Elle est la première femme diplômée de Sup’Aéro. Annie Combelles commence sa carrière en 1973, dans l’aéronautique. En 1989, changement de cap, elle crée un cabinet de conseil, renommé Inspearit en 2011, à la suite de plusieurs phases de cessions-acquisitions. Avec un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros en 2017, et une croissance de 16% entre 2016 et 2017, dont 22% en France, elle peut se targuer d’être la femme qui transmet le lean, l’agile et accompagne la transformation numérique dans les entreprises. Vu le marché et son succès, elle prévoit 25% de croissance en France en 2018.

Elle ne se défait pas d’un large sourire, une bonne humeur franche et contagieuse. Enthousiaste, Annie Combelles est aussi une femme qui ne lésine pas sur la rigueur. Diplômée de Sup’Aéro, elle commence sa carrière en 1973 dans l’aéronautique avant de créer un cabinet de conseil en 1989, après avoir passé quinze ans dans des grands groupes (Airbus, Thalès et le CEA). « Ca ne date pas d’hier ! » lance-t-elle amusée. « Nous aussi, nous avons pivoté, même si à l’époque nous n’utilisions pas ce terme-là. » Renommé Inspearit en 2011 à la suite de plusieurs cessions-acquisitions, le cabinet a donc « pivoté  des processus vers l’agilité » et affiche en 2017 une croissance de 16%, dont 22% en France.

« Pesanteur insupportable »


« Nous nous consacrons à la transformation des organisations, notamment sur le volet humain. Quand on aide des dirigeants à injecter un peu d’esprit start-up dans leur entreprise, il est indispensable de les aider à penser différemment, à comprendre différemment, à prendre des décisions différemment. » Que propose donc de si « différent » ce cabinet de conseil ? Quatre grandes thématiques agitent Inspearit : la transformation « agile », le management « lean », la cybersécurité et la transformation digitale. « Plus j’avançais, et plus je trouvais que les grands groupes étaient d’une lenteur et d’une pesanteur insupportable. C’était beaucoup trop pyramidal pour moi », se souvient Annie Combelles qui explique avoir délaissé les grandes structures pour leur inculquer, de l’extérieur, une autre manière de voir.

La transformation des organisations représente d’ailleurs 70% de l’activité du cabinet de conseil Inspearit : « transformer les métiers et les fonctions support afin d’être plus agile, l’optimisation du parcours client, et de plus en plus, le support à l’innovation avec de l’intrapreneurship, de l’accompagnement et de l’acculturation. » Rien d’étonnant à ce que la demande augmente : l’open innovation, ou l’intégration de start-up dans les grands groupes, est un nouvel et crucial enjeu pour les entreprises si elles souhaitent continuer à innover. Problème, intégrer de petites structures ultra flexibles dans des structures coutumières des « process » peut-être déstabilisant des deux côtés.

Apprendre en marchant

Mais les entreprises ont parfois du mal à s’en rendre compte, comme l’explique Annie Combelles : « avec le design thinking, il n’y a rien de compliqué, car ce n’est que de la maïeutique humaine. Les entreprises se disent : on va faire cela tout seul. En fait, cela demande un facilitateur. » C’est donc dans cette posture de facilitateur que s’impose Inspearit. « Nous faisons des ateliers, plus que des formations, car il est plus efficace d’apprendre en marchant. »

Avec 150 consultants, dont une grosse moitié en France et le reste en Hollande, en Italie et en Chine, Inspearit se déploie à l’étranger depuis 1999 en prenant soin d’intégrer les particularités de chaque pays. Par exemple en Hollande, la moitié du chiffre d’affaires est réalisé grâce à la formation. « La culture y est très différente : un employé consacre au moins cinq jours par an à sa formation », indique l’entrepreneure.

Depuis toujours femme dans un univers masculin – l’aéronautique puis le conseil et l’entrepreneuriat – Annie Combelles a un avis bien tranché sur la question. « Je n’ai jamais été féministe », déclare-t-elle. « Ce qui ne m’empêche pas d’être mentor dans une association de femmes. » Elle a pu le remarquer au fil des ans, les hommes et les femmes ont des manières différentes d’entreprendre. Selon elle, « beaucoup de femmes se lancent car elles veulent avoir un business en adéquation avec leurs valeurs et ne cherchent pas à inonder la planète avec leurs produits ou services ». Autre constat : « les femmes s’associent peu car elles ont peur de se faire piquer une idée ou de se faire avoir. » Pour Annie Combelles, ce dernier point expliquerait en grande partie pourquoi les femmes développent des entreprises au chiffre d’affaires plus restreint que celui des entreprises lancées par des hommes.  « C’est un frein au développement car on ne peut pas être au top 365 jours par an. »