. D’expérience de recruteur(se), il ne viendrait pas à l’idée d’un candidat de s’excuser par avance d’avoir une famille, d’être trésorier de son club de Quiddich, de préparer le semi-marathon, de gérer un jardin communautaire ou encore d’étudier le chinois. Cela contribue à votre Capital Humain, fait de savoirs, d’expériences et de compétences. Un concept né en 1952 et qui fait partie intégrante de l’œuvre du prix Nobel d’Economie 1992, Gary Becker.

Egalement appelé épanouissement personnel, équilibre vie pro/vie perso, porté haut et fort par des Chief Happiness Officers recrutés à grand bruit ! Votre épanouissement est une force qui contribue à votre productivité. Et il ne s’agit ni d’un effet de mode, ni d’un grand moment d’altruisme du patronat. Le coût de l’absentéisme est estimé à 45 milliards d’€ en France[3]. Un(e) salarié(e) bien dans sa vie vaut de l’or. Les activités et les personnes qui contribuent à votre bien être sont des atouts, et pas des motifs d’auto-dévalorisation.

Prenez de la distance pour booster votre feuille de salaire

Les femmes ont encore culturellement le besoin d’être appréciées, et les mentalités n’évoluent pas assez vite. Lorsque les femmes négocient des augmentations et des promotions avec succès, elles ont 30% de chances d’être qualifiées en interne par les termes « trop agressive » ou « autoritaire ». C’est le résultat de l’étude LeanIn/McKinsey (la fondation de Sheryl Sandberg), menée dans 132 entreprises[4]

Et s’il fallait prendre de la distance avec ces stéréotypes et oser s’affirmer pour mieux gagner sa vie et progresser plus vite ?

Je croise au quotidien des femmes compétentes, créatives, fiables, qui sont des moteurs pour les secteurs de l’innovation. Elles sont indispensables au rayonnement du numérique français !

 

Elsa Brager est Directrice Associée chez Enoa RH Consulting, un cabinet conseil en recrutement spécialisé dans les métiers du digital qu’elle a cofondé avec Céline Mochino & Emilie Roman. Depuis plusieurs années, j’accompagne start-up et grands groupes, et d’innombrables candidats des deux sexes. L’occasion de constater à quel point les comportements divergent. Or les femmes ont toute leur place à prendre dans le secteur du numérique, hautement compétitif et prometteur pour l’avenir. 

 

[1] Etude SYNTEC http://www.femmesdunumerique.com/sites/femmesdunumerique/files/2016_03_08_-_attractivite_des_metiers_du_numerique_et_de_lingenierie_pour_les_publics_feminins_-_rapport_opiiec_-_cp.pdf

[2] https://itsocial.fr/enjeux-it/strategie-enjeux-dsi/dsi/19-de-femmes-cio-dsi/

[3] Alma Consulting

[4] https://womenintheworkplace.com/