Mode « agile », bien-être au travail, capacité d’adaptation, management… tous ces mots à la mode ont volé en éclats le 17 mars 2020. 

En « bon » citoyen de la planète Terre que nous sommes, ces trois derniers mois, nous avons agi comme si nous avions un pistolet chargé sur la tempe. Contraints et forcés ! Oui. Voilà ce à quoi nous sommes rendus. Vivre égoïstement. Nous n’avons pas tenu compte d’éléments nous alertant d’un danger qui n’est plus de l’ordre du fantasme, mais de la réalité dans laquelle nous vivons. Nous ne nous sommes pas préoccupés de l’avenir, et encore moins de celui de nos enfants. Pourtant comme le dit le dicton : “Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».


“Le constat est amer aujourd’hui.” 

Pour cause, dans un monde idéal que serait celui de l’intelligence économique, on aurait détecté des signaux faibles et forts, et on aurait mis en place des plans de gestion de crise, des plans de continuité d’activité… Certes, le bon sens de nos Etats, de nos gouvernements et de nos entreprises nous ont permis de réagir face à une situation sans précédent. Au final, nous avons su nous adapter dans l’urgence, c’est bien, mais nous avons perdu des vies, du temps, de l’argent, et des entreprises mourront dans les semaines et les mois qui viennent. La loi de la nature n’épargnera pas les grandes entreprises cette fois-ci.  Cf article Hertz aux Etats-Unis Renault et Airbus en France , Camaieu dépose le bilan, Airbnb qui licencie …

Pour progresser, il faut s’analyser. Force est de constater que nous n’avons pas fait face à la crise, mais plutôt que nous l’avons tous subie. Continents, pays, gouvernements, entreprises et citoyens, tous nous avons subi le coronavirus :  en tant que virus agressif, mais aussi et surtout, nous avons subi ses impacts sur les individus, les entreprises, les organisations, le management, la finance, l’économie, la santé, la politique, l’éducation… 

Cependant, comme dans beaucoup de choses dans la vie, il y a du bon dans le mauvais. 

En prenant du recul, voyons quels sont les éléments positifs « post Covid 19 ». Entre autres, regardons du côté de ces trois éléments qui ont déjà changé notre quotidien de travailleur et de consommateur. 

 

1- La culture du service.

En France, c’est bien connu, nous n’avons pas la culture du service, qu’ont su développer d’autres pays. A ce jour, encore une fois, il a fallu être contraint et forcé, être au pied du mur, pour commencer à imaginer ce que l’on pourrait faire, afin de sortir de cette situation. Et d’un coup la lumière fût. Le service bien sûr ! Relativement rapide et facile à mettre en place, voilà que toute la restauration (de la brasserie du coin au restaurant étoilé) se met à proposer « de l’emporter » et de la livraison à domicile. Le commerçant de proximité a dû modifier ses horaires, son organisation, et se connecter, pour faire passer ses clients et son chiffre d’affaires, du magasin fermé à internet (On vient tout juste de fêter les 30 ans du WEB ! ). Les producteurs de fruits et légumes se sont mis à la livraison à domicile, alors que rien ne les empêchait de le faire avant le Covid-19. L’enseignement et la formation à distance se sont du jour au lendemain digitalisés. En 2010 il y avait déjà des articles sur la digitalisation de la formation. 

Depuis le Covid-19, une partie importante de l’innovation se porte vers la création de services. Entreprises, villes et pays l’ont donc développée. Un bon début pour une prise de conscience que l’innovation n’est pas uniquement technologique et destinée aux produits grands publics « hyper marketés », que nous avons tous dans nos placards.

Espérons que cet événement malheureux permette l’essor d’une vraie culture du service, pour les commerces et entreprises, petites, moyennes ou grandes.

 2- Développer l’innovation.

Fini les produits perdus, jetés ou détruits. Vive la valorisation des produits dans toutes les filières, quel que soit le métier, ou bien la place que j’occupe au milieu d’une chaîne de valeur. Il faut absolument innover pour trouver des solutions et éviter le gaspillage, créer des emplois et développer l’économie. Par exemple, j’ai pu voir à la télévision un reportage sur un fabricant de camembert qui a dû les détruire faute de pouvoir écouler sa marchandise. 

