En France, 21 % des ingénieurs sont des femmes. 13 % aux États-Unis. Ces chiffres, alarmants, donnent souvent lieu à des réactions fatalistes et “clichées” : “C’est un milieu d’hommes”, “Les femmes préfèrent de toute façon les études moins techniques”, “Et alors, on ne va tout de même pas réinstaurer la discrimination positive ?”…

 


Et s’il était possible de changer les choses ? Et s’il était possible de rendre le milieu ingénieur paritaire ? Et s’il était possible de redonner aux femmes le goût des études d’ingénieur ?

Nous sommes en tout cas sur la bonne voie. Depuis quelques années, les consciences s’éveillent et les médias mettent de plus en plus en lumière les scandales de harcèlement, notamment, liés au milieu ingénieur. Mais est-ce bien suffisant ?

Peut-être doit-on retourner à la source du problème.

Dès le plus jeune âge, le rapport aux matières scientifiques est très différent selon les genres

Pourquoi les filles, en études supérieures, sont-elles surreprésentées dans les filières littéraires, et les garçons dans les filières scientifiques ? Ces choix sont conditionnés dès le plus jeune âge, à grand renfort de stéréotypes plus ou moins conscients : “Les maths, c’est pour les garçons”, “les garçons sont plus forts en maths que les filles”… Quelle fille n’a jamais entendu cela ? Ces idées préconçues ont la peau dure, mais n’ont aucun fondement scientifique. Et pourtant, de génération en génération, elles persistent, restent omniprésentes à l’école, et affectent les filles, dès le plus jeune âge.

Notamment, en ce qui concerne les mathématiques, la performance des femmes peut être affectée par cette fausse idée que les hommes sont meilleurs : lorsque le genre est mis en avant, la performance des femmes est moindre, justement parce qu’elle sont renvoyées à ce statut même de femme. Beaucoup reconnaîtront ce phénomène, mais très peu pourront le nommer : c’est la “menace du stéréotype”, et c’est une des raisons qui explique les disparités de genre en école d’ingénieur, où l’égalité ne devrait, à ce rythme, n’être atteinte qu’en 2075 !

 

 

Une fois en école d’ingénieur, les difficultés, malheureusement, continuent

28% des étudiants en école d’ingénieur sont des femmes. Pourtant, celles-ci ne représentent que 21% des ingénieurs professionnels. Cela signifie que, de la même manière qu’aux États-Unis, 33% des étudiantes ne deviennent pas ingénieures. Comment expliquer cet écart considérable ? Comme nous l’avons dit, beaucoup pointent du doigt un environnement encore très sexiste, où les femmes ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur. Souvenez-vous de la campagne “I look like an engineer”, qui dénonçait les préjugés liés aux femmes ingénieures ! Et n’oublions pas que 61% des ingénieures ont déjà été discriminées à cause de leur genre (32% plusieurs fois, 29% une seule fois). Ces chiffres ahurissants nous donnent donc un premier élément de réponse à la question de savoir pourquoi les étudiantes ingénieures ne travaillent pas dans le milieu…

De nombreuses initiatives voient le jour pour tenter de contrer ce problème de sous-représentation

Un des enjeux du secteur est donc d’amener les filles à étudier en école d’ingénieur, et d’éduquer les ingénieurs déjà diplômés. Les habitudes auront toujours la vie dure, et ce dernier point est donc primordial pour réussir à faire évoluer les choses et combattre le sexisme ordinaire (qui existe, au demeurant, dans la majorité des secteurs professionnels).

Parmi les projets, que nous pouvons citer : Ingénieuses, en France, qui promeut les formations d’ingénieur auprès des femmes, Code Like a Girl, aux États-Unis, qui œuvre pour la promotion des métiers de l’informatique, ou, en Egypte, Ou est la Femme ?, qui dénonce la sous-représentation des femmes dans les STIM (Science, Technologie, Ingénierie, Mathématiques).

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Tribune par Camille Richer