Fabien Cousteau, petit-fils du célèbre explorateur sous-marin Jacques-Yves Cousteau, s’appuie sur l’héritage familial en construisant un centre de recherche de pointe à approximativement 18 mètres sous la surface de l’océan.

Fabien Cousteau est né pour être océanaute. Le petit-fils de Jacques-Yves Cousteau a appris à plonger à l’âge de quatre ans et a grandi en rejoignant son grand-père dans des expéditions de recherche. « La plongée sous-marine est une bénédiction incroyable, mais il y a une limite de temps très réelle », dit-il.


Fabien Cousteau
Fabien Cousteau au gala AVENUE Altruism Awards Life Below Water au profit de Mission Blue aux Nations Unies le 13 novembre 2017 à New York. Source : Getty images

Une façon de contourner cette limite de temps est de vivre dans un habitat sous-marin, ce qui donne aux chercheurs la possibilité d’effectuer des travaux plus étendus dans l’océan. Son grand-père a été le pionnier de tels habitats dans les années 1960, et aujourd’hui Fabien prévoit de poursuivre cet héritage avec la construction de Proteus. Il s’agit d’un habitat sous-marin et d’une station de recherche qui serait l’une des plus grandes jamais construites. La construction de cet habitat, situé à approximativement 18 mètres sous l’eau dans une zone marine protégée au large de Curaçao – une île de la mer des Caraïbes – prendra trois ans. Et il pourra accueillir jusqu’à 12 personnes qui vivront sous l’eau pendant des semaines, voire des mois, à la fois.

C’est une amélioration considérable pour les habitats sous-marins qui, par le passé, étaient de taille variable, allant d’une camionnette à un grand bus scolaire. « La plupart des habitats ont été construits pour une mission ou un ensemble de missions », explique Fabien, qui a fondé en 2016 l’organisation à but non lucratif Fabien Cousteau Ocean Learning Center, basée à New York. « Ils n’ont jamais été conçus comme une station spatiale internationale, quelque chose qui doit être déployé pour une période plus longue ».

Pendant ses trois premières années, la construction de l’habitat et son exploitation coûteront environ 135 millions de dollars, que M. Cousteau s’efforce de réunir. Il a refusé de nommer les partenaires financiers qui soutiennent le projet, mais ses partenaires stratégiques comprennent l’université Northeastern, l’université Rutgers et la Caribbean Research and Management of Biodiversity (CARMABI) – une organisation à but non lucratif basée à Curaçao.

Le projet porte le nom Proteus, le dieu grec originel de la mer qui était connu pour être un gardien du savoir et qui pouvait prendre différentes formes. C’est de là que le projet lui-même tire son inspiration. La grande majorité des océans restent inexplorés, et l’habitat est conçu pour être modulaire, de sorte qu’il peut être amélioré et étendu de multiples façons. Cela peut permettre d’ouvrir un certain nombre de voies de recherche, allant de la découverte de médicaments à la production alimentaire durable en passant par le changement climatique.

En construisant Proteus, Fabien Cousteau poursuit la tradition familiale. Son grand-père a contribué à la création de l’un des premiers habitats de ce type, connu sous le nom de Conshelf, en 1962. Conshelf était un habitat pour deux personnes situé à environ 10 mètres sous la surface au large des côtes de Marseille, en France. Ce projet a été suivi par Conshelf II, un habitat où les océanautes ont vécu pendant un mois à une profondeur de 11 mètres (approximativement), puis à 24 mètres (approximativement) pendant deux semaines dans la mer Rouge. Une vague de projets similaires a suivi dans le monde entier au cours des deux décennies suivantes, mais il en existe moins d’une poignée aujourd’hui, la plupart remontant aux années 1970 ou 1980.

Un autre aspect de cette tradition est que Proteus comprendra une installation de production vidéo, capable de diffuser depuis l’océan en résolution 16K. Fabien Cousteau espère que ce sera une version moderne des émissions spéciales de télévision dont son grand-père a été le pionnier et qui ont inspiré des générations d’explorateurs marins à se lancer dans ce domaine.

« Aujourd’hui, il y a cette perception erronée que tout le savoir est connu », affirme le professeur Brian Helmuth, un collaborateur scientifique du projet, qui attribue à Jacques Cousteau l’inspiration pour sa carrière en biologie marine. « Si vous voulez savoir quelque chose, il vous suffit de le chercher sur internet, en allant sur Wikipédia. L’idée qu’il y a encore tant de choses inconnues a été perdue de vue par le public. Et c’est essentiel pour raviver l’appétit d’exploration. »

Brian Helmuth a rencontré Fabien Cousteau en 2013, lorsque son collègue de Northeastern ; Mark Patterson aidait à constituer une équipe pour Mission-31, une expédition de 2014 au cours de laquelle Fabien a vécu pendant 31 jours dans l’habitat sous-marin Aquarius dans les Keys de Floride. Aquarius a été construit à l’origine en 1986 par la marine américaine et la NOAA (agence américaine d’observation océanique et atmosphérique). En 2012, il a été repris par l’université internationale de Floride. De la taille d’un bus scolaire, Aquarius peut contenir environ six personnes, mais il n’est pas sans limites.

