Elles sont avocates et partagent à travers leur métier un incroyable engagement pour la cause des femmes. A l’instar de Ruth Bader Ginsburg qui a profondément changé le paysage juridique de l’Amérique au profit des droits des femmes en siégeant à la cour suprême, Gisèle Halimi qui s’est éteinte en juillet dernier, Amal Clooney, Shirin Ebadi et Gloria Allred font entendre la voix de la justice dans la lutte féministe. Retour sur leurs combats “en robe” à l’occasion de la journée internationale de la femme du 8 mars.

 

Passionnée comme Gisèle Halimi 

Après des études de droit à Paris, Gisèle Halimi s’engage, se bat, et gagne des procès pour des causes féministes presque perdues en 1970. Son fait d’arme le plus célèbre, avec le « procès Bobigny » (novembre 1972), est d’avoir contribué à la dépénalisation de l’avortement en France ; mais aussi son procès aux assises d’Aix-en-Provence (1978) pour faire reconnaitre le viol de deux campeuses qui permettra de faire voter la proposition de loi sur le viol en 1980. Elle remplacera la précédente loi, qui perdurait depuis Napoléon Bonaparte : le viol sera désormais reconnu comme un crime, et non plus un délit.

 

Brillante comme Amal Clooney

Au St Hugh’s college d’Oxford, les étudiants la surnommaient déjà « Juste Cause ». Issue de la grande bourgeoisie libanaise, Amal Alamuddin a fui la guerre avec ses parents et a grandi en Angleterre. Celle qui a défendu Loulia Tymochenko (ex-Première ministre ukrainienne emprisonnée dans son pays) n’a pas attendu son mariage avec Georges Clooney pour mettre à contribution son métier au service de grandes causes humanitaires : depuis 2016, elle se bat pour que justice soit rendue aux Yézidis, une minorité kurdophone d’Irak, en faisant entendre la voix de ces  victimes (des femmes réduites en esclavage par l’Etat islamique) du terrorisme.

 

Combative comme Shirin Ebadi

Première femme juge d’Iran (en 1974), elle a été « rétrogradée » secrétaire à la suite de la révolution iranienne de 1979, avant de se battre pour devenir avocate. Incarcérée, isolée plusieurs fois, celle qui a été récompensée par le prix Nobel de la paix incarne depuis des années la détermination et le courage de toutes celles, intellectuelles renommées, militantes féministes mais aussi Iraniennes anonymes, de plus en plus nombreuses, qui s’opposent aux diktats et à la terreur du régime de Téhéran. Exilée depuis 2009, Shirin Ebadi défend l’idée que l’islam est compatible avec la démocratie, à condition que la religion reste dans la sphère privée.

 

Résiliente comme Gloria Allred

Avocate américaine, spécialisée dans les droits des femmes et plus largement dans les droits civiques Gloria Allred s’est très tôt illustrée dans son combat contre le harcèlement sexuel, et plus globalement contre le patriarcat et son système d’oppression sur les femmes. Elle-même victime de viol, la jeune femme enseignante et issue d’un milieu modeste a décidé de retourner sur les bancs de la faculté pour y décrocher son diplôme d’avocate. Aujourd’hui véritable icône féministe ultra médiatique, elle s’attaque aux puissants en particulier dans l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel : elle a défendu les victimes de l’acteur Bill Cosby, du chanteur R. Kelly ou encore la famille de Nicole Brown Simpson, contre O.J. Simpson. Avocate de deux victimes d’Harvey Weinstein, elle a déclaré à l’annonce de sa condamnation (mars 2020) : « désormais si vous êtes une personnalité éminente, n’attendez rien d’autre qu’une justice équitable.»

 Un film documentaire « Gloria Allred : l’avocate des femmes » re-trace tout son incroyable parcours, disponible sur netflix.

 

Exceptionnelle comme Godeliève Mukasarasi

Exceptionnelle -dans cette liste- déjà parce que Godeliève Mukasarasi n’est pas avocate mais travailleuse sociale au Rwanda.  Cette dernière a fondé à la suite génocide des tutsis en 1994 un groupe appelé SEVOTA, pour aider et soutenir les femmes veuves, où certaines ont été mutilées ou/et ont été volontairement contaminées du virus du sida par leurs agresseurs. Son mari tutsi et leur fille seront tués par une bande armée en 1996. Distinguée par de nombreux prix, dont l’International Women of Courage Awards elle a développé une méthode pour venir en aide aux victimes de violence sexuelle en engageant ces dernières à dialoguer entre elles et s’entraider. Une reconstruction par la parole qui porte ses fruits depuis 25 ans.

 Un documentaire « Rwanda, la vie après – Paroles des mères » lui est consacré et disponible sur vimeo.

 

Et les autres… Force Juridique pour les femmes

Des femmes iconiques et bien d’autres moins connues agissent en faveur des droits des femmes. L’association « Force Juridique » soutenue par la Fondation des Femmes réunit des professionnels du droit bénévoles (avocates et juristes) mettent le droit au service des associations dédiées à la défense des droits des femmes, pour « faire avancer l’état du droit et de la jurisprudence sur les violences sexistes et lutter pour une égalité effective entre les femmes et les hommes ».

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