Technique de projection lumineuse ornant de grands ensembles et autres monuments et leur conférant un supplément d’âme et une allure encore plus majestueuse, le Vidéo Mapping – du nom de cette technique – se démocratise peu à peu, grâce au savoir-faire de la start-up Digital Essence, à une échelle « davantage humaine ». Notamment pour « dynamiser » les prestations scéniques d’artistes issus du milieu « électro ».

Le visage de Zinedine Zidane ornant l’Arc de Triomphe en ce 12 juillet 1998 où l’équipe de France terrassait le Brésil pour décrocher le titre de champion du monde, ou encore le Dôme des Invalides  se parant de milles couleurs, en passant par la fête des Lumières à Lyon où les façades d’immeubles s’illuminent : voilà la quintessene du Vidéo Mapping. Une technique largement appréciée du grand public, notamment lors du dernier événement évoqué, … qui éprouve néanmoins toutes les peines du monde à « poser » un nom sur celle-ci.  Mais le savoir-faire de la start-up « Digital Essence » et de son logiciel phare en la matière, HeavyM, s’évertue à remédier à cela.

Même si, dès les prémices, son fondateur Etienne Mathé, nous explique que ce logiciel, s’il a vocation à démocratiser l’utilisation du Mapping, reste néanmoins réservé à un public averti, évoluant notamment dans le milieu artistique, son cœur de cible. « Le Mapping monumental (comme son nom l’indique et évoqué en préambule) n’est pas vraiment notre métier car il requiert une technique bien particulière et nécessite l’expertise d’infographistes. HeavyM a été pensé comme un logiciel de ‘Mapping en intérieur’  appliqué à la scénographie pour des spectacles, soirées et autres concerts ».

« Dynamiter » la musique électro

Et en particulier pour les artistes de musique électronique, ces derniers souffrant souvent de leur position statique, coincés derrière leurs platines et leurs machines, réduisant ainsi le « jeu de scènes » à sa plus simple expression.  Pour remédier à cela, HeavyM propose, de manière relativement simple, de générer des visuels qui vont pouvoir être projetés sur le décor. « Après une phase de paramétrage, l’utilisateur va redessiner à la souris les formes sur lesquelles il veut projeter et HeavyM va générer automatiquement les effets à appliquer sur ses formes », poursuit le CEO de Digital Essence. Aux antipodes du contingent d’infographistes nécessaires au  « Monumental Mapping ».

Fort de cette simplicité d’usage – « même si la phase de paramétrage peut être relativement chronophage » –  HeavyM remplit à merveille son rôle de « dynamiseur de scène » et offre un tout autre relief à un concert de musique électro. Une fierté pour Etienne Mathé. « C’est extrêmement gratifiant de voir des artistes  qui utilisent notre logiciel aux quatre coins du monde que ce soit en Russie, au Canada ou encore en Amérique du Sud ».  Ils sont, en effet, plus de 30 000 à recourir à HeavyM pour offrir une scénographie visuelle des plus abouties à leurs spectateurs.

La « révélation »

Car le chemin parcouru par l’entrepreneur pour aboutir à ce résultat ne fut pas de tout repos mais a eu le mérite d’être pavé de rencontres enrichissantes. La première d’entre elles avec  ses deux associés : Romain Da Costa, aujourd’hui CTO (partie technique) de Digital Essence et Arnaud Berthonneau, CMO de la structure, en charge du volet Marketing, pour les non-initiés à cette terminologie.  « J’étais alors étudiant à l’école ECE (école ingénieur) où j’avais  l’opportunité de mener un projet. J’ai choisi alors de développer un logiciel pour l’animation de scène.  Je n’avais, à l’époque pas cette idée de Vidéo Mapping. J’ai posté le sujet sur la plateforme de l’intranet et c’est à ce moment- là que j’ai rencontré Arnaud et Romain avec qui nous avons commencé à réfléchir, plus en profondeur, à ce logiciel ».

Mais le déclic va véritablement se produire lors du concert de l’artiste de musique électro, Amon Tobin. « C’était le premier à utiliser cette technique de Mapping », souligne Etienne Mathé. « Je me suis dit que c’était vraiment génial et qu’il fallait que les artistes puissent se servir de leur vidéo-projecteur pour avoir ce même type de rendu ». Car à la différence d’un groupe de rock où l’interaction entre les différentes composantes est palpable, la musique électronique peut parfois donner l’impression de confiner au « seul en scène ».  Les trois comparses en sont désormais persuadés : leur logiciel peut changer la donne. Lauréate du prix I-Lab en 2013, dont la manne financière en résultant permettra de financer les prémices de Digital Essence,  la jeune pousse intègre ensuite l’incubateur du 104 et obtient le soutien financier de la bpi. Avant de mettre sur orbite sa version bêta en septembre 2014.

La création d’une communauté

Une « V1 » en téléchargement libre… à la condition de laisser son adresse email pour pouvoir intégrer la communauté naissante de HeavyM et ainsi participer à l’amélioration du logiciel via ces fameux retours d’expérience particulièrement prisés des entrepreneurs. « Nous avons ainsi pu constituer une communauté de 10 000 personnes », se félicite Etienne Mathé qui met également en exergue le surcroît de motivation qui en a découlé. Lançant par la suite une campagne Kickstarter et bénéficiant de subventions diverses et variées  comme le prêt d’honneur du réseau Entreprendre ou encore du CNC), HeavyM est patiemment modelé par ses fondateurs avant  « la mise en route » officielle en septembre 2016, date à partir de laquelle le logiciel fut lancé sur le marché. Et d’en tirer les premiers enseignements. « Le Mapping n’est pas si facile que cela. Les artistes indépendants qui utilisent notre logiciel doivent cultiver un côté bricoleur, créatif, et ne doivent pas avoir peur de se tromper et tenter des choses ». Et la lumière fut.