Malgré les conséquences de la pandémie de Covid-19, les énergies renouvelables progressent, le pétrole et le charbon reculent, et le gaz naturel liquéfié (GNL) est en plein boom. Les températures particulièrement douces de cet hiver et la forte chute de la demande en gaz ne semblent pas infléchir la forte croissance du GNL, en augmentation de 13% par rapport à 2018.

En 2019, 7 nouveaux terminaux de regazéification ont été livrés dans le monde, portant ainsi le nombre de pays importateurs à 42 et de pays exportateurs à 21. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, le gaz naturel devrait continuer de progresser de 1,6% par an et le GNL devrait représenter à horizon 2040, 60% des échanges mondiaux de gaz et ainsi supplanter l’acheminement traditionnel par gazoduc. Si le gaz naturel ne représente aujourd’hui que 24% de la consommation énergétique mondiale contre 32% pour le pétrole, il intéresse tout particulièrement les investisseurs, politiques et industriels. A quantité d’énergie produite égale, il émet 20% de CO2 de moins que le pétrole et 40% de CO2 de moins que le charbon. Un argument de taille qui permet de propulser le gaz naturel en énergie de transition.


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Le mix énergétique mondial de 1990 à 2035 (Source: Planète Energies avec les données de l’Agence Internationale de l’Énergie)

Qu’est-ce que le gaz liquéfié ?

Le gaz naturel liquéfié (GNL ou LNG en anglais) est un gaz naturel qui a été refroidi puis liquéfié à -160°C pour faciliter son stockage et transport par bateau. En phase liquide, le volume de gaz est 600 fois plus petit qu’en phase gazeuse.  Le procédé de liquéfaction du gaz est connu depuis le XIXème siècle, mais son développement industriel s’est accéléré dans les années 1970. Cette expansion a décuplé les débouchés du gaz naturel, jusqu’alors transporté uniquement par pipeline. Le GNL a donc ouvert de nouvelles voies maritimes permettant par exemple de transporter un gaz extrait aux Etats-Unis vers le marché asiatique, ce qui aurait été inconcevable au moyen de gazoduc.

Le GNL est transporté dans des tankers spécifiques dotés de cuves cryogéniques capables de conserver le gaz sous l’état liquide. Les ports d’export et d’import de GNL nécessitent des installations spécifiques et complexes : des usines de liquéfaction à l’export et de gazéification à l’import. Une fois livré, le GNL est ensuite acheminé par pipeline dans les centrales de production d’électricité, des usines ou des stations de gaz de ville.

Seul 20% du gaz produit s’échange sur le marché mondial du fait des contraintes techniques liées à son acheminement, contre 70% pour le pétrole. Aujourd’hui le GNL représente 40% de ces échanges internationaux et pourrait rapidement bouleverser cette tendance. En effet, l’intérêt du GNL est de pouvoir jouer simultanément sur les prix des trois marchés gaziers : atlantique, pacifique et européen. Le GNL est une commodité dont l’échange est plus flexible que celui du gaz naturel terrestre.  En 2019, 34% des contrats de GNL échangés l’ont été sous la forme de contrats spots. Un marché spot ou marché à court terme recouvre l’ensemble des transactions effectuées au jour le jour. Il s’agit d’un marché de livraisons spécialisés où les prix sont très volatils et dépendants des conditions de l’offre et de la demande. La libéralisation du marché du gaz dans les années 2000 a transformé sa commercialisation jusqu’alors dominée par des contrats à termes pour des durées supérieures à 5 ans entre producteurs et distributeurs et bien souvent de 20 voire 30 ans pour la Norvège ou la Russie.

Le GNL est-il propre ?

Aujourd’hui, chaque source d’énergie est évaluée sous le prisme de ses émissions de gaz à effet de serre et conséquences climatiques induites. Or, toute production d’énergie est assortie d’émissions, que cela soit au cours de son exploitation ou cycle de vie. De nombreux experts estiment que le gaz naturel est la plus verte des énergies fossiles. Elle garantirait la transition d’un mix énergétique reposant sur le charbon et le pétrole vers un mix plus équilibré et moins polluant. Pour rappel, le gaz naturel émet 20% de CO2 de moins que le pétrole et 40% de CO2 de moins que le charbon. Toutefois, le gaz naturel et notamment le gaz naturel liquéfié s’accompagnent d’émissions de CO2 et de méthane, qui ne sont pas sans risques pour le réchauffement climatique. Si l’on compte en termes de molécules, pour 100 molécules extraites au niveau d’un gisement de gaz, 90 seront livrées au consommateur final. Il y a environ 10% de pertes sur l’ensemble de la chaîne (production, traitement, liquéfaction, transport, regazéification et distribution).

Au-delà de ses plus faibles émissions, à molécule égale, le gaz naturel a un pouvoir calorifique plus important que le charbon et presque similaire à celui du pétrole (0.9 tep). C’est pourquoi le gaz naturel peut être utilisé dans le secteur des transports qui requiert des énergies à fort pouvoir calorifique. De nombreux acteurs du secteur maritime estiment que le GNL alimentera la plupart des ferries, cargos et tankers de demain.

 

La géopolitique du GNL

De par son caractère international, le GNL apporte une solution d’indépendance énergétique face à un marché jusqu’alors principalement régional. L’Europe, dépendante de la Russie et du réseau de gazoducs qui la traverse, peut désormais choisir de s’approvisionner en GNL auprès d’autres acteurs comme les Etats-Unis ou l’Algérie. Les pays exportateurs comme la Malaisie ou le Nigéria peuvent également acheminer leurs matières premières vers des marchés plus lointains comme la Chine et le Japon pour la Malaisie et l’Europe pour le Nigéria. Ces pays ne sont plus cantonnés aux seules négociations bilatérales à long termes, et peuvent sélectionner l’acheteur le plus offrant et ainsi optimiser leurs recettes. Le GNL aplanit donc le relief des puissances énergétiques historiques et redistribue les cartes des marchés régionaux.

Toutefois, les phases d’ingénierie et de construction des terminaux gaziers restent dominées par l’hégémonie technique et technologique des grandes firmes de l’Oil and Gas (BP, Shell, Total) et des fournisseurs américains comme General Electric ou Air Products présentant un risque pour l’indépendance énergétique d’un pays en cas de sanctions ou embargo.

 

Loin de répondre aux attentes de l’opinion publique internationale sur le verdissement complet de nos sources d’énergie, le GNL peut participer de la réponse apportée aux enjeux de la transition énergétique. En offrant de nouveaux débouchés à des pays exportateurs et une énergie plus propre que le pétrole ou le charbon, le gaz pourrait faire baisser plus rapidement les émissions de CO2 que le seul développement des énergies renouvelables, à échelle de temps égale. Le tout est de trouver la bonne équation.