Niché dans le quartier de l’Opéra, au sein de l’ancien siège d’Areva rue Lafayette, WeWork casse les codes traditionnels du coworking – d’ailleurs son responsable dans l’Hexagone, Séverin Naudet, préfère davantage l’appellation de « plateforme » – et offre à ses membres un espace de travail et de bien-être au design résolument soigné et épuré. Un véritable havre de paix où créativité et innovation embaument l’atmosphère.  

La communauté. Derrière ce vocable parfois un peu « nébuleux » – ce qui est loin d’être le cas ici –  se cache l’essentiel du parcours de Séverin Naudet, directeur général France de WeWork qui, au gré de ses pérégrinations professionnelles, a toujours eu « la fibre communautaire » chevillée au corps et au cœur. Un véritable « fil conducteur » pour le fringant dirigeant de 38 ans qui, après avoir fourbi ses armes chez Virgin, « je m’occupais notamment de la promotion et de l’image des artistes » relate-t-il, va se lancer tout naturellement dans la production musicale, où il constate l’évolution de la consommation de la musique et l’émergence du streaming au « plus près ». «Je m’occupais d’un groupe pop new-yorkais et je me suis rendu compte que nous avions une grosse communauté de fans. Avec le groupe nous avons rassemblé notre base via un forum sur lequel nous avons pu fédérer notre propre communauté ». Un « virus » que Benjamin Bejbaum (cofondateur de Dailymotion) verra se propager dans les rues de la « Grosse Pomme » où il voit les tout premiers possesseurs de smartphones prendre des vidéos. « Il s’est alors dis que ces gens ne disposaient d’aucune plateforme pour partager leur contenu. »  « Ces videos s’apparentaient parfois à de la véritable création artistique », souligne Séverin Naudet. Fort de ce constat, le jeune homme rejoint les fondateurs de Dailymotion, dès 2006, pour faire de la plateforme l’un des premiers sites communautaires de partage de vidéos. La « communauté » : encore et toujours.


La mutation et la transformation de l’économie – « Du Top Down au Bottom Up » – s’opérant sous ses yeux enjoint Séverin Naudet à franchir le Rubicon vers « l’écosystème politique » afin que cette transformation prenne également corps dans les plus hautes sphères de l’Etat. « Quand le nouveau premier ministre (ndlr François Fillon) m’a demandé de venir m’occuper du numérique au sein de son cabinet, je n’ai pas hésité une seule seconde car nous étions plusieurs à penser que le numérique allait amener à un renouveau de la démocratie. Nous voulions faire évoluer les choses de l’intérieur », se rappelle le jeune patron de WeWork France.  Il cite pêle-mêle quelques initiatives prises dans ces années-là (2007-2011). « On a créé le statut de la jeune entreprise innovante, le crédit Impôt- Recherche et œuvré à la mise en place d’autres mesures fondamentales pour l’innovation en France, comme les premières consultations en ligne participatives, notamment lors du Grenelle de l’environnement ». Une période qui a littéralement introduit et « démocratisé » le numérique au service des usagers. Autre fait d’armes, et non des moindres, le lancement d’une politique d’ouverture des données publiques. Inspiré directement de l’administration Obama, « l’Open Data » a vocation à faire la transparence des institutions et aussi encourager et soutenir l’économie numérique. Une initiative dont on récolte encore les fruits aujourd’hui.

« La » rencontre

Une fois cette parenthèse politique refermée, Séverin Naudet creuse les fondations de sa prochaine structure. Baptisé « Socialyse », cette entreprise est l’une des premières dotée d’un algorithme permettant de réaliser en temps réel des achats aux enchères d’espaces publicitaires sur les réseaux sociaux. Une véritable petite révolution – les espaces visés sont ultra ciblés en fonction des besoins et des doléances des consommateurs – pour l’époque (nous sommes en décembre 2013) puisque désormais, grâce au code et à l’algorithme, les effets de la publicité deviennent mesurables. « Une révolution, dans le sens où cette manière de faire va mettre un terme à près de 30 ans de pratique où les annonceurs achetaient des espaces publicitaires sans vraiment savoir pourquoi », affirme l’entrepreneur. En partant d’un salarié, la structure va tisser sa toile dans une quarantaine de pays et dispose même de quatre bureaux aux Etats-Unis. « La partie business et achat d’espaces des réseaux sociaux eux-mêmes était installée à New York où je passais une grande partie de mon temps ». C’est d’ailleurs – encore – dans cette ville que Séverin Naudet fait la connaissance d’Adam Neumann, fondateur de WeWork. La suite sonne comme une évidence. « En visitant mon premier espace WeWork, j’ai senti cette énergie extraordinaire. Cela s’apparentait à une fabuleuse ruche où des gens travaillent ensemble et vivent en parfaite harmonie. Œuvrer à l’installation de l’entreprise en France cochait toutes les cases de ce que j’avais toujours fait », développe Séverin Naudet. Epaulée par la maison-mère américaine, l’implantation dans l’Hexagone se déroule à la vitesse de l’éclair et la greffe prend tout aussi rapidement. « On s’est rencontré avec Adam pendant l’été (2016), j’ai commencé en octobre et nous avons ouvert en Avril », sourit l’entrepreneur. 

