Militante de la cause féministe, Fatima El Ouasdi, 24 ans, en dépit de son jeune âge, œuvre depuis de nombreuses années à la promotion des femmes dans la société et lutte contre le sexisme sous toutes ses formes via son association Politiqu’elles. Avec, en filigrane, la volonté de faire évoluer les mentalités en faisant montre de pédagogie auprès des femmes mais en impliquant également davantage les hommes dans ce combat.

« Je suis de droite et je l’assume ». Le ton est donné et on comprend d’emblée que la langue de bois n’aura pas voix au chapitre tout au long de l’entretien. Le débit est rapide mais les idées structurées. L’occasion de briser rapidement quelques poncifs concernant son assertion initiale qui pourrait faire office, aux yeux de certains, de course effrénée à l’individualisme. « J’ai toujours été investie par le collectif. J’ai tendance à prendre la parole pour les gens, à les représenter et à les aider. Je suis assez altruiste, du moins je le pense ».  Et cette notion du collectif a davantage pris corps – autre « paradoxe » pour les amateurs de clichés – dans les couloirs  de Sciences Po où se façonne l’élite du pays. Au sortir d’études secondaires brillantes et un baccalauréat avec mention très bien, Fatima El Ouasdi intègre la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume. Mais à la différence de pléthore de ses condisciples qui « rêvent » du cursus de politique publique pour ensuite s’ouvrir la voie toute tracée de l’ENA et de la haute administration,  elle choisit le Master  Finance et Stratégie. « La haute administration n’était pas mon ambition. J’aspirais à autre chose, à construire un parcours différent car le monde politique se transforme. Pour être performant il faut construire une société avec des profils variés ».

Joignant les actes à la parole, la jeune femme quitte Paris pour Londres lors de sa troisième année à Sciences Po. Une expérience résolument marquante. « J’ai fait une année au King’s College où j’ai étudié les affaires européennes. Londres est une ville que j’apprécie énormément » narre-t-elle avec une certaine nostalgie, ne feignant pas la déception au moment d’évoquer le Brexit et la sortie du Royaume-Uni du giron européen qui lui « fend le cœur ».  Une expérience qui lui a néanmoins permis de gagner en maturité, même si l’éloignement avec sa famille et ses proches fut une épreuve supplémentaire.  Désireuse de s’inscrire dans le privé avant de se lancer « dans la machine politique » selon ses propres termes, elle passe six mois chez le géant de l’assurance Axa sur divers projets internationaux, mettant pleinement à profit son expérience britannique et son maniement  de la langue de Shakespeare. Elle officiera aussi dans le conseil avant de travailler, plus récemment, comme collaboratrice parlementaire aux côtés du député LREM des Côtes d’Armor, Eric Bothorel.

« Faire évoluer les mentalités chez les hommes mais également chez les femmes »

Une première expérience «  sur le terrain » de la politique mais déjà longue de quelques années dans la bataille des idées. « J’étais encarté UMP à partir de mes 17 ans », ne se cache pas la jeune femme  qui finira néanmoins par quitter l’ancien parti majoritaire en 2015. Quelques années largement suffisantes pour observer certaines pratiques au sein de « l’antichambre » du mouvement mis sur orbite en 2002 par Jacques Chirac et Alain Juppé (entre autres) : l’organisation de jeunesse baptisé les « Jeunes Populaires ». « Cette expérience chez les Jeunes Pop m’a permis de voir de mes propres yeux le manque de diversité et de parité et surtout la propension des femmes à évoluer en retrait. Quand bien même une femme exerçait des responsabilités, le poison de la suspicion s’instillait doucement, certains affirmant sans vergogne qu’elle avait sans doute couché pour réussir », raconte Fatima El Ouasdi. Désireuse de tordre le cou (déjà) à ces poncifs, la jeune femme fonde à 19 ans – « j’avais en tête l’idée un peu plus tôt » précise-t-elle -, avec deux camarades de Sciences Po, l’association Politiqu’elles dont le postulat est le suivant : œuvrer à la promotion des femmes et à la lutte contre le sexisme sous toutes ses formes.