Demain, nous ne devons plus détruire notre travail. C’est psychologiquement très difficile. Par contre, nous devons pouvoir identifier ce qui peut impacter son business, et pouvoir y apporter des solutions. Les questions à se poser sont donc : « Comment être moins dépendant de fournisseurs ou distributeurs ? », « Sous quelle autre forme, puis-je commercialiser mon produit ? », «Quelle offre bâtir ? », « A quel nouveau segment de clientèle m’adresser ? », « Comment me diversifier ? »… Ainsi peut-être, grâce à l’innovation et la R&D, je vais pouvoir déshydrater mon camembert (ou bien faire une autre action) et le revendre via un nouveau canal, à un nouveau client, qui va le faire rentrer dans la composition d’un autre produit.

L’innovation produit et service crée des emplois, développe des filières et crée de la richesse. Le chef d’entreprise maîtrise son métier. Son rôle n’est plus de maîtriser ce qu’il sait déjà faire mais d’envisager son métier comme une toute petite partie d’un environnement beaucoup plus grand et complexe. C’est le prix à payer s’il veut développer et pérenniser son business.  C’est comme cela que d’autres pistes de développement possibles apparaissent. Cette recherche et développement permet ainsi à l’entreprise d’élargir sa gamme, sa clientèle, et surtout d’avoir une nouvelle source de chiffre d’affaires supplémentaire. Et dans trois ans, par exemple,  ce sera peut-être 20 à 35% du CA qui seront réalisés par cette nouvelle offre. 

 

3- La digitalisation.

Quel meilleur accélérateur que le Covid-19 pour que les retardataires à la transformation numérique se mettent au pas. Tous les pans de l’économie sont touchés : économie, santé, éducation, politique, transports, tourisme… Le digital n’est pas le futur, il est depuis longtemps le présent. En terme d’économie, les débouchés sont aussi énormes que l’impact sur notre quotidien. « D’après Pôle emploi, 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore. » Intelligence artificielle, robotique, réalité virtuelle, conception, développement et sécurisation des réseaux… Dans les entreprises et administrations, de la multinationale à la TPE, en passant par la mairie de village, nous avons tous mesuré l’impact et la nécessité d’être informatisé, au sens large du terme. Pour décider, échanger, communiquer, vendre, apprendre, acheter, guérir, circuler, livrer… il a fallu s’adapter et créer des environnements propices afin d’assurer la continuité nécessaire. La meilleure preuve est l’explosion, par exemple, du logiciel de visioconférence ZOOM, qui a eu plus de nouveaux utilisateurs en trois mois que sur toute l’année 2019. L’e-commerce et le Drive ont explosé, les « visio-apéros » sont apparus, et le DJ Bob Sinclar a réuni le monde entier en live, avec ses « mix » quotidiens extraordinairement fraternels. La vie a dû continuer, alors on s’est mis à chercher, et à trouver de l’aide via internet et les réseaux sociaux. Les associations, avec leurs modèles économiques fragiles, ont pour certaines réussi à réunir en live des personnes de différents continents, pour par exemple pratiquer un art martial. Internet a été un incroyable vecteur de soutien et d’émulation pour les personnels soignants. Les chartes de télétravail ont fait leur apparition dans les entreprises qui n’avaient même pas imaginé devoir le proposer un jour à leurs salariés. 

Décideurs, travailleurs, consommateurs, le millésime digital 2020 est une année exceptionnelle, tant il va marquer les esprits de chacun, les façons de penser et d’agir, à court, moyen et long terme. 

Service, innovation, digitalisation, au-delà de ces trois points, c’est notre façon de penser et d’appréhender la place de chacun dans cette société qui fera avancer les choses. L’intelligence économique, par son côté transversal, stratégique et opérationnel, doit aider les organisations publiques et privées à identifier, anticiper et agir, afin de ne pas (ou moins) subir les effets des crises à venir. Par exemple, pourquoi attendre d’être contraint de trouver des solutions, dans une période de crise ? Pourquoi ne pas profiter de la période de non-crise pour imaginer comment développer sa structure ? Quelles innovations et services mettre en place ? Seuls les individus et structures, persuadés de ces évidences, sont en capacité de mettre en place un nouveau mode de pensée véritablement plus « agile ». Agile ne veut strictement rien dire si, une fois qu’on a compris son sens, on ne passe pas à l’action. Les entreprises qui auront su tirer une quelconque leçon du Covid-19 seront plus fortes pour affronter les événements qui les déstabiliseront. Les plus fragiles n’auront sûrement pas la possibilité de les connaître.