Les grands groupes souhaitent employer des méthodes flexibles pour innover rapidement comme le font les start-up avec leur agilité numérique. Ils partent aujourd’hui à la conquête de cet écosystème. Et cet intérêt ne déplaît pas aux jeunes pousses.

Dans une bataille, les deux « irréductibles Gaulois » Astérix et Obélix ont des qualités bien distinctes : le premier est rapide, le second est fort. Cette complémentarité est recherchée par les grandes entreprises et les start-up. Elles commencent à prendre l’habitude de collaborer ensemble pour se nourrir des atouts de l’autre. « Pour les plus grandes entreprises mondiales, l’innovation n’a jamais été plus cruciale, ni plus complexe ». Ce constat était posé en 2015 par l’étude mondiale The innovation game: why and how businesses are investing in innovation centers, réalisée par Brian Solis de Altimeter.


« Les entreprises, confrontées à un modèle de R&D [recherche et développement, Ndlr] traditionnel perçu comme obsolète, rencontrent beaucoup de difficultés pour innover, poursuivait le rapport. Les équipes de R&D sont mal outillées pour relever le défi du ”Darwinisme numérique”. » Pour avancer plus vite, les grands groupes ont compris l’importance de travailler avec les start-up, ces petites structures dont l’innovation est la raison d’être, et dont le modèle est l’ultra-flexibilité. L’open innovation, ou innovation ouverte, apparaît comme une solution adaptée au chambardement imposé par le numérique.

L’open innovation est conceptualisée en 2003 par Henry Chesbrough, enseignant à la University of California, dans son ouvrage Open innovation : The new imperative for creating and profiting from technology (Harvard business school press). L’idée est d’appliquer à l’innovation ce qui se pratique déjà en informatique : l’open source et l’open data. Les grandes entreprises sont invitées à s’enrichir d’idées internes et externes, voire à ne pas jalousement conserver leurs pistes de recherche. Dans le numérique, les idées germent souvent chez les jeunes pousses. Les grands groupes l’ont bien compris, et chacun met en place sa stratégie pour ne pas passer à côté de l’innovation.

Chez EDF par exemple, cet intérêt pour les start-up s’exprime de plusieurs manières : le soutien, la collaboration, la co-innovation et l’intrapreneuriat. Depuis 2014, pour soutenir les start-up, EDF propose le concours EDF Pulse. Les meilleures innovations dans le domaine de l’énergie sont primées par un jury composé d’experts d’EDF et de personnalités reconnues. Les lauréats bénéficient ensuite d’une dotation financière et d’une campagne de communication. En interne, les salariés d’EDF sont accompagnés dans leurs démarches intrapreneuriales. Ce néologisme qualifie la création de start-up en interne. En octobre dernier, EDF a lancé Sowee, une station connectée qui permet de piloter son chauffage. De son côté, la plate-forme Pulse & You invite les clients à participer à un laboratoire d’innovation participatif. Les citoyens peuvent tester en avant première des innovations mises sur pieds par les start-up soutenues par EDF. Enfin, l’open innovation est désormais rattaché à la nouvelle plate-forme Innovation Hub, dont le principal objectif est d’accélérer et intégrer les meilleures solutions. Les start-up identifiées par les équipes peuvent bénéficier d’un investissement du fonds EDF Electranova Capital et/ou travailler avec l’entreprise. Pour EDF, l’intérêt est de s’ouvrir à plus d’agilité.

Pour les grandes entreprises, investir dans une start-up, l’accompagner ou travailler avec elle n’a rien d’un acte de charité. C’est avant tout un moyen de rester dans la course effrénée du numérique, d’innover sans les lourdeurs procédurales internes et d’explorer de nouvelles technologies. Pour les start-up, l’intérêt est de bénéficier de l’implantation de la grande entreprise, à savoir son assise économique, son réseau, son matériel, et ses experts.« La très grande majorité des start-up interrogées estime que la collaboration avec un grand groupe est favorable, voire indispensable, indiquait une étude de FaberNovel (2014), ‘Quelles relations entre startups et grandes entreprises ?’. 93 % des sondés ont déjà noué de telles relations qui leur apportent une meilleure crédibilité, un accès au marché facilité et un gain de visibilité sur leur chiffre d’affaires. En revanche, plus du quart (26%) des start-up interrogées ne sont pas pleinement satisfaites de ces relations. Première cause, la barrière constituée par la complexité d’organisation des grands groupes, qui freine les prises de contact (55%). »

Depuis 2014, les grandes entreprises ont toutes mis l’accent sur l’open innovation. Certaines se dotent même de radars à start-up. La Société Générale a, par exemple, annoncé la création d’une encyclopédie collaborative pour permettre aux salariés d’y noter le nom des start-up intéressantes qu’ils rencontrent. Les start-up ont de leur côté bien perçu le filon. Yoomap aide les grands comptes à structurer leur stratégie d’open innovation grâce à des logiciels spécialement conçus.