Selon une déclaration de la société, Vladimir Potanin (la plus grosse fortune de Russie) géant de l’exploitation et de la transformation du nickel et du palladium, aurait eu une conversation « franche » avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la fuite massive de carburant dans la rivière Ambarnaya à la fin de la semaine dernière.

Le milliardaire s’est retrouvé dans la ligne de mire du président alors que la Russie délègue le coût et la logistique de la dépollution au géant industriel responsable de la fuite de diesel.  Les dégâts ont été causés lors de l’effondrement d’un réservoir dans une centrale électrique située à l’extérieur de la ville de Norilsk, dans le nord du pays. La rivière à proximité s’est retrouvée inondée.


Depuis l’annonce de l’incident la semaine dernière, le président russe a, à peine, dissimulé sa frustration après qu’une filiale de Norilsk Nickel (appartenant au milliardaire) a traîné les pieds pour révéler les détails à propos des 21 000 tonnes de diesel déversé. Le Kremlin n’aurait pas été prévenu et aurait appris la nouvelle à travers des images de la rivière désormais rouge partagées en ligne.

Marée noire
Un barrage flottant est installé pour limiter la propagation de la pollution pétrolière suite à une fuite massive de carburant dans la rivière Ambarnaya, à l’extérieur de Norilsk, le 10 juin. Source : Getty images.

Dans ce que le Moscow Times décrit de « reproche inhabituellement sévère » diffusé à la télévision russe, Vladimir Poutine demande à Sergei Lipin, chef d’une filiale spécialisée dans le carburant de Norilsk Nickel, NTEK, « Pourquoi les agences gouvernementales apprennent-elles les faits uniquement deux jours plus tard ? Allons-nous être informés des situations critiques sur les réseaux sociaux ? »


Le président russe a ajouté, « Etes-vous plutôt en bonne santé là-bas ? » dans des remarques susceptibles d’être interprétées de plusieurs façons. Forbes Russie a rapporté que l’ingénieur en chef de la centrale electro-thermique appartenant à Norilsk Nickel et le directeur ont été détenus et suspectés d’avoir enfreint des réglementations environnementales. Ils pourraient encourir cinq ans de prison.

Ayant déclaré un état d’urgence, le président russe surveille attentivement les mesures prises pour arranger la situation et limiter les dégâts de la marée noire.

Dans une déclaration publiée lundi soir, Vladimir Potanin a affirmé que sa société avait « mobilisé » ses meilleurs éléments et a promis de financer entièrement l’opération de dépollution afin de ramener l’écosystème à la normale. « Je vous le dis simplement en tant qu’individu qui le prend à cœur et non en tant qu’homme d’affaires, » affirme-t-il.

Que s’est-il passé ?

La crise a débuté lorsqu’un réservoir diesel a soudainement fuit en raison de la fonte du permafrost. Le service météo de BBC (BBC Weather) a rapporté des températures dans le Cercle Arctique atteignant un « stupéfiant 30°C » cette semaine. Ce phénomène a, par la suite, causé le dégel du permafrost qui demeurait à 0°C (32°F) ou moins jusqu’ici. Un grand nombre d’équipements industriels a été construit sur ces zones en Russie.

Ce déversement est considéré par le parti écologiste russe comme un des pires dans l’histoire de l’Arctique alors qu’au Royaume-Uni, Frédéric Coulon, professeur de chimie environnementale et de microbiologie à l’université de Cranfield, compare le désastre à celui d’Exxon Valdez (1989) en Alaska.

Coulon confie à Forbes qu’il est très difficile d’évaluer la dépollution d’une marée noire si un nombre de facteurs ne sont pas contrôlés, notamment, le type de pétrole qu’il décrit dans ce cas « d’extrêmement mobile ». Et la « caractérisation physique, biologique et économique de l’emplacement de la fuite, les conditions climatiques, la quantité déversée et le taux de déversement, le moment de l’année et l’efficacité de la stratégie de dépollution ».

Cependant, Coulon poursuit en affirmant que d’autres fuites de carburant peuvent être utilisées en tant qu’indicateur de comparaison. La marée d’Exxon Valdez par exemple, lorsqu’un pétrolier d’Exxon Shipping Co., en direction de Long Beach en Californie, a frappé le récif Bligh dans la baie du Prince William en 1989, près de l’Alaska, déversant 37 000 tonnes métriques de pétrole brut, coûtant à Exxon l’énorme somme de 4,3 milliards de dollars.

Selon Mark A.Cohen dans une étude de 2010 A Taxonomy of Oil Spill Costs, les coûts de dépollution de 2,1 milliards de dollars et « l’accord civil / pénal » aux États-Unis et en Alaska d’« au moins 900 millions de dollars » s’élevait à la plus grande part du total de 4,3 milliards de dollars.

Forbes Russie rapporte que Vladimir Potanin a parlé au président russe de la somme totale des coûts estimés des dégâts valant des « milliards et des milliards… 10 milliards ou plus… nous dépenserons autant que nécessaire, » dit-il. Cependant, 10 milliards de RUB dépasse légèrement 145 millions de dollars, et sonne quelque peu optimiste même s’il exclut les amendes possibles.

Selon la liste en temps réel des milliardaires de Forbes, un seul jour a suffi pour faire baisser la valeur nette estimée de Vladimir Potanin de 1,6 milliard de dollars. Lorsque l’ampleur du désastre a été révélée, la valeur a chuté de 26,5 milliards le 3 juin à 24,9 milliards le lendemain suite aux réactions des marchés.

Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine préside une réunion sur les conséquences d’une fuite de carburant dans la région de Krasnoïarsk, par téléconférence. Source : Getty images.

Vladimir Potanin a déclaré que Norilsk financera entièrement les opérations de dépollution et ramènera l’écosystème à la normale. L’oligarque, valant désormais 25,1 milliards de dollars, est bien connu aux cotés de Mikhail Fridman. Ces derniers figurent parmi les leaders économiques aptes à avoir mieux géré la transition du président Boris Yeltsin à Vladimir Poutine et la révolte industrielle suivant le début de ce siècle. De ce fait, sa société a prospéré. Son atout principal demeure les 35% de Norilsk Nickel, un des plus grands producteurs mondiaux de nickel et palladium raffinés.

Au début de la pandémie de coronavirus en avril, le milliardaire russe a agi rapidement en annonçant une série de plans positifs visant à aider la Russie face aux défis auxquels elle était confrontée. Sa fondation a donné autour de 13,1 milliards de dollars (1 milliard de RUB) pour soutenir les ONG. De son coté, Norilsk Nickel s’est engagé à verser 142 millions de dollars (10,5 milliards de RUB) pour financer l’achat d’équipements médicaux, de médicaments et d’équipements de protection individuel (EPI) pour les établissements de santé.

Cependant, les événements de Sibérie pourraient encore placer le milliardaire en confrontation directe avec le Kremlin malgré sa méfiance quand affaires et politique se heurtent. À propos de l’époque (en 1996) où il officiait en tant que premier ministre député, Vladimir Potanin a confié au Financial Times en 2018, « J’ai compris qu’on ne pourra jamais convertir pouvoir économique en pouvoir politique. Si vous tentez le coup, vous mourrez ». 

Article traduit de Forbes US – Auteur : David Dawkins

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