Que se passera-t-il si la COP26 échoue ? Quelles seront les conséquences si la communauté internationale ne parvient pas à se mettre d’accord pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et la hausse des températures ? Les enjeux de la COP26 sont énormes.


 

La semaine dernière, WoodMac a publié ses nouvelles Perspectives de transition énergétique (Energy Transition Outlook, ETO). Ce rapport projette la demande et l’offre d’énergie mondiale dans tous les secteurs jusqu’en 2050. Il s’agit d’un modèle intégré ascendant qui prévoit la demande d’énergie par secteur pour chaque pays et l’offre d’énergie, de métaux et de produits en vrac pour y répondre à partir de la base de données d’actifs de WoodMac.

Ce rapport permet donc de modéliser les conséquences d’un échec de la COP26, c’est-à-dire si la communauté internationale ne parvient pas à imposer des normes pour lutter contre le changement climatique. Le modèle part du principe que les politiques et les technologies continueront à « évoluer » comme elles le font actuellement. D’après les résultats, les nations, les industries et les populations s’efforceront de réduire les émissions de GES et y parviendront jusqu’à un certain point. Cependant, les résultats sont inégaux : les avancées les plus faciles seront réalisées, mais les problématiques plus complexes ne trouveront aucune ou peu de solutions.

Ainsi, les efforts pour ralentir le réchauffement climatique ne seront pas assez importants ni assez rapides.

Selon les résultats des ETO, en cas d’échec de la COP26 le monde se dirigerait vers une augmentation des températures de 2,7 °C. Avec la reprise économique mondiale, les émissions de CO2 liées à l’énergie ne diminueront pas, bien au contraire : elles augmenteront au cours des cinq prochaines années pour atteindre un nouveau pic de 34 milliards de tonnes en 2026.

Le lent développement de carburants à faible teneur en carbone et de nouvelles technologies signifie que les émissions de CO2 atteindront encore 25 milliards de tonnes en 2050, soit une baisse de seulement 9 milliards de tonnes par rapport à 2026. On est donc loin de l’objectif zéro émission en 2050.

Les résultats des ETO sont étroitement alignés sur ceux de l’ONU et de son Rapport 2021 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions, rapport publié le 26 octobre dernier.

Si la COP26 échoue, l’on risque de ne pas atteindre l’objectif fixé par l’Accord de Paris sur le climat, à savoir « une température bien inférieures à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et la poursuite des efforts pour limiter l’augmentation à 1,5 °C. »

Toujours selon le modèle de WoodMAc, en cas d’échec de la COP26, le monde dépendra des combustibles fossiles pour les prochaines décennies. Les hydrocarbures seront encore présents : ils devraient représenter 70 % de l’énergie en 2050, soit une légère baisse par rapport aux 80 % actuels. La demande de pétrole plafonnera avant d’entamer un lent déclin au milieu des années 2030. La demande de gaz, en revanche, continuera d’augmenter dans les années 2040, alimentée par la croissance économique asiatique. Les investissements dans l’industrie du pétrole et du gaz devront être importants, avec 12 000 milliards de dollars de fonds consacrés à la mise en place de nouveaux approvisionnements jusqu’en 2050.

Par ailleurs, le déploiement de l’ensemble des technologies à faible émission de carbone sera lent. Quant à l’électrification du monde, elle sera couronnée de succès : la part de l’énergie solaire et éolienne dans la production mondiale d’électricité passera de 10 % aujourd’hui à 48 % en 2050. Cependant, la transition dans le domaine de l’énergie posera également des défis majeurs, notamment concernant la fiabilité du réseau et la volatilité des prix dans les systèmes dominés par les énergies renouvelables, ainsi que la décarbonisation des « derniers 30 % » de la production coûteuse reposant encore sur le charbon et le gaz.

Le coût des batteries franchira la barre fatidique des 100 dollars/kWh en 2024, ce qui permettra aux véhicules électriques (VE) d’être plus compétitifs. Le parc national de VE atteindra les 877 millions de véhicules en 2050, soit 50 % du parc total de véhicules légers. Les VE, ainsi que d’autres véhicules de transport à faibles émissions de carbone, remplaceront les 22 millions de barils par jour de la demande de pétrole d’ici 2050, en supposant que les 5000 milliards de dollars d’investissements nécessaires pour la recharge des VE soient réalisés.

Les coûts de l’hydrogène vert reflèteront ceux des énergies renouvelables au cours de la dernière décennie, avec une baisse de 75 % d’ici 2050. Le coût de l’hydrogène bleu enregistrera une baisse plus modeste de 8 %. La capacité de production de l’hydrogène à l’échelle industrielle n’arrivera pas avant les années 2040. Il en va de même pour la capacité de captage et de stockage du carbone.

Les technologies à faible émission de carbone seront encore en pleine croissance et les possibilités d’investissement seront nombreuses. Selon les ETO, jusqu’en 2050, 32 000 milliards de dollars seront investis dans ces technologies ainsi que dans les infrastructures pour les produire. Toutefois, les possibilités d’investissement seraient nettement plus importantes si la COP26 parvenait à maintenir le cap de l’Accord de Paris sur le climat.

Les technologies de la transition énergétique, du moins la plupart d’entre elles, sont déjà là, en attente de développement et de commercialisation. Une transition énergétique ordonnée est donc essentiellement une question d’investissement. La mobilisation des capitaux dépend de la mise en place de politiques claires et de tarifs appropriés.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Wood Mackenzie

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