Si le dioxyde de carbone représente près de 80% des émissions de gaz à effet de serre, il n’est pas pour autant la seule cause du réchauffement climatique. Le méthane, autre gaz à effet de serre, absorbe et rejette 28 fois plus de chaleur dans l’atmosphère. Récemment, l’Environmental Protection Agency (EPA), organe public américain de protection de l’environnement, a proposé de lever les plafonds d’émissions de méthane pour les industries pétrolières et gazières. Citoyens et élus américains avaient jusqu’au 25 novembre pour faire parvenir leurs commentaires, ce qui n’a pas manqué d’attiser le débat entre climato-sceptiques et pro accord de Paris. Nul ne doute que cette décision ait été influencée par la politique tout pétrole du Président Donald Trump.

Emission et pollution : deux concepts à manipuler avec précaution

La complexité des phénomènes climatiques force souvent à emprunter des raccourcis malheureux. Ce n’est pas parce qu’un industriel émet beaucoup qu’il polluera plus qu’un industriel qui émet moins. L’important est de déterminer ce qui est émis. Les émissions qui contribuent principalement au réchauffement climatique sont appelés gaz à effet de serre. Ils regroupent tous les composants qui absorbent les rayons solaires et les redistribuent sous forme de radiation à la surface de la Terre. Il en existe plus d’une quarantaine dont le dioxyde de carbone, le protoxyde d’azote, les gaz fluorés et le méthane. Toutefois, tous ne polluent pas de la même façon. Afin de déterminer leur dangerosité, le GIEC utilise le Potentiel de réchauffement global, indice mesurant le pouvoir réchauffant. Chaque gaz est donc comparé à 1kg de dioxyde de carbone sur 100 ans. Selon les résultats du GIEC, le méthane a un pouvoir chauffant 28 fois supérieur au dioxyde de carbone. En d’autres termes, une particule de méthane accélère 28 fois plus la dégradation de la couche d’ozone et donc le réchauffement climatique que le dioxyde de carbone. Par conséquent, bien que le méthane ne représente que 10% des émissions, la pollution qu’il entraîne est tout aussi préoccupante que celle du dioxyde de carbone.

La posture intenable de Environmental Protection Agency (EPA)

Le discours de l’Environmental Protection Agency (EPA) est aujourd’hui complètement contradictoire. L’agence prône depuis août 2019 l’annulation des seuils d’émissions de méthane des industriels gaziers et pétroliers, alors qu’elle les avait elle-même fixés en 2012 et 2016. Pire, l’EPA se targue même de faire économiser de 17 à 19 millions de dollars par an à ce secteur industriel. Une goutte d’eau pour les acteurs de l’Oil and Gas américain qui brassaient plus de 28 milliards de dollars de profit en 2018, mais un terrible signal envoyé à la communauté internationale, alors que le secteur pétrolier est le premier contributeur aux émissions de méthane aux Etats-Unis. A la suite de cette proposition d’amendement l’Environmental Defence Fund (EDF) a démontré, qu’en plus d’offrir un cadeau fiscal aux industries gazières et pétrolières, cette modification de la régulation actuelle entraînerait l’émission de 5 millions de tonnes de méthane supplémentaires, soit l’équivalent du chauffage de plus de 4 millions de foyers.

La trajectoire incompréhensible des Etats-Unis en matière de climat

Si la lutte contre le réchauffement climatique implique citoyens comme acteurs économiques, il engage surtout le pouvoir politique, seul à même de fixer une trajectoire commune. Aujourd’hui, la politique du Président Donald Trump menace la viabilité des initiatives américaines en faveur du climat en défaisant méthodiquement l’ensemble des avancées qui avaient été votées jusqu’alors. Pourtant, la tâche est immense et ne cesse de s’agrandir. Les fuites de méthane proviennent de tous les maillons de la chaîne de valeur du gaz et du pétrole : production, collecte, stockage et distribution. Le nombre d’installations pétrolières a également augmenté aux Etats-Unis en raison de la ruée vers le schiste. Une étude américaine a d’ailleurs démontré que le méthane émis lors de la fracturation hydraulique du gaz de schiste possède une structure différente de celui émis lors du processus d’extraction du gaz conventionnel ou des activités du secteur agricole. Grâce à cette découverte, l’étude établit un lien direct entre l’augmentation de la production de gaz de schiste et l’augmentation des émissions de méthane aux États-Unis.

Fuite de gaz dans des cuves de stockage, Haynesville, Texas
Fuite de gaz dans des cuves de stockage, Haynesville, Texas (Sharon Wilson)

Les États-Unis entreront-ils un jour dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Depuis 1990, les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter aux Etats-Unis. Parallèlement, de nombreux pétroliers s’entêtent à expliquer que le gaz est le seul vecteur viable de la transition énergétique. Pourtant, la pression climatique est telle qu’il ne peut y avoir de solutions de « transition ». Le mix énergétique américain est toujours dominé par des sources d’énergie primaires polluantes comme le pétrole à hauteur de 36% et le gaz à 31%. Les Etats-Unis sont donc très loin des objectifs fixés par l’Accord de Paris et ne semblent pas s’en soucier au regard des investissements massifs de ces dernières années dans des énergies polluantes comme le gaz de schiste. Non seulement ces investissements modifient le secteur énergétique, mais ils bouleversent également les industries de transformation en aval.  En effet, les industriels américains de la chimie ont investi près de 200 milliards de dollars en 2018 dans des installations adaptées au gaz de schiste, et la trajectoire est ascendante…

A court terme, le principal ennemi du réchauffement climatique n’est pas le dioxyde de carbone, mais l’autre gaz à effet de serre, le méthane. Doté d’un pouvoir chauffant plus important, il jouit surtout d’une durée de vie plus courte. Par conséquent, si les émissions de méthane cessent, le gaz présent dans l’atmosphère se dissipera plus vite que le dioxyde de carbone pour un intervalle de temps égal. Il s’agit donc de la solution la plus rapide pour infléchir significativement la courbe de l’élévation des températures. Malheureusement, l’exécutif américain reste sourd à ces arguments.