Ça y est, le 50e anniversaire d’Apollo 11 est passé. Même si d’autres humains retournent sur la Lune, ce ne sera pas pour retourner sur les sites d’alunissage des missions Apollo. La prochaine aventure sur le sol lunaire s’effectuera en terra incognita.

Le programme Artemis prévoit d’envoyer deux astronautes (un homme et une femme) sur la Lune d’ici 2024, soit 52 ans après Apollo 17, la dernière mission avec équipage vers le satellite de la Terre en 1972.


Mais l’objectif d’Artemis n’est plus de planter un drapeau américain sur la Lune. Cette mission a une vocation scientifique. Nous allons en apprendre plus avec Leonard David, ancien journaliste spécialisé dans les questions spatiales et auteur de Moon Rush : The New Space Race (publié par National Geographic), un ouvrage sur les objectifs scientifiques qu’un équipage devrait remplir sur la Lune avant 2024.

 

Y a-t-il beaucoup de choses que nous ignorons sur la Lune ?

« Il ne suffit pas de quelques visites sur la Lune pour la connaître parfaitement. De nombreux mystères demeurent quant à cet astre, notamment sur son origine », explique Leonard David.

L’une des principales questions concerne l’analyse des roches lunaires magnétisées, rapportées par les astronautes des missions Apollo. « La Lune devait avoir un champ magnétique global il y a au moins 4,25 milliards d’années », précise le journaliste, insistant sur le fait qu’une nouvelle mission sur la Lune, avec de nouveaux outils, pourrait nous permettre de reconstituer les débuts du satellite.

« Selon moi, de nombreuses surprises nous attendent encore sur la Lune, des découvertes scientifiques qui pourraient non seulement nous éclairer sur son origine, mais également nous aider à mieux comprendre la formation de la Terre, notre Système solaire, et nous donner des indices sur l’existence d’exoplanètes ».

 

À quel endroit sur la Lune les astronautes de la mission Artemis devraient-ils atterrir ?

Leonard David estime que la NASA, ainsi que d’autres agences spatiales nationales et le secteur privé s’intéressent sérieusement à retourner sur la Lune. L’équipage d’Artemis mettra certainement les pieds là où aucun humain ne s’est rendu auparavant, comme le pôle Sud de la Lune. « L’emplacement est clef. La Lune présente de nombreux sites qui pourraient rapidement être appropriés par certains pays. […] Du point de vue exploratoire, le pôle Sud de la Lune a déjà été identifié comme un emplacement idéal pour un avant-poste lunaire, similaire à une base antarctique ».

L’objectif de la NASA est bien le pôle Sud de la Lune, et en particulier un grand cratère dont les bords sont presque toujours exposés à la lumière du soleil, tandis que son intérieur est constamment plongé dans l’ombre. « Le cratère Shackleton apparaît comme un candidat pour les premières explorations du pôle Sud de la Lune. Il présente une exposition solaire prolongée et un accès potentiel à de l’eau sous forme de glace ».

 

Que vont chercher les astronautes ?

C’est précisément cette eau glacée qui est l’objet de toutes les convoitises. « D’un point de vue scientifique, un retour sur la surface lunaire avec à la fois des robots et des humains pourrait permettre de trouver ces réserves potentielles de glace aux pôles de la Lune », déclare Leonard David.

« Les hypothèses sont nombreuses quant à ce qui se trouve dans ces cratères lunaires isolés de la lumière du Soleil, et il est maintenant temps d’y envoyer des appareils robotisés afin de commencer l’inspection de ces points d’eau potentiels. À quel point ces sources lunaires sont-elles accessibles ? Quelle forme et quelle consistance cette eau prend-elle ? Serait-il économiquement intéressant d’utiliser cette ressource potentielle pour la transformer en oxygène, en eau potable et en ergol [un carburant utilisé pour les fusées, NDLR] ?

La NASA est déterminée à avoir une « présence prolongée sur la Lune d’ici 2028 ». Toute base lunaire (comme le Village lunaire de l’Agence Spatiale Européenne) devrait certainement être installée au pôle Sud de la Lune.

 

Pourquoi ne pas simplement envoyer des sondes spatiales ?

Depuis les missions Apollo, les agences spatiales se reposent largement sur des robots pour explorer l’espace, à l’exception des astronautes présents dans la Station spatiale internationale. Est-il donc vraiment nécessaire d’envoyer des humains sur la Lune à nouveau ? « J’appelle ça “l’humanisation” de l’espace, un mélange de robots, d’intelligence artificielle et de compétences humaines. Au fur et à mesure que nous ferons évoluer nos robots scientifiques, nous comprendrons le rôle que les astronautes peuvent jouer sur la Lune ».

Leonard David ajoute que les robots lunaires se développent lentement, mais que la télérobotique semi-autonome modifiera la capacité des explorateurs humains à interagir avec l’inconnu.