« J’aime décrire Aquarius comme vivant dans un bus Greyhound », affirme Mark Patterson, professeur et doyen associé de l’université Northeastern.

Proteus vise à surmonter ces limites. Alors qu’Aquarius fait environ 37 mètres carrés, Proteus fera environ 371 mètres carrés ; la taille d’une grande maison. Cela permettra d’accueillir un laboratoire, une infirmerie, un studio vidéo, des chambres et même une serre hydroponique afin que les océanautes puissent disposer de nourriture fraîche. (Sous l’océan, « on a soif de nourriture fraîche », confie Fabien Cousteau.) La station sera reliée à la surface par une ligne de vie ombilicale qui transporte de l’air respirable et des communications.

Cela facilitera la recherche, explique M. Patterson. « Avoir un espace bien conçu, plus grand et pouvant être agrandi à l’avenir, est tout à fait logique », dit-il.

La station Proteus est conçue par Yves Béhar de Fuseproject, qui a travaillé sur des concepts allant des appareils portables aux couffins intelligents en passant par les robots de sécurité. Une fois construite, M. Cousteau estime que son coût d’exploitation annuel sera d’environ 3 millions de dollars (les trois premières années d’exploitation sont incluses dans le chiffre de 135 millions de dollars). Ce coût sera compensé par les chercheurs, les universités et les entreprises qui « louent » l’habitat pour mener des recherches scientifiques sur à peu près n’importe quoi, à l’exception des recherches liées à la guerre.

Le projet vise en particulier à encourager la recherche pharmaceutique et la découverte de médicaments. Selon un suivi assuré par Alejandro Mayer, professeur au département de pharmacologie de l’université de Midwestern (Illinois), la FDA a approuvé douze médicaments d’origine marine depuis 1969. Il s’agit notamment de composés qui traitent le cancer, la douleur et l’herpès et qui sont dérivés de divers poissons, éponges de mer et autres animaux marins. Deux douzaines d’autres produits pharmaceutiques à base de produits marins sont actuellement en cours de développement clinique.

Les premières étapes de la recherche sur les produits pharmaceutiques bio sont souvent laissées aux scientifiques des universités, qui collectent et testent des milliers de spécimens prélevés dans les océans. Mais l’un des défis de ce type de recherche est que les échantillons d’organismes réagiront aux changements de pression et de température s’ils sont prélevés dans l’océan. Proteus permettra aux chercheurs d’installer des conteneurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’installation qui permettront aux scientifiques « d’examiner des communautés et des plantes intactes qui ne sont pas stressées », explique M. Helmuth. « C’est un niveau de connaissance que nous n’avons pas quand nous nous précipitons d’un côté à l’autre, en regardant constamment notre air ».

« Je ne suis qu’un fou avec un rêve », dit Fabien Cousteau.

Les habitats sont une « contribution raisonnable à la découverte de médicaments à partir de l’océan, mais ce n’est pas une grâce salvatrice », déclare William Fenical, éminent professeur d’océanographie et de sciences pharmaceutiques à la Scripps Institution of Oceanography en Californie, qui n’est pas impliqué dans le projet. Les plongeurs vivant dans l’habitat pourront explorer pendant de longues périodes, mais ils seront toujours limités dans les distances qu’ils pourront parcourir avant de devoir faire demi-tour. Cette liberté de mouvement est importante, car la découverte de médicaments « repose sur la diversité et la quantité de matériaux à tester », explique M. Fenical.

Conscient de cette limitation, Proteus vise également à aller au-delà de ses 18 mètres de profondeur. M. Cousteau espère également construire une extension plus profonde, baptisée Triton d’après une autre divinité marine, à environ 182 mètres. En utilisant des robots sous-marins autonomes, les équipes de recherche pourront également explorer des profondeurs allant jusqu’à 600 mètres environ.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il s’attend à trouver dans l’océan, Fabien Cousteau invoque son grand-père, qui lui répond que s’il connaissait la réponse, il ne se donnerait pas la peine d’y aller. « Je ne suis qu’un fou avec un rêve », dit Fabien Cousteau. « Il considère que cela est non seulement possible, mais absolument nécessaire pour notre bien-être futur, ainsi que pour une meilleure compréhension de notre système de survie ».

<< Article traduit de Forbes US – Auteur (e) : Alex Knapp et Katie Jennings >>

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