Confortablement installé dans les 12 000 mètres carrés des trois étages du 33 rue Lafayette – ancien siège, du temps de sa splendeur, du fleuron Areva -, WeWork redessine les contours de l’espace de travail partagé en y ajoutant le zest de bien-être nécessaire qui va faire la différence. Le mobilier résolument « tendance » et épuré confirme cette impression de quiétude… et d’efficacité. « Chez WeWork on ne s’occupe de rien d’autre que de son propre business », surenchérit l’hôte de ces lieux. La plateforme s’apparente, à s’y méprendre, à un véritable petit écosystème à lui seul. « On peut, en effet, trouver, du début à la fin de la chaîne, ses fournisseurs et ses clients dans nos murs », confirme Séverin Naudet. « Nos membres – et non clients, terminologie réfutée par le principal intéressé – sont issus de diverses catégories d’entreprises et les activités des entrepreneurs sont tout aussi larges. Cela peut aller de la banque d’affaires à l’agence de marketing, des start-up, des développeurs informatiques et même une étude de notaire et des commissaires aux comptes ». Une large palette de profils qui montre la grande agilité de WeWork à satisfaire pleinement ses membres, quel que soit leur thème de prédilection.

« Un espace pour eux et par eux »

« La première chose qui attire nos membres ? Le fait que cet espace soit fait par eux et pour eux. Pourquoi iTunes a un tel succès ? Pourquoi Spotify a également été porté aux nues ? Car ce sont tout simplement des services qui ont été conçus, peaufinés, ciselés par ceux qui les utilisent. C’est la clé de toute entreprise innovante », déroule Séverin Naudet. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si WeWork a été classé par Fast Company dans le peloton de tête des entreprises les plus innovantes au monde, notamment dans la data science, juste derrière Netflix et Spotify. « On nourrit un algorithme des données d’usage de nos espaces par nos membres pour faire de l’analyse prédictive sur l’utilisation des espaces avant même de les concevoir », explique le dirigeant. Pour définitivement tordre le coup à l’image d’Epinal, poussiéreuse, écornée et jaunie par le temps, de l’architecte chargé de concevoir l’immeuble dans lequel il ne vivra jamais. Un vestige de l’ancien monde. Désormais, c’est la data qui permet de comprendre ce que font et ce que veulent réellement les usagers.

D’ailleurs pour continuer à bichonner ses membres afin que ces derniers n’aient que leur travail en ligne de mire, dans un environnement idoine, WeWork va prochainement ouvrir une salle de sport au sein de son espace, ainsi que plusieurs « hubs » destinés au bien-être. La demande est telle qu’un second WeWork ouvrira dans la capitale ou en proche-banlieue avant la fin de l’année. Pour rappel, en une seule année WeWork, a doublé sa capacité d’accueil à Londres. Paris semble bien parti pour marcher sur les traces de la perfide Albion. Il faut dire que le modèle économique éprouvé de WeWork  – abonnement ou forfait au desk à partir de 45 euros par mois – ouvre de fabuleuses perspectives. D’autres partenariats ont récemment vu le jour avec La Poste, pour la distribution de courrier et bientôt l’envoi, et plus récemment avec la Société générale. « Les membres de WeWork auront un accès privilégié au banquier de la Société générale qui sera présent dans les locaux deux à trois jours par semaines. Il pourra notamment proposer des produits financiers à des tarifs préférentiels que ce soit pour l’entreprise et même pour les particuliers », détaille Séverin Naudet. Toujours soucieux du bien-être de sa communauté, son sacerdoce.