Depuis 12 ans, Taylor Stitch, une marque de vêtements venue de San Francisco, préconise une approche plus écologique et réfléchie de la mode.

Mais le cofondateur Michael Maher déclare que ce n’est pas suffisant. « Nous voulions apporter de la circularité écologique à nos vêtements. Nous nous sommes concentrés sur la fabrication de vêtements de haute qualité. Mais comment s’assurer que ces vêtements ne vont pas dans les déchetteries », demande-t-il.


C’est pourquoi, ce mois-ci, ils ont lancé un nouveau programme, Restitch, qui permettra à l’entreprise de reprendre les vêtements usagés de la marque Taylor Stitch ayant besoin d’être réparés. En s’associant avec Yerdle, une startup soutenue par Patagonia’s Tin Shed Ventures et en travaillant avec des marques comme Eileen Fisher et REI, Taylor Stitch peut donner à ces vêtements utilisés une nouvelle vie. Leur site web incite notamment leurs clients à donner leurs vieux vêtements.

Voici comment ça marche, explique Maher : Les clients envoient des vêtements usagés à Yerdle. Ensuite, ils reçoivent une somme pour acheter un vêtement de la marque Taylor Stitch (pouvant être neuf ou usagé). Pendant ce temps, Taylor Stitch travaille avec Yerdle pour prendre ce vêtement usagé et le raccommoder ou le recoudre. Ils peuvent recycler presque toute votre garde-robe sauf vos T-shirts ou vos chaussures, car ces deux types de vêtements sont difficiles à recycler afin d’en faire un produit revendable par la suite.

Jusqu’à présent, ils ont reçu environ 1500 vêtements. Ceux-ci ont été divisés en deux catégories – environ 40 articles ont été vendus dans leur collection vintage, ce qui suggère qu’ils sont un peu au-dessus du reste et peuvent être revendus à un prix supérieur. Le reste tombe dans le programme de « restitch ». L’objectif est de répéter aux consommateurs que les produits n’ont pas à atteindre leur fin de vie si rapidement ; ils peuvent être réutilisés à répétition, même si ce n’est pas par la même personne.

Il s’agit d’un concept de réparation vieux comme le monde, un concept que Patagonia a également mis en œuvre pour empêcher les vêtements de finir dans une déchetterie. Selon certaines estimations, une personne jette environ 36kg de vêtements chaque année. Cela s’accompagne d’une recrudescence des achats et des investissements dans de nouveaux vêtements, qui ont tous une empreinte carbone élevée.

Il existe d’autres façons de recycler les vieux vêtements, en particulier le jean denim qui est souvent envoyé afin d’être réutilisé comme isolant. « Mais ce n’est pas aussi rentable ou efficace que de le garder comme un vieux jean », dit Maher.

De plus, Maher voulait que Taylor Stitch soit l’un des premiers à adopter un mode de production circulaire pour une marque de mode, précise-t-il. L’accent sur le recyclage a plutôt été mis sur l’industrie du plein air. « Je suis cette personne qui aime redonner une seconde vie aux vêtements. Et j’aimerais dire que les vêtements que nous faisons vieillissent bien. Nous voulions donc apporter ce concept à Monsieur tout le monde ».

Pourtant, en tant que petite marque, explique Maher, le faire a été un défi. « Nous avons choisi de nous associer à Yerdle, parce que nous voulions faire partie de ce mouvement et de ce concept, même si nous sommes une petite entreprise ».

« Toutefois, il est difficile pour de si petites entreprises de trouver des fabricants et de mettre en place une chaîne d’approvisionnement écologique dans le secteur des textiles », explique M. Maher. De plus, il soutient que l’industrie du vêtement est maintenant surpeuplée de gens qui font beaucoup de marketing, laissant entendre qu’ils sont durables alors qu’ils ne le sont pas.

« Nous nous concentrons sur la responsabilité, pas sur la durabilité. La durabilité est à la mode en ce moment. Tout le monde l’utilise comme un mot marketing. J’applaudis les personnes qui font l’effort de faire avancer les normes dans l’industrie. Mais il faut faire la distinction entre ceux qui parlent et ceux qui agissent ».

Par exemple, Taylor Stitch n’utilisait pas de coton biologique en 2016. L’année suivante, en 2017, la marque a changé de cap et à la fin de cette année, ils utiliseront 95 % de coton biologique. M.Maher déclare : « C’est le genre de choses qu’on veut signaler aux consommateurs afin qu’ils remarquent que l’entreprise fait tout son possible en matière d’écologie même si l’entreprise est relativement petite ».

La marque Taylor Stitch répond à certaines des préoccupations concernant les déchets : en 2015, ils ont lancé l’Atelier, une plateforme interne de financement leur permettant de ne fabriquer qu’un nombre limité de produits. Un design est affiché, les clients le choisissent en le commandant à l’avance et la marque a alors une idée du nombre de personnes qui le désirent. « Ça nous aide à limiter la surproduction dans l’industrie du vêtement ».

Bien que tout cela soit un signe de progrès, Maher a une vision plus large : il veut voir si la marque peut utiliser des fibres renouvelées plutôt que des fibres recyclées. « Dans ce cas, vous êtes capable de le faire avec une vraie circularité écologique », précise-t-il.

Avec des fibres renouvelées, la marque envoie de vieux vêtements qui sont transformés en nouveaux matériaux. Dans le cas des fibres recyclées, ils comptent sur une tierce partie pour se procurer ce matériau.

Pourtant, ce modèle a ses défis à relever : une fibre recyclée devient plus courte et perd de sa résistance, ce qui rend plus difficile lorsque la fibre est recyclée une deuxième fois « Et les clients veulent toujours un produit de haute qualité, même s’il est fait d’un matériau recyclé ».

Ainsi, il conclut que la chaîne d’approvisionnement n’est tout simplement pas encore là pour fabriquer des produits entièrement circulaires. Restitch, l’atelier et leur collaboration avec le fabricant espagnol Recover pour redonner une nouvelle vie aux vêtements et réduire la surproduction sont tous sur la voie de l’écologie, dit-il. « On peut pousser les autres entreprises. Nous pouvons vous aider à réaliser vos ambitions de recyclage. Mais il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir en tant qu’industrie. Il n’y a pas encore de solution parfaite ».