Autre volonté : poser les jalons d’une association mixte. « Cela me semblait être une condition sine qua non pour faire évoluer les mentalités à la fois chez les femmes mais aussi chez les hommes. Ce ne sont pas les femmes qui doivent réfléchir entre elles à comment éradiquer le patriarcat. Il faut convaincre aussi les hommes ».  Et de poursuivre, toujours soucieuse de procéder avec méthode. « Un homme peut être à la fois féministe et favorable à la cause même s’il aura toujours des réflexes sexistes à cause de son éducation, mais je suis convaincue qu’une fois sensibilisé à la cause féministe, on peut s’en détacher », souligne la présidente de Politiqu’elles. Aujourd’hui, 10% des membres des Politiqu’elles sont des hommes.  Si la création de cette structure suscite des moqueries et encore de nombreux clichés, – « au regard de mon parcours on m’a évidemment disqualifié d’office m’accusant de faire du féminisme de droite » -, Fatima El Ouasdi n’en démord pas et fait fi des « trolls », continuant de tracer son sillon au point de faire « sortir » son association des murs de Science Po. Aujourd’hui, Politiqu’elles a tissé sa toile dans plusieurs villes de France, via des antennes locales. « Notre association est transpartisane car pour mener à bien le combat contre le patriarcat, il faut réussir à transcender tous les clivages. Le féminisme ne doit pas être accaparé par la gauche, ce qui est malheureusement le cas aujourd’hui ».

Prises de parole publiques, networking, pédagogie…

Les clichés couplés à l’éclatement de « l’offre féministe » sur le marché pourraient justement brouiller le message commun de toutes ces associations. Comme en atteste l’ordre dispersé planant au-dessus de la marche du 24 novembre contre les violences faites aux femmes. En attendant, Politiqu’elles continue de diffuser son message, en dépit de ces querelles de chapelles ou d’ego, c’est selon. « Nous mettons en place divers événements comme des  prises de parole publiques, des ateliers, networkings, des tables rondes, etc. Nous intervenons sur différents domaines qui n’ont plus rien à voir avec la politique. Nous avons également travaillé sur les cyberviolences et je suis intervenue à l’Assemblée nationale sur la haine en ligne. Nous abordons tous les sujets à partir du moment où cela concerne l’égalité femmes-hommes ».  Si Fatima El Ouasdi ne s’interdit pas de faire de la politique « en première ligne » un jour, elle continue, pour l’instant d’arpenter énergiquement le terrain, et échange régulièrement avec le cabinet de la ministre en charge de ces questions au gouvernement, Marlène Schiappa. « En ce moment, je travaille sur la thématique de la prostitution des jeunes filles dans les quartiers sensibles. Nous avons à faire à un véritable proxénétisme de masse dans certains quartiers. C’est terrifiant ».

Fatima El Ouasdi intervient également auprès de classes de lycées défavorisées,  comme relaté au sein du documentaire  « Yolove » réalisé par Lisa Azuelos et Laure Gomez Montoya, où elle œuvre encore et toujours à briser les clichés sexistes et autres idées reçues sur la place des femmes dans la société. « Je fais toujours attention à faire montre de pédagogie en leur évoquant des éléments de leur culture, comme Kim Kardashian, qui est une vrai icone féministe sur certains sujets, ou encore Jeremstar par exemple », sourit la jeune femme dont le sacerdoce est d’œuvrer à l’émergence d’une nouvelle génération de militantes féministes. « Ces rencontres sont formidablement enrichissantes pour moi et pour eux également. Nous arrivons à créer du dialogue et je représente une forme d’espoir pour eux quand ils apprennent que j’ai fait Sciences Po, par exemple », développe Fatima El Ouasdi, les yeux brillants. Car il n’est jamais trop tôt pour ferrailler contre le sexisme et battre en brèche les clichés.