De la Toscane à la Vénétie, la banque italienne semble avoir pris un tournant décisif. Le stock de créances douteuses a fortement diminué depuis la mise en œuvre des dernières mesures. Cependant, ces mesures caractérisées par leur hétérodoxie sont arrivées un peu tard, mettant à l’épreuve l’architecture de l’union bancaire. Il est essentiel que les banques continuent d’assainir leurs bilans, afin de pouvoir affronter l’avenir avec solidité.

La présence notable de créances douteuses sur les bilans bancaires a représenté un risque considérable pour la stabilité de la zone euro. La Banque centrale européenne (BCE) a évalué que la baisse de la capacité des banques pour octroyer du crédit à cause de la détérioration de ses comptes a fait contrepoids à ses mesures de relance. Comme a estimé la Banque des règlements internationaux, le déficit de financement de l’économie italienne a été remarquable, similaire à la pénurie existant en Grèce.


Récemment, la Banque d’Italie a montré dans son rapport de stabilité financière que l’augmentation de nouvelles créances douteuses continue sur cette tendance à la baisse initiée il y a plus de trois ans. C’est une bonne nouvelle, mais une analyse plus détaillée comme celle réalisée par l’agence de notation financière canadienne DBRS, montré que malgré le fait que les créances douteuses ont diminué en 2016, ceux dont la qualité est pire, les prêts irrécouvrables, ont augmenté de nouveau. C’est-à-dire, un plus petit nombre de créances douteuses mais d’une pire qualité.

La chute de Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca, deux établissements avec une présence notable de créances douteuses, a conduit à une nouvelle intervention du système bancaire italien. Dans un premier temps, l’Italie a essayé de procéder à une recapitalisation préventive, mais cette option n’a pas fonctionné. Par la suite, les deux banques ont échoué dans leur tentative d’augmenter leur capital. Jouant le rôle d’assureur de dernier ressort, le fonds Atlante pour la recapitalisation des banques, a fini par prendre le contrôle, après l’acquisition des actions destinées à l’augmentation de capital. Cela a conduit à la BCE a déclaré que Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca s’acheminaient vers la faillite, puis le Conseil du Mécanisme de résolution unique, l’un des piliers de l’union bancaire, a pris les choses en main.

Pérenniser la croissance économique

Le Conseil a estimé que la directive pour le redressement et la résolution des banques n’était pas applicable dans ce cas, parce leur faillite n’allait pas mettre en péril la stabilité du système financier. Par conséquent, il était décidé de traiter ces établissements conformément aux règles italiennes en matière d’insolvabilité. Après avoir évalué la situation, la Commission européenne a finalement approuvé l’intervention des banques vénitiennes.

En ce qui concerne l’utilisation de l’argent du contribuable, il convient de rappeler que cela est contraire aux principes des directives européennes applicables. Pour éviter cela, il fallait recourir à une clause des règles italiennes en matière d’insolvabilité, relative à l’intérêt public de l’opération, dans ce cas d’un point de vue régional. À cet égard, Wolfgang Schäuble (ministre fédéral des Finances d’Allemagne jusqu’en octobre) s’est montré surpris de voir que les directives européennes récemment adoptées n’ont pas été appliquées, se souvenant que leur création répondait en partie à la volonté d’empêcher que l’argent des contribuables ne serve à renflouer les banques. La solution trouvée pour les banques vénitiennes pourrait rendre l’Allemagne et d’autres pays réticents à approfondir l’union bancaire dans le futur.

Dans un proche avenir, les banques italiennes devront concilier la réduction du stock de créances douteuses avec le retrait progressif des mesures de relance de la BCE. Pour y arriver, il faudra que la croissance économique soit suffisamment puissante pour compenser l’imminent processus de normalisation monétaire.

En octobre, S&P a relevé la note de la dette souveraine italienne à BBB, en raison de l’amélioration des indicateurs économiques en Italie, bien qu’ils restent modérés. Cette nouvelle est spécialement remarquable si on tient compte du fait que l’agence de notation financière n’avait cessé de dégrader la notation depuis 1988. Cependant, il existe suffisamment de facteurs pour mettre en doute que l’économie italienne soit en train de se réveiller définitivement après des décennies de léthargie. L’amélioration de l’économie répond également à un changement de cycle, donc on ne peut en déduire que les importants problèmes de fond que l’Italie traîne depuis longtemps aient été résolus.

Toutefois, dans les déclarations récentes, Poul Thomsen (directeur du Département européen du FMI) a encouragé à profiter de l’amélioration des perspectives économiques de la zone euro pour que les banques nettoient leurs bilans. Récupérer la santé de ces comptes les renforcerait en vue d’éventuelles contingences futures.


Par Alberto González de Aledo Pérez, BSI Economics